365 Nuances de 2019 – #323 – «Comme dans une œuvre peinte»

Un billet, court, chaque jour.

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Les brumes automnales laissent les premières lueurs du soleil s’étirer dans l’horizon glacé.
Quelque part près de l’Oise, se dessinent avec le jour, les lignes au crayon d’un jardin dépouillé de ses attraits par l’insensible saison.
Tout bruit s’éloigne à pas feutrés tant il se monterait importun dans ce décor figé comme dans une œuvre peinte.

Je suis allée chercher quelques vers appropriés chez Stéphane Mallarmé.

« Mon âme vers ton front où rêve, ô calme sœur,
Un automne jonché de taches de rousseur,
Et vers le ciel errant de ton œil angélique
Monte, comme dans un jardin mélancolique,
Fidèle, un blanc jet d’eau soupire vers l’Azur !
– Vers l’Azur attendri d’Octobre pâle et pur
Qui mire aux grands bassins sa langueur infinie
Et laisse, sur l’eau morte où la fauve agonie
Des feuilles erre au vent et creuse un froid sillon,
Se traîner le soleil jaune d’un long rayon. »

Pour commencer la journée sous le signe de l’enchantement, de la poésie et ainsi, de la gratitude.

365 Nuances de 2019 – #320 – «Une vie, des hommes»

Un billet, court, chaque jour.

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Dans son roman remarquable : « Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon », d’une lecture fluide, d’un style limpide, Jean-Paul Dubois narre la vie de Paul Hansen.

Paul Hansen purge, dans une prison québécoise, une peine de deux ans pour avoir agressé violemment, le Président du syndicat de Copropriétaires d’une vaste résidence bourgeoise et cossue de Montréal.
Français de naissance, Danois de sang, Canadien d’adoption, Paul Hansen a quitté la route d’une vie sans la moindre embardée, pour un coup porté au plus intime de ses valeurs : exister, ne pas être un fantôme servile.

« Une vie, des hommes »
À chaque homme son histoire.
Chaque homme, pivot de l’histoire d’autres hommes.

Le roman parle de l’altruisme.

Pas de l’altruisme de salon, pas de l’altruisme des discours, ni même de celui des Commandements, il parle de cette capacité que chacun pourrait avoir, à imaginer, ne serait-ce qu’un instant, à prendre conscience, à minima, que toutes les créatures qui l’entourent ont une histoire propre, qui construit un rapport au monde unique et qui suppose des insupportables intimes, des limites à ne pas franchir, des blessures à ne pas réouvrir.

Ce n’est pas par hasard que le roman débute sur une naissance, sur la naissance de Paul Hansen.
Dès le début, le romancier pose la question de savoir en quoi, les conditions dans lesquelles un enfant a été conçu, impriment dans sa vie future, comme une marque indélébile, comme un trait d’union entre deux destins, comme une réponse aux non-dits de cette procréation.

Le geste criminel de Paul Hansen en est-il vraiment un ?
Plus exactement, ce geste est-il volontaire, conscient ou est-il une réponse avec effet retard, à l’absurde du couple que formaient ses parents.  Un couple que tout opposait, et qui, faute d’avoir résolu cet absurde par lui-même, l’a laissé s’imprimer dans l’inconscient de leur fils, pour, sous l’étincelle d’une insurmontable humiliation, d’une frustration sous pression, s’exprimer dans la violence.

En creux, le roman soumet à notre réflexion, un des éléments concomitants de l’altruisme, du souci des autres, de la conscience que nous pouvons avoir de leurs souffrances semblables aux nôtres : la responsabilité.

La responsabilité de nos mots, de nos actes, de nos non-dits, de nos mensonges et de la vie que nous transmettons, qui n’est pas que biologique, mais bien plus profonde, plus atavique, plus anthropologique.
En procréant, en donnant la vie, en mettant au monde, nous inscrivons des histoires intimes anciennes, dans des histoires intimes à vivre.

365 Nuances de 2019 – #319 – «Entretiens de Royaumont»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Ce vendredi et ce samedi ont vu s’épanouir la XVIème édition des Entretiens de Royaumont.
Ces Entretiens sont à la fois un lieu et un moment.

– Un lieu
L’Abbaye de Royaumont.
L’Abbaye fut fondée par Saint-Louis au bénéfice des Moines Cisterciens et achevée en 1235.
Le Roi aimait ce lieu où il passa de longs séjours.
Il prenait place à côté de l’abbé, mais ne cherchait point à occuper une situation privilégiée.  Il servait les moines à table, demandait à leur laver les pieds dans le cloître selon une habitude et soignait les moines malades.

Aujourd’hui, l’Abbaye, avec une Fondation, se consacre aux Arts de la Musique et de la Danse et accueille chaque année, les Entretiens fondés et animés par Jérôme Chartier.

L’esprit monial, encore très présent, se met au service, protège les échanges : une sorte de concile civil sur les enjeux contemporains.

– Un moment :
Un moment où le temps ralentit, s’arrête presque.
Deux journées consacrées à la pensée sur un thème précis, décliné dans différents registres et partagé par des invités de tous bords.
Le passé religieux de cet écrin, où les portables ne passent pas, fournit certainement un terrain favorable à la réflexion.
La beauté du lieu favorise un état d’esprit ouvert à l’art de la parole, au bel esprit, à l’échange, à l’ouverture à l’autre.
Chaque participant se met en devoir d’exprimer son expérience, ses convictions, sans frein, sans jugement, avec juste ce qu’il faut de relance et de contradiction pour permettre un débat vivant mais serein et respectueux.

En 2016, le thème fut « Croyant et Citoyen ».
Toutes les Fois, toutes les convictions, tous les vécus, toutes les spécificités nationales de l’expression religieuse : dans la sphère publique, en entreprise, dans l’enseignement, dans les Associations, étaient représentées pour donner à comprendre les enjeux, les spécificités, les solutions, les vertus, les excès.

Cette année, 2019, le thème fut « Le Capitalisme peut-il être responsable ? »
Encore une fois, le sujet a été exploré dans tous ses aspects, jouant sur la diversité des orateurs, autant par leur profil que par leurs origines et leurs sensibilités politiques.
C’est une expérience rare de voir autour d’une table, des personnalités aussi diverses que des grands dirigeants, des syndicalistes, des Hommes de foi, des Ministres, des hommes et des femmes engagés dans le renouveau de la notion de capitalisme.

Les entretiens de Royaumont combattent la posture idéologique pour favoriser la réflexion de fonds.

Il est impressionnant de réaliser combien les énergies intellectuelles ont pris la mesure des urgences du monde autant sur le plan social qu’environnemental.
Il est impressionnant de voir comment l’ensemble des acteurs se mobilise pour contrer les tentations de retour en arrière, les abus financiers, commerciaux, technologiques en insufflant de l’éthique, de la vitalité, de la créativité à leurs pratiques, en redonnant sa valeur à la responsabilité individuelle pour plus d’humanité.

Le capitalisme, au moins le capitalisme européen, prend le chemin de redevenir responsable, il semble vouloir replacer l’Homme au cœur de ses préoccupations.
Cette édition des Entretiens montre avec éclat, ce que l’Humanisme judéo-chrétien, fondement de l’Europe, donne comme force, comme options à opposer, pour contrer les  capitalismes atlantiques et asiatiques sauvages et débridés.

Les Entretiens, comme toute forme de débat, où le politiquement correct qui ferme les espaces d’expression est banni, permet d’occuper le terrain des idées avant celui de l’action.

La question qui reste en suspens est celle de savoir si, face à l’ampleur des enjeux, solidaires et environnementaux par exemple, les transformations iront assez vite.

365 Nuances de 2019 – #312 – «La Tulipe»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Après son décès, le 25 novembre 1959, l’INA évoquait Gérard Philippe comme « l’un des ambassadeurs les plus authentiques de l’Art Français ».

Ce compliment superlatif tenait moins de son physique ravageur, propre à faire perdre toute pudeur, selon Jeanne Moreau elle-même, aux foules d’admiratrices qui venaient l’acclamer au sortir des coulisses du TNP et d’ailleurs.

Ne l’ayant jamais admiré sur les planches du TNP, déclamant « Le Cid » :

« Percé jusques au fond du cœur
D’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle,
Misérable vengeur d’une juste querelle,
Et malheureux objet d’une injuste rigueur,
Je demeure immobile, et mon âme abattue
Cède au coup qui me tue.
Si près de voir mon feu récompensé, »

Je ne le connais que deux manières,
– à la voix, dans le conte de « Pierre et le Loup », écouté en boucle sur mon mange-disque
– à l’image, dans « Le Diable au corps », dans bien d’autres films comme celui en particulier « Fanfan la Tulipe ».

Pourquoi « La Tulipe ».
Pour le bijou en forme de cette fleur, reçu en récompense des mains de Madame de Pompadour, maîtresse en titre du Roi Louis XV, pour l’avoir héroïquement sauvée d’une attaque de bandits de grand chemin.

Il faudrait être un spectateur bien difficile pour ne pas goûter l’humour, la fraîcheur et le tumulte de cape et d’épée de ce film-épopée.

Une phrase du film, pleine de naïveté et d’humour, prononcée alors que, pris dans les rets des conspirations de la Cour, il avance vers la potence, reste en mémoire :
«C’est la première fois que j’assiste à une exécution, il fallait voir cela avant de mourir.»

Plus tard, dans le même documentaire de l’INA cité plus haut, le commentateur conclut en disant de l’acteur :
« un grand garçon bien simple ».

Oui : « un grand garçon bien simple ».
C’est sans doute là la source de son talent.
Ce sont sans doute là la recette et la leçon de son charme qui nous sont restées bien ancrées et séduisantes dans nos mémoires.

365 Nuances de 2019 – #308 – «Retroussons nos manches»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

15 et 22 mars 2020, élections municipales en France.

Plus de 68 % des sondés (sondage Elabe-BFM TV des 19 et 20 novembre 2019) font confiance à leur premier magistrat, leur Maire, avec cependant une érosion de 3 points par rapport à une étude semblable datant de 2017.

Et pour cause.  Entre autres causes.

Les Maires sont à la fois moins puissants qu’avant les réformes de 2008 et à la fois plus nécessaires dans le contexte quasi-révolutionnaire de ces derniers mois, crise des Gilets Jaunes, porte-ouverte aux BlackBlocks et blanc-seing aux communautarismes obligent.

– Les Maires sont moins puissants qu’avant les réformes de 2008.
Pour faire court et simple, des pans entiers de leurs missions sont désormais dévolus aux EPT, aux Régions et autres outils du mille-feuilles administratif Français auquel on a ajouté un niveau de complexité, en particulier avec celui des Métropoles comme celle du Grand Paris.
Sans compter les rabotages massifs de dotations, de taxe d’habitation à missions de délégation de services de l’État équivalentes.
Le non-cumul des mandats les privent de tous relais nationaux.

– Les Maires sont plus nécessaires dans le contexte de ces derniers mois.
Les Maires et les Conseils Municipaux, parmi d’autres catégories de Grand Electeurs, voteront aux prochaines Élections Sénatoriales.
Chaque renouvellement permet d’élire environ la moitié des sénateurs répartis en deux séries.
La série 2 qui comporte 178 sièges sera renouvelée lors des élections sénatoriales de septembre 2020.
Les 170 sièges de la série 1 ont été renouvelés en septembre 2017.
Autant avoir bien clairement en tête que la manière de voter aux Municipales en 2020 aura des répercussions majeures sur la composition de la Chambre Haute, sur la seule opposition parlementaire vraiment représentative des Territoires, sur la construction des Lois.
Si, dans certaines villes, les listes communautaristes et/ou progressistes et/ou d’extrême gauche/droite arrivent en tête, cela déteindra de façon radicale sur nos modes de vie républicains et démocratiques.

Alors, pour le prix de nos convictions, pour la pérennité de nos Institutions, pour que nos enfants puissent vivre et circuler librement :
– « Retroussons nos manches ! ».

Il est nécessaire d’étudier méticuleusement le passé, les affiliations, le CV, le projet de chaque Candidat et faire de même pour tous les membres de sa liste.  Là, vive le Web pour se renseigner.
Il faut sortir de son canapé, se désappuyer des discussions de comptoirs et envahir le terrain avec nos convictions républicaines.
Il sera louable, courageux, responsable de s’investir auprès de ceux des Candidats qui auront au centre de leur projet, de défendre la France, l’intérêt général, nos Institutions, nos valeurs, notre Patrimoine, notre culture judéo-chrétienne, notre laïcité, notre mode de vie.
Il ne reste plus donc qu’à assister aux meetings, à assurer les permanences, à battre le pavé, les marchés et les sorties de métro, à boîter les tracts dans les immeubles, à parler aux gens.

En somme, réinvestir individuellement le champ politique local, se déployer en nombre dans tous les espaces communs, réoccuper de nos convictions la voie publique, envahir le terrain et en déloger les prosélytes.

Tout adversaire ne perce et ne gagne que sur les illusions, les paresses, les faiblesses, les failles et les désordres de sa cible.
Il n’y a pas de petit combat qui ne vaille d’être mené, pas de vide qui ne mérite d’être comblé.

« Courage, retroussons nos manches ! »