365 Nuances de 2019 – #216 – «Maurice a gagné (… et ce n’est pas fini) !»

Un billet, court, chaque jour.

Cocorico !

Tous nos clochers de villages doivent en avoir recouvré leur scintillant et ce, de leur anse jusqu’à leurs panses, mais aussi toutes les tonitruantes envolées de leurs voix.

Tout comme « Maurice » peut continuer à pousser la sienne, de voix !  Sa voix ou son chant de vainqueur en l’occurrence ici ; demain, comme aujourd’hui et comme depuis que son espèce existe.

C’est donc « Maurice » et son heureuse propriétaire, Corinne Fesseau, qui ouvrent la voie avec le jugement de bon sens – enfin – rendu par le Tribunal Correctionnel de Rochefort ; il y a des bruits à ne pas effacer !

C’est la victoire du coq pour tous ses frères gallinacés !
Mais pas que !
Ce n’est pas fini !  Il y en a pas mal des bruits à remettre aux normes pour mettre les râleurs au pas.

Matines, angélus et chants des coqs sont à prendre.  Ou à laisser.
La ruralité se conjugue avec certains charmes auxquels les rurbains et autres bobos pourraient s’adapter comme ils se sont adaptés à leur jus d’herbe à chat et à leurs jardins communautaires.

Il faut que je communique immédiatement cette bonne nouvelle à Brunette et Marguerite, mes deux jolies vaches montagnardes du Chinaillon, qui comme tous leurs amis à poils, plumes et autres épidermes, s’inquiétaient de leur sort, de celui de leurs clarines et de leurs jolies voix.

365 Nuances de 2019 – #89 – « Tout à coup, un inconnu… »

x1080-i2SUn billet, court, chaque jour.

Tout à coup, un inconnu vous offre un compliment.

Cela rappelle le film publicitaire pour une eau de senteur des années 70, ou 80, où un homme perd tout à coup la raison dans le sillage parfumé d’une jolie brune.  Il se précipite sur une fleuriste, ravie d’en prendre pour plus que le prix de son bouquet.  Tout aussi frénétiquement, il se précipite sur la jolie femme en question pour lui offrir ledit bouquet.

Le scénario de rêve.  Tu te parfumes et c’est gagné !

Bon, pour moi, c’était un compliment.

L’homme de cet épisode-là n’a pas eu l’œil qui a tourné.  Il n’a pas perdu la raison.  Il ne s’est pas mis à courir ; de toutes les façons, il n’y avait pas de fleuriste à proximité.

Mais bon, il m’a salué et a d’abord commencé par préciser qu’il ne me voulait rien de mal.
Oui, parce que les hommes, en 2019, commencent par annoncer des précautions d’emploi.  On ne sait jamais, il pourrait tomber sur une féministe mal embouchée…

Donc il a pris toute une série de précautions oratoires, juste pour me faire un compliment.  Sur ma robe, mon allure et tout et tout qui allait bien avec.

Et il est parti.

Voilà : je n’avais pas de fleurs entre les mains mais un grand sourire sur le visage.  Je peux vous dire que c’est agréablement magique, ou magiquement agréable !

Et la morale de ce billet ?

Gratuit.  Gentil.

Ça, c’est l’effet magique : de la pure et authentique galanterie masculine*.

*dans 99% des cas.

 

365 Nuances de 2019 – #60 – « Vieux »

main-canne-9001Un billet, court, chaque jour.

« Le Père Goriot », Honoré de Balzac, 1842 – « Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis en action; non pas de ces drames joués à la lueur des rampes, entre des toiles peintes, mais des drames vivants et muets, des drames glacés qui remuaient chaudement le cœur, des drames continus. »

Vieux du XIXème siècle.  Vieux du XXème siècle.  Et Vieux d’aujourd’hui.

Des visages de parchemin plus ou moins tendu, des corps usés, des démarches et des gestes hésitants ; la vieillesse est la somme de toutes les fragilités accumulées au fil de la vie.

Tous ces milliers de gestes et mouvements du corps qui ont été des conquêtes glorieuses dans la petite enfance, qui s’oublient comme de banals automatismes pour l’adulte, s’abîment en luttes quotidiennes à la vieillesse.

Quand le corps refuse de répondre, quand il est perclus de douleurs, il y faudrait le retour de gestes maternels, bienveillants, secourables.  Sans que ces gestes ne soient des atteintes à la dignité d’un esprit lucide sur son inéluctable délabrement.   Sans que ces gestes ne soient des atteintes à la dignité d’un corps qui vous lâche, irréversiblement, morceau par morceau.

Si le corps se délite.  La conscience demeure.  Elle veille.  Elle perçoit.  Elle est un sonar ; comptable du respect que n’est pas rendu.

Pour les Vieux du XIXème siècle, pour les Vieux du XXème siècle, et pour les Vieux d’aujourd’hui, il a toujours existé des lieux de rebut, d’abandon volontaire ou d’échouage accidentel.

Les sociétés modernes occidentales n’aiment pas la vieillesse.  Sur ce sujet, comme par ailleurs dans celui des ressources humaines dans l’entreprises, elle est envisagée comptablement comme un coût, une charge ; pas comme un investissement, ni surtout comme une dette.

Un investissement ?  Pour des bouches inutiles et des corps devenus improductifs.

Une dette ? Pour de futurs fantômes qui ne viendront jamais plus rien réclamer.

Un investissement dans notre propre dignité.  Et celle que nous réclamerons à notre tour, pour nous-mêmes, des générations qui nous succèderont.

Une dette que chaque génération paie à la précédente et contracte envers la suivante.

Investissement, dette.

À un même taux : le temps.

Et dans une même monnaie : la tendresse humaine.

365 Nuances de 2019 – #19- « Pieds dans la boue & tête au soleil »

Un billet, court, chaque jour.

Quand se terminent des semaines difficiles, vient pour certains la ressource de la course à pied et du plein air.

Histoire de s’offrir un plaisir complet, tu files t’équiper de neuf chez le copain qui tient un magasin de running.  Et dont le sourire – et ta carte bleue – va participer à te remonter le moral.

Et, oh miracle, la pluie s’est mise de la partie.  Comme un enfant, tu t’élances et tu laboures des deux pieds la première flaque de boue qui se présente.  Voilà tes runnings rebaptisées et toi éclaboussé, mais heureux.  

Quand se termine une semaine difficile, vient la ressource de l’amitié, des tapas et du verre de vin partagé.  La bonne humeur par les plantes : la vigne !

« Comment ça va ?  Comme un lundi ! »  Comment tuer cette misérable phrase ?

Par le sport et le pinard !

Pieds dans la boue et pieds dans la vigne !

Mais tête au soleil ! Toujours !

 

 

365 Nuances de 2019 – #18 – « Le Mot de Cambronne »

Un billet, court, chaque jour.

C’est délibérément que, pour titre de ce billet, j’ai choisi la version châtié, élégante, du vocable « merde ».

Il existe une version enfantine de cette interjection : « crotte ».  Elle est utilisée aussi bien par nos jeunes têtes que par des adultes qui veulent rester dans le registre de la bienséance et qui présupposent que l’on sera plus bienveillant envers « crotte » qu’envers « merde ».

Le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est quelquefois associé à la chance.

Les acteurs se lançaient le mot entre eux avant chaque première.  En effet, à l’époque où l’on se rendait au théâtre en voiture à cheval (crottin, diesel : cela a toujours produit des gilets jaunes, autrefois appelés calicots), le succès d’une pièce se mesurait au nombre d’attelages qui attendaient les spectateurs, et donc au crottin généré pendant l’attente des équidés.  En réponse à cette salve de la bonne fortune, l’intéressé devait répondre: « je prends ».

« Je prends la merde ».

Les Japonais prête également à la merde, au « Kin no unko » des vertus de bonne fortune que l’on retrouve élégamment sculptée sous forme de « caca d’or ».

Malheureusement, le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est aussi très souvent associé à la malchance.  Il souligne le glissement vers une défaite ou sa constatation à posteriori.

Les Armées de Napoléon, au fil de leurs belles victoires, ont semble-t-il répandu cette expression, cette notion de « merde » jusque dans l’est de l’Europe, où elle recouvrirait à présent un concept bien au-delà du vulgaire de bon aloi.  Comme quoi, il ne faudrait jamais déraper verbalement à l’étranger.  

Il semblerait néanmoins que le « mot de Cambronne » demeure une « fake news » comme il en existe des milliers dans l’Histoire.  Même le Ministère de la Défense  présente le fait comme tel.

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Il est vrai que le Général Cambronne aurait immédiatement pondéré sa sortie glorieuse : « La garde meurt et ne se rend pas ! » d’un « merde » de la défaite.  Il fut fait prisonnier et l’Armée française fut défaite à Waterloo.  

La première citation est la version châtiée militaire et glorieuse du mot « merde ».  Dans les deux versions, à terre devant l’ennemi, les possibilités de débat étaient faibles et les possibilités de recours nulles.

Il est intéressant de rappeler que, dans la langue française, le mot « merde » ne connaît qu’une seule rime : « perde ».

Rime de bien mauvais augure et qui semble assez puissante pour nous tenir définitivement à l’écart de ce raccourci de cinq lettres et, de fait, d’un risque d’accumulation de matières fécales : les emmerdements.

En avant marche ! Non.  Ni du pied droit.  Ni du pied gauche !