365 Nuances de 2019 – #302 – «Mettre ses pas dans les pas de Saint-Paul»

Un billet, court, chaque jour.

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Remerciements aux Editions Tempus

Alain Decaux, avec une plume simple, des sources et une documentation riches, raconte, l’histoire, le long chemin, de celui, avorton, être chétif, pharisien érudit : Paul de Tarse ; Saint-Paul.

Avant, il s’appelait Saul.
Après, il s’appellera Paul.
Avant, il était un exégète juif.
Après, il sera un Apôtre de Jésus-Christ.

La transformation s’opère sur la route entre Jérusalem et Damas.
Voici l’extrait des Actes qui narre ce que nous tous connaissons sous l’expression :
– « Le Chemin de Damas ».

« Comme il était en chemin et qu’il approchait de Damas, tout à coup, une lumière qui venait du ciel resplendit autour de lui.
Il tomba par terre et entendit une voix lui dire :
– « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »
Il répondit :
« Qui es-tu, Seigneur ? »
Et le Seigneur dit :
– « Moi, je suis Jésus, celui que tu persécutes.  Lève-toi, entre dans la ville et on te dira ce que tu dois faire. »
Les hommes qui l’accompagnaient s’arrêtèrent, muets de stupeur ; ils entendaient bien la voix, mais ils ne voyaient personne.
Saul se releva de terre.
Malgré ses yeux ouverts, il ne voyait rien ; on le prit par la main pour le conduire à Damas. »

Paul participa aux persécutions contre ceux que l’on n’appelait pas encore les Chrétiens, dont Étienne, avant, un jour, d’être « appelé ».

Ce texte simple permet de suivre la naissance des premières communautés chrétiennes en Asie Mineure et autour du Bassin méditerranéen.
Mettre ses pas dans les pas de Saint-Paul est un émerveillement qui permet de redécouvrir, ou de découvrir, la puissance de Foi qui a poussé ce petit homme érudit, véhément, caractériel, à poser les bases de l’organisation de l’Église.

Au travers du texte, avec Paul, on traverse à pieds les âpres chemins de Galatie, on s’échoue à Malte et surtout, on chemine dans les détours de l’Histoire de notre civilisation, on comprend la force des enjeux spirituels, temporels, ethniques, politiques au travers des grandes figures de l’Empire Romain, au travers du déploiement des disciples de par le monde.

Cela donne à recomprendre ce que nous sommes, le monde dans lequel nous vivons et les origines, les sources premières des enjeux politiques, spirituels et culturels auxquels nous sommes aujourd’hui confrontés.

365 Nuances de 2019 – #275 – «Les Époux»

Un billet, court, chaque jour.

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Ce fut une simple et jolie surprise offerte aux détours de mes quelques pas au cœur des rues de Rennes noyées de pluie.

Un simple porche, vestige d’un temps lointain, bien avant la Révolution ; la mode des coiffes en signale l’époque.

Homme et femme. Époux, Épouse. Couple qui s’affiche en notables sur l’un et l’autre des ventaux d’une demeure aujourd’hui disparue.
Inséparables dans la réussite de leur foyer, dans l’affichage de leur bonne fortune.

Distincts, indépendants quand, chacun sur un ventail, la porte est ouverte.
Unis, soudés quand, ensemble dans un même abri, la porte se referme.

J’ai pris sans discuter ce gracieux message poétique envoyé par-delà les âges.
Deux êtres, un seul cœur.

« Ce cœur où plus rien ne pénètre,
D’où plus rien désormais ne sort ;
Je t’aime avec ce que mon être
A de plus fort contre la mort ; »*

 

 

* René-François Sully Prudhomme, « Ce qui dure», 1875

 

365 Nuances de 2019 – #236 – «Un unique roman»

Un billet, court, chaque jour.

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Yvonne de Quiévrecourt dans la vraie vie, en juin 1905.
Yvonne de Galais dans la vie rêvée.

Vie et amour rêvés dans l’unique roman d’Alain-Fournier : « Le Grand Meaulnes ».
Rêves tombés sous la mitraille à la lisière du bois de Saint-Rémy le 22 septembre 1914.

Tout « Le Grand Meaulnes » est un songe dédié à l’inatteignable Yvonne, une grande et belle jeune fille déjà promise en mariage.

La plus belle partie du roman est celle de la fête aux enfants, des enfants lâchés à leurs joies et à leurs jeux dans un domaine mystérieux, où Augustin Meaulnes, « Le Grand Meaulnes » rencontre « la jeune fille ».
De paragraphe en paragraphe, se précisent ses émotions à la découverte des charmes de la demoiselle blonde, élancée dont « le charmant costume » lui parut extraordinaire.

Il y a un passage, d’une émotion diffuse, où Meaulnes sent naître ses sentiments :
– « Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils fussent près de s’emplir de larmes. »

La poésie de l’amour et de l’amour rêvé est inépuisable.

365 Nuances de 2019 – #228 – «Gary derrière la caméra»

Un billet, court, chaque jour.

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Un seul et unique exemplaire de la pellicule du film « Les oiseaux vont mourir au Pérou », réalisé en 1968, a pu être retrouvée, quelque part dans le fourbi d’un collectionneur du fin fonds des États-Unis.  Ce fut donc la version française, sous-titrée en américain, qui a été projetée à la Cinémathèque ce dimanche.

Autant dire que l’audience était nombreuse, composée de passionnés de Romain Gary et de nostalgiques de la sublime brochette d’acteurs, disparus pour l’essentiel.

Jean-Pierre Kalfon était l’invité d’honneur, denier acteur survivant d’une distribution rassemblant Danielle Darrieux, Pierre Brasseur, le beau Maurice Ronet et Jean Seberg.  Il a raconté une anecdote du tournage qui donne la mesure de la passion de Romain Gary pour Jean Seberg, son épouse.
A la descente d’avion d’un aller-retour en urgence Séville-Paris pour un problème technique, à l’époque il n’était possible de visionner les bandes sur le tournage même, le co-réalisateur commit, sans le vouloir, une bourde.  Il déclara : « Pierre Brasseur est sublime », sans mentionner Jean Seberg.

Or, ce film n’existe qu’autour d’elle.  Romain Gary en fut retourné, voire encoléré.

L’histoire emprunte beaucoup à « Belle de jour », tirée du roman de Joseph Kessel et jouée par une autre blonde froide et frigide, Catherine Deneuve.
Une « Belle de jour » version Amérique du Sud, le Pérou, sur une plage quasi désertique, seulement habitée par un lupanar, tenu par une Française (Danielle Darrieux) et un bar en faillite, tenu par un Français (Maurice Ronet).

Le mari et son chauffeur ont pour mission de mettre fin, arme au poing, aux souffrance nymphomanes d’Adriana qui passe d’homme en homme sans y mettre même une once de plaisir.  Elle ne peut échapper ni à sa névrose, ni à ses débauches.

Tout l’humour de Romain Gary passe au travers du drame qui essaie de se jouer.  Avoir lu le roman puis visionner le film rehausse chaque réplique et donne à entendre tous les accords de la dérision que le romancier-scénariste-réalisateur prête à toutes les sorties de piste de la vie.

Malgré le drame qui essaie de faire pleurer, la salle fut secouée de rires répétés.

Adriana cherche à se noyer, Rainier la sauve, dialogue :
« – Je ne me souviens plus… Je ne veux pas y penser… Pourquoi m’avez-vous sauvée ? »
« – Ça se fait. Venez. »

Le mari, trompé par sa femme, comme on ne peut l’imaginer, avec des garnisons entières, répond au reproche :
« – Et vous êtes saoul. Vous êtes encore saoul. »
« – C’est uniquement de désespoir, ma chérie. Quatre heures dans la voiture, toutes sortes de pensées… Vous reconnaîtrez que je ne suis pas l’homme le plus heureux de la terre. »

Enfin, toujours le mari, évoquant les réussites du seul psychiatre au monde, le Docteur Guzman de Montevideo, à soigner ces femmes agitées :
« – Rappelle-toi la femme du monde qui ne réussissait vraiment qu’avec des jockeys pesant cinquante-deux kilos exactement… Et celle qui exigeait toujours que l’on frappât à la porte, pendant, trois coups brefs, un long. L’âme humaine est insondable. Et la femme du banquier qui attendait toujours la sonnerie d’alarme du coffre-fort pour se déclencher, et qui se trouvait ainsi dans une situation sans nom, puisque cela réveillait le mari… »

Le film, en France et aux États-Unis, pour la crudité – de l’époque, on ne voit pas grand-chose, mais tout est néanmoins lourdement suggéré – des scènes de débauche a été interdit, censuré.
Autres temps, autre mœurs !

365 Nuances de 2019 – #222 – «Lire facile»

Un billet, court, chaque jour.

9782081620391-475x500-1Ne pas avoir à se creuser le cerveau.
De temps à autre, cela repose de lire, de lire facile !

Ce repos s’est trouvé dans les étagères de mes enfants.  Et dans leur stockage affectif des reliques des années de collège.

En version expurgée, les « Métamorphoses d’Ovide » sont un sentier de lecture sans aucune aspérité, sans aucun caillou dans les mots.
Cela permet, quelques heures, de retrouver Io, Phaéton, Persée, Pygmalion, Atalante.

De reprendre le fil tragique, au travers de mots simples, des Amours d’Orphée et Eurydice : « Ô vous, dieux du monde souterrain, dieux auxquels nous appartiendrons tous un jour, (…) je suis venu pour mon épouse.  Le serpent sur lequel elle a posé le pied a interrompu le cours de sa vie.  J’ai perdu mon Eurydice. »

La dernière ligne de ce récit avalée, j’ai convoqué la voix de Maria Callas pour prolonger la poésie de cet appel aux dieux.

« j’ai perdu mon Eurydice,
rien n’égale mon malheur
sort cruel ! quelle rigueur !
rien n’égale mon malheur !
je succombe à ma douleur ! »

Les dieux ne pouvaient qu’accéder à une telle supplique !