365 Nuances de 2019 – #295 – «Hubert Lyautey ; ses quelques mots suffisent»

Un billet, court, chaque jour.

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Hubert Lyautey
1854 – 1934
Maréchal de France
Académicien

Lire, ou relire, son ouvrage « Du rôle social de l’officier », aujourd’hui, 11 novembre 2019, jour de célébration de l’Armistice du 11 novembre 1918, donne à reprendre courage dans l’action, qui seule élève les Hommes.

Les première lignes de la première page résonnent étonnamment justes aujourd’hui : « Il est peut-être temps de sortir de la critique ou de la spéculation stériles pour en venir à l’action rude et féconde. ».

« Les hommes que leurs occupations ou leur vocation mettent en contact avec la jeunesse cultivée s’accordent à signaler, dans la génération qui naît à la vie publique, certain courant de réaction contre le dilettantisme hautain qui a plus particulièrement marqué ses devancières. En présence de la transformation sociale, dont la marche grandissante et la fatalité forcent aujourd’hui l’attention des esprits les plus rebelles, cette jeunesse s’aperçoit, nous affirme-t-on, que, pour les privilégiés de l’esprit, il peut y avoir d’autres rôles que ceux d’analystes et d’expérimentateurs, et qu’il est peut-être temps de sortir de la critique ou de la spéculation stériles pour en venir à l’action rude et féconde. »

365 Nuances de 2019 – #293 – «Une certaine idée du Général»

Un billet, court, chaque jour.

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9 novembre 1970.  Décès du Général de Gaulle.

Il me semble parfois souffrir d’une nostalgie bien mal à propos, étant née quelques semaines après le décès du Général.  Je n’ai pas connu la guerre, je n’ai pas connu les tumultes du parlementarisme de la IVème République, je n’ai pas connu Mai 68.

Pourtant, le curseur se replace, revient spontanément à l’Homme du 18 Juin, comme une référence naturelle, un modèle auquel se référer et sur lequel prendre exemple.

Pourquoi, quarante-neuf années après son décès, à la Boisserie, un soir tranquille, en alignant une crapette, assis auprès de sa Chère Yvonne, tant de Français, qu’ils l’aient connu ou pas, restent si attachés à sa personne ?

Probablement, parce qu’il avait, avant tout autre intérêt, avant toute velléité personnelle, la France rivée charnellement au cœur et à l’âme.
Et ça, les Français, tout gaudrioleurs et râleurs qu’ils soient, le savent aussi charnellement.

Les Français ont une âme curieuse ; ils sacrifient leurs rois pour se donner ensuite de piètres princes.
Ils ont lâché le Général par voie de référendum, ils ont coupé des têtes, ils ont encouragé l’exil de ceux-là mêmes qui, le plus souvent, les aimaient le plus et leur étaient le plus dévoués.

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France.  Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle.  J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. »

Cette citation, qui ouvre les « Mémoires de Guerre », montre à quelle hauteur de sentiments le Général portait son pays.
Lui a-t-on rendu cette affection ?
La foule à ses obsèques le montre sûrement.

Comme en psychologie individuelle, chacun reste, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou non et ainsi qu’il l’admette ou non, attaché à son histoire familiale (sinon souvent déterminé par elle), à cette longue chaîne humaine d’ancêtres qui l’ont précédé, à ses ancrages territoriaux, à sa culture.
Cela s’appelle l’atavisme.
En psychologie collective, les Français restent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en aient conscience ou non et ainsi qu’ils l’admettent ou non, attachés à cette longue chaîne de Chefs, de Souverains, de Grands Hommes qui les ont dirigés, qui ont façonné à la fois ce qu’ils sont et le pays où ils vivent.

Les Français savent, ataviquement, qui les a défendus, qui leur a fait honneur, qui a porté en leurs noms, le pouvoir de dire « non ».
Et c’est à tous les « non » que Charles de Gaulle a su prononcer, sûr qu’il était de porter le consensus de tous, inspiré par son amour raisonné de son pays et de ceux qui le peuplent, que les Français restent profondément attachés.

Les Français savent, profondément, que cet amour patriotique, ne s’invente pas, ne se déclame pas comme une réclame ou comme le slogan d’un jour, ils savent que ce qui, chez le Général, était une vocation inspirée, pétrie de culture catholique et humaniste, ne résonne souvent que comme un calcul chez ses successeurs.
Georges Pompidou mis à part, peut-être.

Le fait qu’il ait été Militaire, Saint-Cyrien, Combattant et Prisonnier en 14-18, ajoute à son prestige, à sa crédibilité.
Juste après cela, ce que les Français ressentent, pour l’avoir vécu ou pour le constater par comparaison avec ses successeurs, c’est qu’il s’est battu pour eux, aux fins de servir et non pas de se servir.

Chaque fois que l’actualité, nationale et internationale, tangue un peu, c’est à lui que chacun revient pour poser la question, une question prégnante : « Qu’aurait fait le Général ? »
Et beaucoup de répondre d’emblée, avant les aspects techniques de l’enjeu : « Il aurait choisi l’honneur. ».

De cette veine d’honneur et d’orgueil national, portée, personnifiée par ses Chefs, qui leur manque tellement.

Issue de la cuvée 1970 qui vit son départ, je ne peux que lier ma reconnaissance pour l’héritage laissé et louer l’exemple d’honneur porté haut que par écrits, vidéos, photographies interposés.
Mais l’inspiration, l’admiration sont là, indéniablement, pour me permettre une certaine, et belle, idée du Général.

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi : pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent* »

 

 

* Walt Whitman, 1865

365 Nuances de 2019 – #284 – «Pour qui as-tu donné ta vie ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Chanteloup-les-Vignes à feu et à sang, nos Forces de l’Ordre outragées, insultées et prises au piège de hordes de sauvages pétries de haine contre la main, celle de tous les Français, qui paient de leur travail et de leurs contributions les infrastructures, le cadre qui leur permettent – leur permettraient – de vivre dignement dans un pays démocratique et civilisé.

Pendant ce temps, loin de chez lui et loin de nous, loin de ces sauvages ingrats, un jeune soldat, Ronan Pointeau, 24 ans, donne sa vie pour lutter contre les barbares islamistes qui terrorisent le Mali, le Sahel et exportent leur démence jusque sur nos terres.

Dans nos propres rangs, en France, des ingrats, des irréalistes, conspuent la lutte des Français contre le communautarisme et toutes ses indignes manifestations. Sans la moindre pensée, la moindre reconnaissance, la moindre conscience pour l’engagement de nos Soldats, nos compatriotes.

Oublieux du prix de leurs nuits tranquilles.

Aux frais de la France, sans compter par ailleurs toutes les aides et subventions de toutes les structures étatiques et para-étatiques du monde entier, nos jeunes Combattants vont donner leur sueur, leur sang et leurs larmes pour que nous puissions, ici, dans nos vies, dans nos villes, dans nos maisons vivre libres et sans menaces.

Ronan : « Pour qui as-tu donné ta vie ? »

Pour une classe politique qui repousse chaque jour le moment de mettre un terme à cette anarchie indigne et de prendre ses responsabilités ?
Pour des intellectuels et des commentateurs qui louvoient honteusement entre les signes évidents de volonté de détruire une démocratie et de, par des idéologies d’une autre ère, faire régresser un Peuple à des âges et des us qu’Il a mis plusieurs Révolutions à combattre.
Pour des commentateurs qui ferment les yeux, qui ne font pas leur travail d’investigation, qui prennent parti et qui, faute d’esprit critique et de courage, jouent le jeu de ces extrêmes qui nous détruisent, détruisent nos symboles et notre mode de vie.
Pour des Populations venues sur notre sol pour vivre de nos richesses tout en nous crachant sans cesse à la figure.
Pour des voyous qui se laissent pousser la barbe, des harpies qui portent le voile comme des provocations et pour tous ceux qui les excusent et les soutiennent.

Où est la reconnaissance de ces Populations que ta vie donnée, et toutes celles de tes frères d’armes, contribue à libérer de ces combattants du mal ?
Se sont-ils mis en rang d’Honneur sur le tarmac au Mali au moment où ton corps a été rapatrié ?
Sont-ils venus en nombre à Valence, partager la peine de ta famille et de tes co-religionnaires du 1er régiment de Spahis ?

Ont-ils même eu une, une seule, pensée de reconnaissance ?
Ne serait-ce même qu’une once de prise de conscience ?

Non.
Dans leurs banlieues, ce qui les intéresse, c’est de casser.

Il est à craindre, Cher Ronan, qu’une fois les unes de journaux et des médias passées à autre chose, tout ne recommence, perdure et s’amplifie.
Car personne, là, ici, en France, ne semble vouloir ni aller au front, ni même nommer les choses.

365 Nuances de 2019 – #223 – «Morel : de Tom à Ivan»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Morel.  Quel nom !

Tom, Robert, Yvan*.
Grand-père, fils, petit-fils.
Tous les trois sont passés par le 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy.

Le refrain de ce bataillon est sans équivoque : « Si vous avez des couilles, il faudra le montrer ! »
Et, des couilles, ce n’est pas ce qui semble manquer à cette lignée de Combattants.

C’est peu dire que ces Hommes ont laissé – et laisseront – leur empreinte dans l’Histoire de notre pays.

Tom (Théodose) y a laissé le sien pour avoir, sans relâche, dès juin 1940, promu et opposé toutes les formes de résistance possible aux envahisseurs Allemands.
Il laissera sa vie sur le Plateau des Glières, le 13 mars 1944, à quelques heures de la Libération de la France à laquelle il aura tant œuvré.

Robert a laissé sa vie en Algérie.

Ivan a pris le commandement de ce bataillon, avec tous les honneurs dus, le 30 août dernier.

L’actuel bataillon a pour devise celle que Tom Morel avait composée en formant ses Compagnons à sa prise de commandement du Plateau des Glières : « Vivre libre ou mourir ».

« Vivre libre ou mourir »
En période d’occupation, quelle belle inspiration.

 

* Tom (Théodose) Morel a épousé Marie-Germaine Lamy. Ils ont eu trois enfants :
. Robert Morel (1939-1961), lieutenant au 27e BCA tué accidentellement à Ifigha (Algérie) le 16 octobre 1961 ;
. Philippe Morel (1940-2010), amiral, président de l’Association des familles des compagnons de la Libération et vice-président de l’Association des Glières ;
. François Morel (1941-1944).
. Ivan est le fils de Philippe Morel.
Donc : grand-père, fils, 
petit-fils ont appartenu au 27e BCA

365 Nuances de 2019 – #217 – « Un Autre Angle de Vue»

Un billet, court, chaque jour.

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Un autre angle de vue sur les grands évènements de l’Histoire est toujours un exercice utile pour se forger une idée de leur complexité.
Les combats vus de France, racontés par les Français dont le sol avait été envahi, détruit par les Allemands, ne prennent pas la même épaisseur, ici, vus par les Anglais, là, dans d’autres supports, vus par les Américains, les Serbes, les Allemands ou les Italiens.

« Pour les soldats tombés » est une bien pauvre traduction du titre original en anglais du documentaire de Peter Jackson : « They shall grow not old ».
Oui, il s’agit bien d’un hommage aux Combattants de Grande-Bretagne et du Common Wealth venus défendre la liberté de l’Europe depuis le sol Français pendant la Première Guerre Mondiale.  La trame du récit respecte bien le sens du vers anglais tiré du poème de Laurence Binyon « For the Fallen » écrit en 1914 : « Ils ne vieilliront pas ».

« They shall grow not old, as we that are left grow old :
Age shall not weary them, nor the years condemn.
At the going down of the sun and in the morning
We will remember them. »

Le titre français ne respecte pas le point de vue du documentaire qui met en lumière la montée au front de dizaine de milliers de jeunes Britanniques dont certains, en totale inconscience, tronquèrent leur âge réel – 15 ans souvent – pour s’engager.

Ce qui marque le début du documentaire, c’est la brutalité de la montée au front qui saisit l’ignorance initiale des jeunes engagés « volontaires » partis la fleur au fusil – ou presque.
Au fil des images recolorisées et des reprises de témoignages sonores des « Boys », c’est une autre compréhension des raisons de leur engagement, de leur formation militaire, des tragédies du front, de la dureté des tranchées qui émerge.

Les Anglais venaient soutenir une Alliance.
Les Français défendaient leur propre sol.
Les uns et les autres avaient toutefois en commun de devoir partir à l’assaut avec la même peur au ventre, avec la même résignation face au hasard des tirs de barrage, avec le même sens du don de leur vie pour la cause.

Dans les tranchées, Français et Anglais, et, de l’autre côté les Allemands, vivaient le même quotidien macabre, partageaient la même souffrance dans la boue et la fange.
Seuls les rats étaient neutres.  Ils se repaissaient indifféremment des cadavres.
Ce documentaire montre, avec plus ou moins de justesse, l’universalité du sort des hommes au combat.

Pour preuve :
« Ah !  ces heures, ces heures-là !  Le râle reprend : avec quelle lenteur meurt un être humain !  Car, je le sais, il n’y a pas moyen de le sauver.  J’ai, il est vrai, essayé de me figurer le contraire, mais, vers midi, ses gémissements ont détruit ce faux espoir.  Si encore, en rampant, je n’avais pas perdu mon revolver, je l’achèverais d’un coup de feu.  Je n’ai pas la force de le poignarder. »

De quelle nationalité est celui dont la plume a couché ces lignes sur le papier ?
Des mots presque semblables sont prononcés par un Vétéran dans le film, comme témoignage d’un acte réel.
Ici, elles sont tirées du témoignage d’Erich Maria Remarque dans « À l’Ouest rien de nouveau ».

Le 11 novembre 1918, les « fritz » pleurèrent leur défaite.  Au prix de dizaine de milliers de morts.
Le 11 novembre 1918, les « poilus » célébrèrent leur victoire.  Au prix de dizaine de milliers de morts.
Le 11 novembre 1918, les « boys » eurent le sentiment de perdre leur job.  Au prix de dizaine de milliers de morts.

Bleuets, coquelicots.
France, Grande-Bretagne.
Des versions différentes.  Des mémoires différentes.
Sous les épidermes, un même sang versé.