365 Nuances de 2019 – #338 – «La quadrature de la lunule»

Un billet, court, chaque jour.

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« Messieurs, montrez-moi vos lunules ! »
Combien de médecins militaires, à la visite médicale des récipiendaires au Service National, ont vu, à cette injonction, les bidasses baisser leur pantalon…
… plutôt que de tendre leurs mains pour soumettre à leur docte inspection, leurs petits ongles, plus précisément la tache claire qui forme la base de l’ongle.

Cela a dû leur procurer des heures des souvenirs joyeux, hilares au moment de la retraite.

Les lunules qui nous occupent ici, sont celles qu’a étudiées, un génie étonnant : Léonard de Vinci.
Si ses toiles valent toutes les louanges et tous les hommages, le travail intellectuel du Maître toscan défie l’imagination.

Les lunules, portions de surface délimitées par deux cercles non concentriques de rayons différents, étudiées pour leur géométrie complexe par Léonard de Vinci, donnent matière à tenter de se transposer dans sa peau, dans son époque, pour prendre la mesure de son foisonnement cérébral, de l’éclectisme de sa curiosité, d’une volonté acharnée à comprendre la mécanique des choses, des plus simples aux plus sophistiquées.

Au Louvre, dans les vitrines de la riche exposition qui lui est consacrée, se déploie un certain nombre de ses travaux de recherches.

Fascinant.
Fascination absolue pour qui se plonge dans les études du plus complexe des Italiens.
Son insatiable envie de savoir, de connaître, de comprendre, de découvrir, d’explorer, de réfléchir une palette gigantesque de sujets, qui se retrouve dans le moindre recoin de page où pas un millimètre carré n’est laissé vide.
Ses croquis, ses schémas, ses dessins sont d’une précision impressionnante.
Son écriture, à l’envers, tient de la minutie de souris.

Cette intensité intellectuelle, à une époque où les instruments scientifiques étaient peu nombreux et sommaires, laisse pantois.
Pantois devant la somme d’heures de travail que tous ces documents laissent présager.

Se poster devant toutes ces merveilles, imaginer, construire la scène dans son esprit, d’un Maître, penché sur sa table de travail ou en arrêt devant un arbre, le regard démesuré tentant de saisir la face cachée de toute chose.

Relever la tête, tourner les yeux vers la « Vierge au Rocher » et saisir, soudain, qu’au-delà des à-plats de couleurs, toute l’architecture de la composition, le moindre angle, la moindre ombre, le plus ténue des traits de lumière sont le fruit puissant d’un travail scientifique qui ne laisse presque rien au hasard, qui cherche la quadrature : à résoudre l’impossible.

Un autre sujet de réflexion pour médecins, militaires ou non, à la retraite ou non.

365 Nuances de 2019 – #334 – «Qui est Libéral ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Alors que lundi dernier, l’Hôtel des Invalides ouvrait son cœur à treize de nos compatriotes tombés au combat, le hasard des grèves conduisit mes pas au pied de la statue qui immortalise celui qui en fut le concepteur : Libéral Bruand.

C’est étonnant ce que le hasard peut permettre comme rencontre, même si elle est lapidaire, de pierre cela s’entend.

Qui est Libéral ? Libéral Bruand ?
Hormis cette mémoire de pierre, le nom de cet architecte ne résonne pas dans les cordes de nos mémoires et n’est pas passé à la postérité.

C’est pourtant lui, dont le projet fut choisi parmi huit autres par Louis Dieudonné, dit Louis XIV, qui conçut les plans et conduisit sur un vaste terrain de dix hectares les travaux de l’Hôtel des Invalides.
Il conçut également les premières esquisses de la Place Vendôme et de la Basilique Notre-Dame des Victoires.
Il fut le professeur de Jules Hardouin-Mansart a qui nous devons également pléthore de chefs d’œuvre de l’architecture classique.

Si cet homme savait qu’aujourd’hui encore, l’Hôtel des Invalides, reste dans sa vocation première voulue par le Roi Soleil, celle d’être un écrin pour les soldats meurtris par les combats, à qui une Nation se doit de rendre tous les hommages et, plus tristement, les derniers honneurs, il se sentirait certainement grandi de permettre de préserver cet esprit de reconnaissance, de gratitude.

Avant de tourner le dos et de reprendre le cours de mon chemin, je me suis laissé aller à penser qu’il y avait, de par le monde, de par la France, des hommes, humbles en leur époque, mais tant plus grands qu’eux-mêmes qu’ils laissaient derrière eux, pour leur temps, pour longtemps et pour l’avenir des générations, des balises, des repères, des sémaphores pour que nous ne perdions pas nous-mêmes.

365 Nuances de 2019 – #295 – «Hubert Lyautey ; ses quelques mots suffisent»

Un billet, court, chaque jour.

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Hubert Lyautey
1854 – 1934
Maréchal de France
Académicien

Lire, ou relire, son ouvrage « Du rôle social de l’officier », aujourd’hui, 11 novembre 2019, jour de célébration de l’Armistice du 11 novembre 1918, donne à reprendre courage dans l’action, qui seule élève les Hommes.

Les première lignes de la première page résonnent étonnamment justes aujourd’hui : « Il est peut-être temps de sortir de la critique ou de la spéculation stériles pour en venir à l’action rude et féconde. ».

« Les hommes que leurs occupations ou leur vocation mettent en contact avec la jeunesse cultivée s’accordent à signaler, dans la génération qui naît à la vie publique, certain courant de réaction contre le dilettantisme hautain qui a plus particulièrement marqué ses devancières. En présence de la transformation sociale, dont la marche grandissante et la fatalité forcent aujourd’hui l’attention des esprits les plus rebelles, cette jeunesse s’aperçoit, nous affirme-t-on, que, pour les privilégiés de l’esprit, il peut y avoir d’autres rôles que ceux d’analystes et d’expérimentateurs, et qu’il est peut-être temps de sortir de la critique ou de la spéculation stériles pour en venir à l’action rude et féconde. »

365 Nuances de 2019 – #293 – «Une certaine idée du Général»

Un billet, court, chaque jour.

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9 novembre 1970.  Décès du Général de Gaulle.

Il me semble parfois souffrir d’une nostalgie bien mal à propos, étant née quelques semaines après le décès du Général.  Je n’ai pas connu la guerre, je n’ai pas connu les tumultes du parlementarisme de la IVème République, je n’ai pas connu Mai 68.

Pourtant, le curseur se replace, revient spontanément à l’Homme du 18 Juin, comme une référence naturelle, un modèle auquel se référer et sur lequel prendre exemple.

Pourquoi, quarante-neuf années après son décès, à la Boisserie, un soir tranquille, en alignant une crapette, assis auprès de sa Chère Yvonne, tant de Français, qu’ils l’aient connu ou pas, restent si attachés à sa personne ?

Probablement, parce qu’il avait, avant tout autre intérêt, avant toute velléité personnelle, la France rivée charnellement au cœur et à l’âme.
Et ça, les Français, tout gaudrioleurs et râleurs qu’ils soient, le savent aussi charnellement.

Les Français ont une âme curieuse ; ils sacrifient leurs rois pour se donner ensuite de piètres princes.
Ils ont lâché le Général par voie de référendum, ils ont coupé des têtes, ils ont encouragé l’exil de ceux-là mêmes qui, le plus souvent, les aimaient le plus et leur étaient le plus dévoués.

« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France.  Le sentiment me l’inspire aussi bien que la raison. Ce qu’il y a, en moi, d’affectif imagine naturellement la France, telle la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs, comme vouée à une destinée éminente et exceptionnelle.  J’ai, d’instinct, l’impression que la Providence l’a créée pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires. »

Cette citation, qui ouvre les « Mémoires de Guerre », montre à quelle hauteur de sentiments le Général portait son pays.
Lui a-t-on rendu cette affection ?
La foule à ses obsèques le montre sûrement.

Comme en psychologie individuelle, chacun reste, qu’il le veuille ou non, qu’il en ait conscience ou non et ainsi qu’il l’admette ou non, attaché à son histoire familiale (sinon souvent déterminé par elle), à cette longue chaîne humaine d’ancêtres qui l’ont précédé, à ses ancrages territoriaux, à sa culture.
Cela s’appelle l’atavisme.
En psychologie collective, les Français restent, qu’ils le veuillent ou non, qu’ils en aient conscience ou non et ainsi qu’ils l’admettent ou non, attachés à cette longue chaîne de Chefs, de Souverains, de Grands Hommes qui les ont dirigés, qui ont façonné à la fois ce qu’ils sont et le pays où ils vivent.

Les Français savent, ataviquement, qui les a défendus, qui leur a fait honneur, qui a porté en leurs noms, le pouvoir de dire « non ».
Et c’est à tous les « non » que Charles de Gaulle a su prononcer, sûr qu’il était de porter le consensus de tous, inspiré par son amour raisonné de son pays et de ceux qui le peuplent, que les Français restent profondément attachés.

Les Français savent, profondément, que cet amour patriotique, ne s’invente pas, ne se déclame pas comme une réclame ou comme le slogan d’un jour, ils savent que ce qui, chez le Général, était une vocation inspirée, pétrie de culture catholique et humaniste, ne résonne souvent que comme un calcul chez ses successeurs.
Georges Pompidou mis à part, peut-être.

Le fait qu’il ait été Militaire, Saint-Cyrien, Combattant et Prisonnier en 14-18, ajoute à son prestige, à sa crédibilité.
Juste après cela, ce que les Français ressentent, pour l’avoir vécu ou pour le constater par comparaison avec ses successeurs, c’est qu’il s’est battu pour eux, aux fins de servir et non pas de se servir.

Chaque fois que l’actualité, nationale et internationale, tangue un peu, c’est à lui que chacun revient pour poser la question, une question prégnante : « Qu’aurait fait le Général ? »
Et beaucoup de répondre d’emblée, avant les aspects techniques de l’enjeu : « Il aurait choisi l’honneur. ».

De cette veine d’honneur et d’orgueil national, portée, personnifiée par ses Chefs, qui leur manque tellement.

Issue de la cuvée 1970 qui vit son départ, je ne peux que lier ma reconnaissance pour l’héritage laissé et louer l’exemple d’honneur porté haut que par écrits, vidéos, photographies interposés.
Mais l’inspiration, l’admiration sont là, indéniablement, pour me permettre une certaine, et belle, idée du Général.

« Ô Capitaine ! Mon Capitaine ! Lève-toi pour écouter les cloches.
Lève-toi : pour toi le drapeau est hissé, pour toi le clairon trille,
Pour toi les bouquets et guirlandes enrubannées, pour toi les rives noires de monde,
Elle appelle vers toi, la masse ondulante, leurs visages passionnés se tournent* »

 

 

* Walt Whitman, 1865

365 Nuances de 2019 – #284 – «Pour qui as-tu donné ta vie ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Chanteloup-les-Vignes à feu et à sang, nos Forces de l’Ordre outragées, insultées et prises au piège de hordes de sauvages pétries de haine contre la main, celle de tous les Français, qui paient de leur travail et de leurs contributions les infrastructures, le cadre qui leur permettent – leur permettraient – de vivre dignement dans un pays démocratique et civilisé.

Pendant ce temps, loin de chez lui et loin de nous, loin de ces sauvages ingrats, un jeune soldat, Ronan Pointeau, 24 ans, donne sa vie pour lutter contre les barbares islamistes qui terrorisent le Mali, le Sahel et exportent leur démence jusque sur nos terres.

Dans nos propres rangs, en France, des ingrats, des irréalistes, conspuent la lutte des Français contre le communautarisme et toutes ses indignes manifestations. Sans la moindre pensée, la moindre reconnaissance, la moindre conscience pour l’engagement de nos Soldats, nos compatriotes.

Oublieux du prix de leurs nuits tranquilles.

Aux frais de la France, sans compter par ailleurs toutes les aides et subventions de toutes les structures étatiques et para-étatiques du monde entier, nos jeunes Combattants vont donner leur sueur, leur sang et leurs larmes pour que nous puissions, ici, dans nos vies, dans nos villes, dans nos maisons vivre libres et sans menaces.

Ronan : « Pour qui as-tu donné ta vie ? »

Pour une classe politique qui repousse chaque jour le moment de mettre un terme à cette anarchie indigne et de prendre ses responsabilités ?
Pour des intellectuels et des commentateurs qui louvoient honteusement entre les signes évidents de volonté de détruire une démocratie et de, par des idéologies d’une autre ère, faire régresser un Peuple à des âges et des us qu’Il a mis plusieurs Révolutions à combattre.
Pour des commentateurs qui ferment les yeux, qui ne font pas leur travail d’investigation, qui prennent parti et qui, faute d’esprit critique et de courage, jouent le jeu de ces extrêmes qui nous détruisent, détruisent nos symboles et notre mode de vie.
Pour des Populations venues sur notre sol pour vivre de nos richesses tout en nous crachant sans cesse à la figure.
Pour des voyous qui se laissent pousser la barbe, des harpies qui portent le voile comme des provocations et pour tous ceux qui les excusent et les soutiennent.

Où est la reconnaissance de ces Populations que ta vie donnée, et toutes celles de tes frères d’armes, contribue à libérer de ces combattants du mal ?
Se sont-ils mis en rang d’Honneur sur le tarmac au Mali au moment où ton corps a été rapatrié ?
Sont-ils venus en nombre à Valence, partager la peine de ta famille et de tes co-religionnaires du 1er régiment de Spahis ?

Ont-ils même eu une, une seule, pensée de reconnaissance ?
Ne serait-ce même qu’une once de prise de conscience ?

Non.
Dans leurs banlieues, ce qui les intéresse, c’est de casser.

Il est à craindre, Cher Ronan, qu’une fois les unes de journaux et des médias passées à autre chose, tout ne recommence, perdure et s’amplifie.
Car personne, là, ici, en France, ne semble vouloir ni aller au front, ni même nommer les choses.