Odyssée 2021 (#51) – « Assimilez notre danse »

Assimilation

Ce sont les cors qui entament avec fringance et exaltation les premières notes de « La Marches des Troyens » d’Hector Berlioz.
Quel panache !
Redressez le buste, gainez votre corps, claquez les talons, préparez-vous, mettez-vous en ordre !

C’est à cette aune que, si vous souhaitez entrer dans notre danse, vous devrez mesurer votre effort.

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Louis XIV.
« Le Roi danse » ; il a fait école, et cela fait plus de trois cents ans que cela dure.
Commencez par la révérence et le salut, ainsi, vous montrerez votre fierté d’appartenir, d’essayer d’appartenir, à notre « Grande Maison ».
Dans cette « Grande Maison » qu’est la France, malgré les Codes et les Lois, l’essentiel, le plus important, ce qui fonde notre noblesse, c’est que, concernant la véritable attitude à adopter, rien n’est écrit, tout est verbal.
Comme pour la danse, si vous espérez que votre vie soit là, si c’est ce que vous voulez, il faudra vous transformer « dès que votre pied touchera la scène ».

N’oubliez pas vos bases, ce que vous êtes, mais gommez-le un peu, par un travail assidu, un effort constant, pour tout recommencer, pour correspondre, en changeant votre façon de « danser », à notre propre façon de danser.
Pour faire partie du groupe, il faut s’assimiler ; pas à pas, de stagiaire à élève, vous ne cesserez de monter en ligne pour, sans doute, être admis, faire partie, de notre corps de ballet.

Votre âme, vous ne la perdrez pas.  Ce sera quelque chose qui brille à l’intérieur de vous-même.  Mais grâce à l’exigence d’assimilation, dans la tension du désir de nous rejoindre, vous quitterez tout ce qui vous soumet à la pesanteur, ce qui, par exemple, vous a conduit à quitter votre bercail, pour construire ce que vous avez décidé que sera votre vie dans la « Grande Maison » qu’est la France.

Cette discipline très sophistiquée, qui nous vient d’un autre siècle, où l’on demande tellement à chacun, que nous sommes presque seuls au monde à la requérir, permet à chacun de se sentir incorporé, d’entrer et de faire partie d’un tout.
Tous ces efforts que vous consentirez deviendront peu à peu naturels, vous les assimilerez, à force d’habitude, autant par le corps, que par la tête et par le cœur.

Gardez toujours le sourire, ne vous montrez jamais fatigué, ne prenez pas tout au premier degré, ne méprisez pas notre répertoire, nous vous accueillons déjà, vous êtes quand même déjà parmi nous.
Ce sera, finalement, avec beaucoup de noblesse, que, pas à pas vous assimilerez notre danse, que de sujet vous passerez, sans aucun doute, étoile.

Odyssée 2021 (#50) – « 50 Billets »

19 février, cinquantième jour de 2021 et cinquante billets parcourus de cette « Odyssée 2021 ».

Chaque mot est un tour de roue, la courroie est la plume, et la phrase, une route vers l’horizon sans fin de l’imagination, de la pensée, de la créativité.
Pas de CO2.  Pas de gaz à effet de serre.
C’est très vert, le carburant des mots.

Il m’en reste tout de même encore deux cent soixante-cinq – billets – à parcourir ; à écrire.

Le monde est tellement riche.  Il y a tellement de merveilles à explorer, de moments sur lesquels s’arrêter, d’incongruités à décrier.
Si vous êtes dans ma roue et dans mes mots, surtout restez-y, tenez bon !
Cela n’est pas encore près de s’arrêter !

Odyssée 2021 (#49) – « Sans mots : les maux »

Il faut déclencher la musique ici, avant de commencer à lire.

Cantique de Jean Racine – 1865 – Gabriel Fauré

À l’écoute de cette pièce vocale, de ce cantique, en quelques minutes, laissez-vous aller à dénombrer le nombre de mots différents qu’il faut avoir à sa disposition pour pouvoir décrire, exprimer, partager avec justesse, avec précision, la délicatesse du jeu de l’orchestre, le transport divin des voix, l’émerveillement, le plaisir et l’émotion ressentis.

Comment, faute de mots, de vocabulaire étendu, identifier, définir, exprimer, la palette complexe et pléthorique des situations et de sentiments humains.
Impossible.
Même le langage des signes, pour ceux qui n’ont ni l’ouïe, ni la voix, offre cet outil de cheminement de la pensée, du cortex, au cœur, jusqu’aux lèvres que deviennent alors les mains.

Le dire, l’écrire mais avant tout le penser.  Il faut des mots pour cela.  Et les mots s’apprennent.  Souvent facilement.  Et tout aussi souvent ardûment.  À coup de relectures multiples, d’effeuillage de dictionnaires, de questions, d’explications.

Quelle merveille cependant, comme pour la belle note entendue, un pincement de harpe, une volute de clarinette, de saisir par l’esprit et d’entendre résonner le mot idéal qui fait jaillir par la parole ou par la plume, la pensée, l’émotion.  La compréhension.  L’expression des maux heureux, ou malheureux, de l’âme.

De trois cents mots vers deux ans, une personne au cursus scolaire moyen, en acquiert jusqu’à 26 000 en 3ème, vers l’âge de 15 ans.
Honoré de Balzac en maîtrisait environ 50 000, quand un dictionnaire courant en dénombre jusqu’à 60 000.

Ces mots s’attrapent, s’apprennent, se décryptent, s’apprivoisent au fil des conversations, des situations, des apprentissages, des expériences de toutes sortes, comme l’écoute de cette pièce de musique en hommage à cet hymne des matines écrit par Jean Racine.

Il semblerait que, dans les agora pédagogistes, après les éditeurs eux-mêmes, soit envisagé de réécrire en langage courant du XXIème siècle, les pièces de Molière.

Comment traduire la réplique de Maxime, dans l’École de Femmes :
– « Elle ne doit se parer
Qu’autant que peut désirer
Le mari qui la possède :
C’est lui que touche seul le soin de sa beauté ; »

En langage d’aujourd’hui ?
– « Elle ne doit se faire belle
Que si ça plaît
Au mec qui l’a mariée :
Y’a qu’à lui que ça émeut ; »

Comment comprendre, en renonçant aux exigences de la belle langue, à sa puissance poétique, en effaçant toute aspérité, tout effort d’élévation, en gommant tout ce qui ne correspond plus à nos modus actuels, à nos grilles de lectures, les logiques du passé, par lesquelles, avec lenteur, nous sommes civilisés aujourd’hui.

Comment élever les âmes, comment permettre, même aux pires haines de se déverser autrement que par la violence, les injures, les raccourcis et les armes, si on les prive de mots.

– Que tout l’enfer fuie au son de Ta voix ;
Voilà l’un des vers chantés dans cette pièce de Gabriel Fauré, l’Appaméen, l’Ariégeois, compositeur des beautés de la Terre et des Cieux ?
– Que tous les maux fuient au son de tes mots ;
Pourrait-on reprendre aujourd’hui.

Odyssée 2021 (#48) – « Souhaitons-nous un bon Carême »

L’icône de Roublev est un des plus grands chefs d’œuvre de l’Art religieux chrétien.  Tout ce qui concerne la foi chrétienne, l’Eucharistie, la Trinité et le Salut est représenté dans cette seule icône.

Ainsi, regarder cette icône comme une simple image revient à se priver d’y voir un objet de piété, une invitation à la méditation la plus élevée qui soit sur Dieu et sur l’Humanité.
Et sur le contenu véritable de notre cœur.
Admirer cette icône à l’ouverture, tout au long du Carême et particulièrement le jour de Pâques, porte à réfléchir sur, à peser et à valider les fondements de notre foi, le contenu de notre cœur.

C’est sans doute là le message d’une partie de l’homélie du Pape François à l’occasion de la messe des Cendres, ce mercredi ; le Carême, quarante jours de joie pour :
– « discerner vers où est orienté notre cœur ».

Les Cendres en signe de croix sur notre front pour nous rappeler comme nous sommes fragiles.  Hommes fragiles aux cœurs versatiles.
Nous sommes invités à cheminer vers Pâques en nous concentrant sur ce qui en nous ne peut être détruit ni par la calomnie, ni par la souffrance, ni par le péché, ni par la mort.
Nous sommes invités à mettre tout le superflu en retrait sans « mettre notre cœur en Carême », c’est-à-dire sans cesser de penser à ce que nous sommes pour les autres, à ce que nous devons aux autres et à la manière dont nous les aimons ; en vérité.

C’est d’abord l’occasion de se souvenir de qui nous sommes, sur nos origines judéo-chrétiennes, sur ce que celles-ci ont apporté à notre civilisation actuelle.
C’est ensuite l’occasion de nous demander si la raison pour laquelle nos églises se vident et dépérissent, s’effritent pierre par pierre, sont vouées à la destruction comme la Chapelle Saint-Joseph de Lille, n’est pas en premier lieu parce que nous les délaissons.
C’est enfin l’occasion de penser à nos frères et sœurs chrétiens persécutés dans le monde, dont 4761 d’entre eux ont été tués entre octobre 2019 et septembre 2020.

Souhaitons-nous un bon Carême et partageons avec tous ceux qui le veulent les valeurs chrétiennes de joie, d’amour, de partage et de pardon.

Notes:
Pour écouter l’histoire de l’icône de Roublev, suivez ces liens :
– Partie 1 : « La Trinité de Roublev »
– Partie 2 : « La Trinité de Roublev 2 »

Odyssée 2021 (#47) – « Conversation rêvée »

Il ne s’agit pas de vaine nostalgie.
« On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. »

Cependant, à étudier l’Histoire dans ses petites lignes, dans ses niches secrètes, il est possible d’en envier certains trésors comme la relation privilégiée que partagèrent le Général de Gaulle et André Malraux.
À relire les souvenirs de son ultime conversation avec l’un des plus puissants personnages de l’Histoire de France dans « Les Chênes qu’on abat… », se mesure la chance qu’il a eue de pouvoir partager un moment de confidences avec « Charles le Grand Chêne » ; confidences qui éclairent celui-ci de l’intérieur.

Ce livre, c’est une conversation rêvée.

Le titre de ces souvenirs est tiré de l’hommage de Victor Hugo à Théophile Gautier :
« Oh !  Quel farouche bruit font dans le crépuscule
Les chênes qu’on abat pour le bûcher d’Hercule »

Ce qui se mesure au travers des mots échangés, aux confins de l’hiver 1969, à l’abri des murs de La Boisserie, des regards de de Gaulle et de Malraux tournés vers les plaines de la Haute-Marne, vers « l’immense paysage noir et blanc de la neige sur toute la France », c’est le poids du destin d’un pays, le nôtre, la France, concentré dans un seul homme.
La génération du Général de Gaulle est une génération où l’on se livrait moins à l’introspection, à la stérile procrastination, qu’à l’action.   Ainsi, André Malraux résume ses propos, intimistes mais pas intimes :
« L’intimité avec lui, ce n’est pas parler de lui, sujet tabou, mais de la France (d’une certaine façon) ou de la mort. »

Au moment de cette conversation, dans le salon puis autours d’un dîner avec Yvonne de Gaulle, se ressent l’inéluctable : accepter de laisser l’eau de l’Histoire reprendre sans lui un autre cours et la fin d’un homme, qu’une double foi n’a cessé d’habiter : celle en Dieu et celle en la France.

Sans arrogance sur le rôle qu’il aura tenu dès le 18 juin 1940 dans la reconquête pour la France d’une psyché transcendante, il résume son rôle en ces termes :
« L’action historique n’est pas seulement celle d’un homme, même quand cet homme est Napoléon.  Elle assume les passions les plus profondes, ou la détresse de beaucoup d’hommes, et elle les partage.
L’éternité n’est pas nécessaire pour connaître les limites de l’action : le malheur suffit. »
Lucidité, ubiquité, détachement et sentiment du devoir accompli émaillent chaque réplique de cet aparté.

Le Général de Gaulle a fait aimer la France urbi et orbi.  Bien plus que les Français ne l’ont jamais aimée eux-mêmes et surtout bien plus qu’aucun des politiques qui lui furent contemporains.
Il la leur a fait aimer comme un homme aime une femme, tout en connaissant ses imperfections, ses lâchetés, ses trahisons, ses crimes, pour la pousser à la transcendance, à briller sans en référer ni aux miroirs complaisants ni aux miroirs corrupteurs, à avancer coûte que coûte pour construire, malgré les stériles agitations, les inconstances et les cupidités de la politique politicienne, un destin aux horizons fédérateurs.

Ce qu’il faudrait aujourd’hui, c’est œuvrer à réécrire collectivement, sans les négations, son constat :
« Les Français n’ont plus d’ambition nationale.  Ils ne veulent plus rien faire pour la France. »
– « Les Français ont une ambition nationale.  Ils veulent tout faire pour la France. »