365 Nuances de 2019 – #351 – «Les secrets de la Rue Lauriston»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

La Rue Lauriston est en réalité la Rue de Jacques Alexandre Law de Lauriston.

J’y passe chaque matin.

Elle est longue, en faux-plat montant, puisqu’elle rejoint la Butte Chaillot.
Elle longe un des plus imposants réservoirs d’eau de la ville de Paris.

Lauriston fut fait Maréchal en 1823 par Louis XVIII.
Il connut une très brillante carrière aux côtés de ce Prince.  Pourtant, il combattit essentiellement sous le règne de Napoléon Ier.
Lui et l’Empereur firent connaissance pendant leur formation militaire et ne se quittèrent pour ainsi dire plus par la suite.

La rue qui porte son nom aurait pu se contenter d’incarner cette gloire, ces hauts faits d’armes.

Malheureusement, la gloire de cette rue s’est assombrie, pendant la Seconde Guerre mondiale, de l’installation d’une antenne française de la Gestapo, conduite par Pierre Bony et Henri Chamberlin, dit Henri Lafont.
Les autorités allemandes se sont appuyées sur des truands français comme ceux-ci pour leur travail de basse police.

Ce lieu infâme se situait au numéro 93, on le surnommait : la « Carlingue ».
Lire le récit, l’inventaire des méfaits continus de ces deux hommes avant et pendant la guerre et des actes de barbarie auxquels ils se sont livrés avec zèle sur des Juifs et des Résistants donne des sueurs froides.

La Rue Lauriston est aujourd’hui une rue bien vilaine : triste, sale et sombre.
Il faudrait peut-être étirer les rayons de la Place de l’Étoile où elle prend son élan, pour y apporter un peu de lumière, un peu de la lumière des héros dont les noms, comme celui de Lauriston, font briller l’Histoire de France.

Remaquiller des plus belles Gloires, les heures sombres de notre Histoire.

365 Nuances de 2019 – #336 – «Se régaler»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

De petits lieux.
De petites adresses.
Où aller se régaler.

Par un samedi froid, où le soleil s’amuse timidement sans s’user outre mesure en degrés excessifs, après l’anarchie de grèves qui nous ont poussé à errer à pied de par les rues.
Il faut se réchauffer, se bien traiter, se réconforter.

Une petite alcôve discrète, remplie de délices.
C’est une alcôve, qui cligne de l’oeil malicieusement, qui alpague insidieusement mais fermement le chaland, de sa vitrine chromée, où quelques pâtisseries alléchantes, promettent un avant probablement aussi gourmand.
Il faudra pourtant encore l’attendre un peu, ce dessert.

Que c’est bon d’être gourmand et encore plus d’être gourmand à deux.

Énergies rutilantes.
Lumières tamisées.

Assiettes lumineuses et brillantes.

S’émerveiller de voir arriver deux belles assiettes remplies d’ingrédients simples.  Simples mais d’une si belle qualité.
Simples mais d’une si belle fraîcheur.
Simples mais justement préparées.

Un petit vin blanc acidulé.
Des tartines à peine dorées.
Des œufs mollets à souhait.

Toute cette magie partagée ensemble, complices d’un petit crime de bonheur gustatif.
De l’entrée jusqu’au dessert.
Ne pas en perdre une miette.
Échanger les assiettes, les fourchettes.

« Je t’aime » par-dessus la table.
« Je t’aime » échangés à chaque bouchée.
« Je t’aime » qui trinquent, se choquent au bord des verres et s’épanouissent en sourires.

Conclure en bouchées sucrées au chocolat, en choux croquants au craquelin, en velours de brisures de marrons glacés.
En baisers petits, fugaces et complices.

Se régaler et repartir.
Main dans la main.

365 Nuances de 2019 – #334 – «Qui est Libéral ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Alors que lundi dernier, l’Hôtel des Invalides ouvrait son cœur à treize de nos compatriotes tombés au combat, le hasard des grèves conduisit mes pas au pied de la statue qui immortalise celui qui en fut le concepteur : Libéral Bruand.

C’est étonnant ce que le hasard peut permettre comme rencontre, même si elle est lapidaire, de pierre cela s’entend.

Qui est Libéral ? Libéral Bruand ?
Hormis cette mémoire de pierre, le nom de cet architecte ne résonne pas dans les cordes de nos mémoires et n’est pas passé à la postérité.

C’est pourtant lui, dont le projet fut choisi parmi huit autres par Louis Dieudonné, dit Louis XIV, qui conçut les plans et conduisit sur un vaste terrain de dix hectares les travaux de l’Hôtel des Invalides.
Il conçut également les premières esquisses de la Place Vendôme et de la Basilique Notre-Dame des Victoires.
Il fut le professeur de Jules Hardouin-Mansart a qui nous devons également pléthore de chefs d’œuvre de l’architecture classique.

Si cet homme savait qu’aujourd’hui encore, l’Hôtel des Invalides, reste dans sa vocation première voulue par le Roi Soleil, celle d’être un écrin pour les soldats meurtris par les combats, à qui une Nation se doit de rendre tous les hommages et, plus tristement, les derniers honneurs, il se sentirait certainement grandi de permettre de préserver cet esprit de reconnaissance, de gratitude.

Avant de tourner le dos et de reprendre le cours de mon chemin, je me suis laissé aller à penser qu’il y avait, de par le monde, de par la France, des hommes, humbles en leur époque, mais tant plus grands qu’eux-mêmes qu’ils laissaient derrière eux, pour leur temps, pour longtemps et pour l’avenir des générations, des balises, des repères, des sémaphores pour que nous ne perdions pas nous-mêmes.

365 Nuances de 2019 – #333 – «Porsche & Poubelles»

Un billet, court, chaque jour.

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Ceux qui courent ou pédalent le long de l’hippodrome de Longchamp n’ont pu que remarquer tous ces déballages.

Déballages visqueux en tout genre.
Qui sèchent le long des cordes.
Qui s’amoncellent sauvagement dans et hors des poubelles.
Qui de dispersent de loin en loin, au gré des lieux de défécation, en petits tas écœurants mêlant rejets et papiers.

Des sanitaires prévus à tous ces effets.
Mais tout se fait quand même dehors.
Tout se jette dehors.
Et, de jour en jour, promeneurs et sportifs profitent de la prolifération sans limites de ces désordres incivils.

Désordres incivils qui se circonscrivent néanmoins sur quelques points.
Tout est sale, tout est sali, dégradé, souillé.
Tout, sauf les belles voitures.
Tout sauf les Porsche

Cela permet de se rassurer, que tout n’est pas perdu.
Aux frais de la princesse, ces campeurs admirent la beauté de leur Porsche.

À nos dépens, nous pouvons pleurer sur leur réorganisation de notre décor.
Sur leur merveilleuse relation esthétique avec cette bulle verte qu’est le Bois.
À nous de trouver l’esprit de leur art dans l’étalage de leur saleté.

L’esprit P&P: Porsche et poubelles.

365 Nuances de 2019 – #222 – «Lire facile»

Un billet, court, chaque jour.

9782081620391-475x500-1Ne pas avoir à se creuser le cerveau.
De temps à autre, cela repose de lire, de lire facile !

Ce repos s’est trouvé dans les étagères de mes enfants.  Et dans leur stockage affectif des reliques des années de collège.

En version expurgée, les « Métamorphoses d’Ovide » sont un sentier de lecture sans aucune aspérité, sans aucun caillou dans les mots.
Cela permet, quelques heures, de retrouver Io, Phaéton, Persée, Pygmalion, Atalante.

De reprendre le fil tragique, au travers de mots simples, des Amours d’Orphée et Eurydice : « Ô vous, dieux du monde souterrain, dieux auxquels nous appartiendrons tous un jour, (…) je suis venu pour mon épouse.  Le serpent sur lequel elle a posé le pied a interrompu le cours de sa vie.  J’ai perdu mon Eurydice. »

La dernière ligne de ce récit avalée, j’ai convoqué la voix de Maria Callas pour prolonger la poésie de cet appel aux dieux.

« j’ai perdu mon Eurydice,
rien n’égale mon malheur
sort cruel ! quelle rigueur !
rien n’égale mon malheur !
je succombe à ma douleur ! »

Les dieux ne pouvaient qu’accéder à une telle supplique !