365 Nuances de 2019 – #222 – «Lire facile»

Un billet, court, chaque jour.

9782081620391-475x500-1Ne pas avoir à se creuser le cerveau.
De temps à autre, cela repose de lire, de lire facile !

Ce repos s’est trouvé dans les étagères de mes enfants.  Et dans leur stockage affectif des reliques des années de collège.

En version expurgée, les « Métamorphoses d’Ovide » sont un sentier de lecture sans aucune aspérité, sans aucun caillou dans les mots.
Cela permet, quelques heures, de retrouver Io, Phaéton, Persée, Pygmalion, Atalante.

De reprendre le fil tragique, au travers de mots simples, des Amours d’Orphée et Eurydice : « Ô vous, dieux du monde souterrain, dieux auxquels nous appartiendrons tous un jour, (…) je suis venu pour mon épouse.  Le serpent sur lequel elle a posé le pied a interrompu le cours de sa vie.  J’ai perdu mon Eurydice. »

La dernière ligne de ce récit avalée, j’ai convoqué la voix de Maria Callas pour prolonger la poésie de cet appel aux dieux.

« j’ai perdu mon Eurydice,
rien n’égale mon malheur
sort cruel ! quelle rigueur !
rien n’égale mon malheur !
je succombe à ma douleur ! »

Les dieux ne pouvaient qu’accéder à une telle supplique !

365 Nuances de 2019 – #221 – «Je vous l’emballe ?»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

En 1985, Christo Javacheff disait de l’emballage du Pont-Neuf : « J’ai voulu le transformer, faire d’un objet architectural, d’un objet d’inspiration pour les artistes, un objet d’art tout court. Qu’il devienne pour la première fois une sculpture, mais éphémère comme mon rêve ».

À l’époque, l’opération avait coûté dix-neuf millions de francs. À la charge entière de l’artiste, semble-t-il.
Il semblerait que cette opération sera également intégralement autofinancée par l’Artiste en 2020.

Prévu initialement pour le printemps 2020, le nouveau projet, d’empaquetage de l’Arc de Triomphe de la Place de l’Étoile, a été reporté à l’automne de la même année.

« Pour raison écologique ».
En effet, au printemps, il faut garantir la sauvegarde des faucons crécerelles qui nichent dans l’Arc de Triomphe.

« Pour raison artistique ».
Il faudra sans doute prévenir Napoléon et le Soldat Inconnu d’aller nicher ailleurs le temps de l’exposition. Heureusement, le monument sera rendu intact pour le 11 novembre 2020.

« Pas moins de 25 000 mètres carrés de tissus recyclables couleur argent bleuté et 7 000 mètres de corde rouge seront nécessaires pour recouvrir entièrement le monument situé place de l’Étoile. »

Un mix de la tenue rouge garance et bleu horizon de nos Poilus ?
Cela restera une sépulture sans doute.

365 Nuances de 2019 – #187 – «Touriste chez soi»

Un billet, court, chaque jour.

Capture d’écran 2019-08-05 à 20.23.03

Les contrastes aoûtiens sont saisissants à Paris.

Le matin, à potron minet, la course prend une nouvelle tonalité ; un peu flippante.  Pas un chat, ou presque ; il n’y a guère qu’un matou des bords de Seine qui erre le long des péniches désertées.  La pitance sera maigre car pas âme qui vive.

Les rues de voisinage sont vides ; nous sommes dans du résidentiel.

C’est tentant, du coup, d’aller jouer la touriste, dans la ville vidée de ses habitants habituels et qui résonne moins fort du bruit des voitures.  Moins fort, moins de bruit, pas partout.  Avec la quantité de travaux et les berges transformées en plage, le temps des automobilistes semble s’égrener comme un chapelet de patience.
Coincés, ils sont !

Il faut bien commencer par deux ou trois gestes typiquement touristiques.  Acheter trois timbres pour des cartes ; le buraliste a été surpris que je parle français.  S’offrir une glace et, du coup, se mêler à une file d’attente internationale.  Là aussi, la vendeuse a démarré en anglais.

Prendre beaucoup de photos est également un must.  Malheureusement, il m’est impossible de me résoudre à user d’une perche à autoportraits (à selfies en franglais) ; là, c’est au-dessus de mes forces.  Remarquez que cet effort n’en est en réalité pas un puisque j’ai l’habitude de sortir mon téléphotographe (smartphone en langage courant).  Je dégaine facilement chaque fois qu’un sujet m’interpelle. Comme une famille sud-américaine, habillée toute de même, histoire de se repérer entre eux dans la foule.

img_5137-e1565031177920.jpg

Déambuler le nez en l’air, comme si tout était nouveau, si tout interrogeait.  Passés les lieux de tumulte, comme la Place Saint-Michel, les rues sont absolument désertes, on ne se sent, alors, originale que pour soi-même.

Du coup, on apprend des choses nouvelles, comme l’autre jour, au sujet de Jeanne d’Arc et de la Porte Saint-Honoré.
Ainsi, j’apprends où est né Joris-Karl Huysmans, Rue Suger.  Et du coup, je suis amenée à faire un effort de mémoire pour me souvenir du titre d’un de ses ouvrages : chou blanc.
Quelques pas plus loin, je vois qu’en 1937, Pablo Picasso a peint Guernica dans la Rue des Grands Augustins.

Mais dans cette Rue des Grands Augustins, c’est plutôt l’échoppe d’un marchand de jouets  qui me détourne de mes déambulations.  Un homme âgé absolument charmant que j’ai ménagé en devançant son doute : « Je suis une simple parisienne curieuse en goguette !

Quelle caverne aux trésors !
Tout pour les enfants des années avant les smartphones et les consoles.  Des vitrines entières d’animaux de ferme – et des corps de ferme miniature, des poupées de toutes les natures et de quoi reconstituer des batailles depuis la Grèce Antique jusqu’à la moitié du XXème siècle.  Et une collection de voitures miniatures ; la panoplie complète des Dinky Toys.

img_5176.jpg
Il y avait une femme très élégante aux côtés du marchand.  Nous avons échangé quelques amabilités sur le temps, le quartier, le mois d’août et les jouets.
« Merci, Monsieur, pour ces belles choses vues ! Au revoir et bonne soirée ! »

S’épargner les bouquinistes eut été sacrilège.
Scène cocasse en prenant une photo d’un nuancier de Tours Eiffel miniature-porte-clés pendues à un fil. Par courtoisie, je demande la permission au bouquiniste, et m’approchant, il a cru que, dans mon mouvement, je voulais lui faire une bise.

Il a regretté la méprise et aurait bien accepté la bise.
Du coup nous avons échangé quelques mots.  Mais les étalages de livres étant des menaces pour mon porte-monnaie, je ne me suis pas attardée.

Redescendre dans le métro m’a rhabillé de mes habits de parisienne.  Fini de piétiner sans but de jouer la « touriste chez soi ».

Jusqu’à la prochaine fois.

365 Nuances de 2019 – #184 – « Lever le Nez »

Un billet, court, chaque jour.

img_5134.jpg
Oeuvre de Maxime Real del Sarte (1888 – 1954)

Combien de fois êtes-vous sorti du métro Louvre-Rivoli, avez déboulé de l’Avenue de l’Opéra, êtes sorti de l’Hôtel du Louvre et avez-vous longé la Rue Saint-Honoré sans même, par habitude, lever le nez ?

Je l’ai découverte aujourd’hui : une plaque commémorative en hommage à Jeanne d’Arc.
Entre les numéros 161 et 163 de la Rue.

En 1429, la ville est aux mains des Anglais.
En lieu et place des actuels embouteillages, il y avait là, devant la « Porte Saint-Honoré », un fossé en eau.

Plan_de_Paris_vers_1550_porte_St-Honore

Le 8 septembre, Jeanne d’Arc, avec le duc d’Alençon, les maréchaux Gilles de Rais et Jean de Brosse de Boussac, partit du village de la Chapelle pour installer des couleuvrines (canons) sur la butte Saint-Roch et soutenir ainsi l’attaque contre la porte Saint-Honoré.
En tentant de franchir le fossé, Jeanne fut blessée d’un carreau d’arbalète (flèche d’acier à quatre pans) à la cuisse.
Le lieu plus précis est le 15 de la Rue Richelieu.

Elle voulut reprendre le combat, mais le roi, Charles VII, lui donna ordre de se replier sur l’abbaye de Saint-Denis.

365 Nuances de 2019 – #183 – «Culture, mais coups de cœur»

Un billet, court, chaque jour.

IMG_5148
Avec tous mes remerciement au Musée du Louvre. Dessins de la Collection Mariette, Musée du Louvre, Paris – Du 27/06 au 30/09/19

Se rendre dans un musée, choisir une exposition : culturel et élitiste.  Certainement : cela vous est accordé.

Il y a différentes manières d’aborder l’Art, quel qu’il soit, mais, au bout du compte, ce qui importe, c’est la confrontation des sens avec le « beau » ; ou non.
C’est un dialogue de sophistes qu’il n’y a pas lieu d’entamer là.

Bien sûr, chacun arrive avec son disque dur culturel, dans l’espoir d’en connaître et d’en stocker un peu plus et de pouvoir, dans les dîners et salons, dire que l’on a été « voir » ; que l’on a « vu ».

Bien sûr, il y la genèse de l’exposition qui provoque l’admiration pour Pierre-Jean Mariette, qui arpenta l’Italie des débuts du XVIII° et consacra sa vie à collectionner, avant tout à l’aune de son goût, les dessins – esquisses, croquis, essais, estampes – des Maîtres Italiens.

Cependant, finalement, on ne sait jamais à quoi s’attendre et, subséquemment, on ne sait jamais la manière dont on va réagir, avec quelles émotions on va repartir.
Plus qu’un contenu de conversation mondaine, ce qui compte, c’est LA sculpture, LA composition, LE sujet, LE coup de crayon qui va choquer l’œil et irradier l’âme sensible.

Il y a autant de  manières de se colleter à la pléthore d’informations, de dates, d’anecdotes et d’images qu’il y a d’individus.
Certains traverseront la « chose », craintifs, comme on fuit la maladie dans un couloir d’hôpital.
D’autres, experts, scruteront tout méthodiquement, comme on établit un état des lieux.
Encore d’autres, mercantiles, musarderont, le regard productif, dodelinant du chef de droite et de gauche, comme une matinée de lèche-vitrine.

Enfin, un petit nombre, l’œil humide, occultera ce qui fait le monde : le temps, l’espace et l’agitation.
En quête du coup de grâce.

Pas à pas, cadre par cadre, ici : lavis Mariette par lavis Mariette (puisque c’est à lui que l’on doit les encadrements bleus et dorés), notice par notice, on se nourrit des explications, des références, des sources.

Chaque dessin permet de mesurer la ressource inépuisable que constitue pour l’Art, pour le Dessin – le crayon, le fusain, la mine, la sanguine, l’encre -, toutes les plus belles pages des Mythologies grecques et romaines, de l’Ancien et du Nouveau Testament.
Et de la vie.  Des scènes de vies croquées de-ci-et-de-là.

img_5147-e1564770735942.jpg

Chaque dessin s’avoue une telle somme de travail, une telle recherche de perfection esthétique,  une telle nécessité d’évidence et de clarté narrative, qu’il est impossible, même au plus étranger à l’Art, de ne pas y déceler la présence de génie.
La main se devine plus qu’une main.  Elle est douée du pouvoir de tisser des fils entre l’irréel et le réel.
Il y a, dans la grâce des traits, qui restituent dans leurs courbes, dans leur épaisseur, dans leurs ombres, un supplément indicible, une ingérence souvent divine.

Une fois l’étude scolaire terminée, un deuxième, un énième passage s’impose, au gré du goût, au gré du cœur.
S’accomplit, un, parfois plusieurs, miracles de connivence avec une œuvre.

IMG_5141

Cela ne s’explique pas, ce ressenti qui reste, cette image qui vous suit, cette aura qui vous nimbe, ce piège arachnéen qui s’est tissé entre le fil du crayon et le fil des émotions.