Odyssée 2021 (#14) – « Dialogues manquants ! »

Il y a des phrases comme celles-là que l’on a hâte de réentendre, des banalités auxquelles on ne prête pas, ou plus, forcément attention, mais qui, d’évidence, sont devenus les dialogues manquants de notre vie quotidienne.

– « Alors Maman !  Comment ça va ce matin ? »

– « Garçon, s’il vous plaît ! »
– « Bonjour Madame !  Qu’est-ce que je vous serre ! »
– « Bonjour Monsieur !  Un petit noir bien serré avec un croissant s’il vous plaît ! »

– « Et pour vous ?  Qu’est-ce que ce sera ! »
– « Un Paris-beurre et un demi ! »

– « En plat du jour, nous avons une escalope normande avec des pommes vapeur »

– « Un Tartare-frites, et un, pour la douze ! »

– « Et votre Beaujolais, il est comment ? »

– « Manger des tripes sans cidre, c’est aller à Dieppe sans voir la mer ! »

– « En dessert : des profiteroles au chocolat !  Vous m’en direz des nouvelles ! »

– « Ça arrive Madame !  Ça arrive ! Je suis tout seul à servir ! »

– « Et l’addition ?  C’est pour aujourd’hui ou pour demain ? »

– « Je suis désolée Madame, mais nous sommes en période de restrictions.  Nous ne servons plus que du variant anglais ! »

Messieurs, Mesdames les Restaurateurs, les Aubergistes !
Que vous nous manquez !
Il nous tarde de vous retrouver ; avec le flacon et avec l’ivresse.

Odyssée 2021 (#9) – « Charles, Edith et le soleil »

Sous un soleil tout juste assez empressé de réchauffer ma carcasse et celles des dizaines d’autres évadés, posées, échouées, sur les marches du Sacré Cœur.
En position badauds, touristes.
En main, bien chaud lui aussi, un empanadas bien moelleux et goûteux piqué dans un troquet au bas des marches.
Paris, lumineux, un brin embrumé, s’étalant comme une scène complice de la gaîté du moment.

« Sous le soleil exactement
Pas à côté, pas n’importe où
Sous le soleil, sous le soleil
Exactement
Juste en dessous »

Un saltimbanque.  Un peu barré.  Tellement joyeux.
Dansant, dans une débauche de contorsions, sauts, arabesques, cabrioles, brisés, flic-flac, un mélange incertain de ballet, de hip-hop et de smurf.
Réclamant, à chaque tour, son dû ; son lot de hourras, d’applaudissements et de piécettes.

Que presque personne, tant, zombie du confinement que nous sommes, ne lui aurait refusé.
Tant c’est bon de sourire, de rire et d’applaudir.

Ce mi-Noureev-mi-Marceau du pavé de Paname, pour justifier son manège, nous a offert du Charles, du Edith, la « Mamma », la « Bohême », du « Milord », du « Padam padam ».

Il y avait « Charles, Edith et le soleil ».
Un peu de vie en rose, en somme.

365 Nuances de 2019 – #351 – «Les secrets de la Rue Lauriston»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

La Rue Lauriston est en réalité la Rue de Jacques Alexandre Law de Lauriston.

J’y passe chaque matin.

Elle est longue, en faux-plat montant, puisqu’elle rejoint la Butte Chaillot.
Elle longe un des plus imposants réservoirs d’eau de la ville de Paris.

Lauriston fut fait Maréchal en 1823 par Louis XVIII.
Il connut une très brillante carrière aux côtés de ce Prince.  Pourtant, il combattit essentiellement sous le règne de Napoléon Ier.
Lui et l’Empereur firent connaissance pendant leur formation militaire et ne se quittèrent pour ainsi dire plus par la suite.

La rue qui porte son nom aurait pu se contenter d’incarner cette gloire, ces hauts faits d’armes.

Malheureusement, la gloire de cette rue s’est assombrie, pendant la Seconde Guerre mondiale, de l’installation d’une antenne française de la Gestapo, conduite par Pierre Bony et Henri Chamberlin, dit Henri Lafont.
Les autorités allemandes se sont appuyées sur des truands français comme ceux-ci pour leur travail de basse police.

Ce lieu infâme se situait au numéro 93, on le surnommait : la « Carlingue ».
Lire le récit, l’inventaire des méfaits continus de ces deux hommes avant et pendant la guerre et des actes de barbarie auxquels ils se sont livrés avec zèle sur des Juifs et des Résistants donne des sueurs froides.

La Rue Lauriston est aujourd’hui une rue bien vilaine : triste, sale et sombre.
Il faudrait peut-être étirer les rayons de la Place de l’Étoile où elle prend son élan, pour y apporter un peu de lumière, un peu de la lumière des héros dont les noms, comme celui de Lauriston, font briller l’Histoire de France.

Remaquiller des plus belles Gloires, les heures sombres de notre Histoire.

365 Nuances de 2019 – #336 – «Se régaler»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

De petits lieux.
De petites adresses.
Où aller se régaler.

Par un samedi froid, où le soleil s’amuse timidement sans s’user outre mesure en degrés excessifs, après l’anarchie de grèves qui nous ont poussé à errer à pied de par les rues.
Il faut se réchauffer, se bien traiter, se réconforter.

Une petite alcôve discrète, remplie de délices.
C’est une alcôve, qui cligne de l’oeil malicieusement, qui alpague insidieusement mais fermement le chaland, de sa vitrine chromée, où quelques pâtisseries alléchantes, promettent un avant probablement aussi gourmand.
Il faudra pourtant encore l’attendre un peu, ce dessert.

Que c’est bon d’être gourmand et encore plus d’être gourmand à deux.

Énergies rutilantes.
Lumières tamisées.

Assiettes lumineuses et brillantes.

S’émerveiller de voir arriver deux belles assiettes remplies d’ingrédients simples.  Simples mais d’une si belle qualité.
Simples mais d’une si belle fraîcheur.
Simples mais justement préparées.

Un petit vin blanc acidulé.
Des tartines à peine dorées.
Des œufs mollets à souhait.

Toute cette magie partagée ensemble, complices d’un petit crime de bonheur gustatif.
De l’entrée jusqu’au dessert.
Ne pas en perdre une miette.
Échanger les assiettes, les fourchettes.

« Je t’aime » par-dessus la table.
« Je t’aime » échangés à chaque bouchée.
« Je t’aime » qui trinquent, se choquent au bord des verres et s’épanouissent en sourires.

Conclure en bouchées sucrées au chocolat, en choux croquants au craquelin, en velours de brisures de marrons glacés.
En baisers petits, fugaces et complices.

Se régaler et repartir.
Main dans la main.

365 Nuances de 2019 – #334 – «Qui est Libéral ?»

Un billet, court, chaque jour.

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Alors que lundi dernier, l’Hôtel des Invalides ouvrait son cœur à treize de nos compatriotes tombés au combat, le hasard des grèves conduisit mes pas au pied de la statue qui immortalise celui qui en fut le concepteur : Libéral Bruand.

C’est étonnant ce que le hasard peut permettre comme rencontre, même si elle est lapidaire, de pierre cela s’entend.

Qui est Libéral ? Libéral Bruand ?
Hormis cette mémoire de pierre, le nom de cet architecte ne résonne pas dans les cordes de nos mémoires et n’est pas passé à la postérité.

C’est pourtant lui, dont le projet fut choisi parmi huit autres par Louis Dieudonné, dit Louis XIV, qui conçut les plans et conduisit sur un vaste terrain de dix hectares les travaux de l’Hôtel des Invalides.
Il conçut également les premières esquisses de la Place Vendôme et de la Basilique Notre-Dame des Victoires.
Il fut le professeur de Jules Hardouin-Mansart a qui nous devons également pléthore de chefs d’œuvre de l’architecture classique.

Si cet homme savait qu’aujourd’hui encore, l’Hôtel des Invalides, reste dans sa vocation première voulue par le Roi Soleil, celle d’être un écrin pour les soldats meurtris par les combats, à qui une Nation se doit de rendre tous les hommages et, plus tristement, les derniers honneurs, il se sentirait certainement grandi de permettre de préserver cet esprit de reconnaissance, de gratitude.

Avant de tourner le dos et de reprendre le cours de mon chemin, je me suis laissé aller à penser qu’il y avait, de par le monde, de par la France, des hommes, humbles en leur époque, mais tant plus grands qu’eux-mêmes qu’ils laissaient derrière eux, pour leur temps, pour longtemps et pour l’avenir des générations, des balises, des repères, des sémaphores pour que nous ne perdions pas nous-mêmes.