365 Nuances de 2019 – #364 – «Ombre portée»

Un billet, court, chaque jour.

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Le livre de l’année 2019 se refermera demain soir à minuit.
C’est amusant de voir fleurir ici et là dans les journaux les bilans de l’année qui se termine et les perspectives pour celle qui s’ouvre.

Ce qui rassemble les chroniqueurs et prospectivistes, c’est le pessimisme français.  Dont il pourrait, semble-t-il, sortir de bien étonnantes réactions.

À ce pessimisme, j’ai tenté de trouver un angle différent d’explication ; elle est venue du bloc-notes d’un philosophe sur le déclin dont la chemise blanche a terni lamentablement.

« Cette maladie de l’âme, ce désabusement d’une France lasse d’elle-même comme de l’Univers, de ses gouvernants comme de ses syndicalistes, de sa langue comme de son histoire, de son prolétariat comme de sa bourgeoisie , cet épuisement d’une nation qui ne veut plus ni de son roman, ni de ses écrivains, (…) tout cela est si profond (…) c’est à une réforme intellectuelle et morale que nous sommes, en vérité, appelés (…) ».

Cette citation à elle-seule résume assez bien le sentiment de fonds des Français, à ceci près que c’est un intellectuel complètement hors-sol qui le décrète et que c’est aussi le verdict cynique d’un médecin qui est lui-même cause de la maladie.

Les Français ont bien une maladie de l’âme.
Profonde.
Mais physiquement, intellectuellement, ils vont encore, toujours, très, très bien.

L’analyse qui est faite de ce mal ressemble à la pratique de la médecine contemporaine : le moins de contacts possibles.
Consultation, diagnostic et ordonnance en 15 minutes chrono.
Plutôt que de prendre le temps d’une enquête complète, faite justement d’un vrai dialogue pour aller au fonds des choses.

Le charlatan à l’échancrure textile n’identifie qu’une partie du problème.

Le traitement concomitant souvent proposé consiste ainsi à se concentrer sur les symptômes physiques les plus visibles.
Les remèdes prescrits ressemblent souvent à la politique appliquée aux monuments historiques :
– attendre que l’édifice soit en ruine pour le raser, médicalement une ablation ou une amputation.
– entreprendre de monumentales campagnes de restauration plutôt que d’assurer une politique d’entretien courant, moins coûteuse au final.  Ce que l’on appellerait de la médecine préventive contre la médecine urgentiste.

S’ils s’attardaient sur le patient, les praticiens, les apothicaires, les sociologues, les philosophes réaliseraient que les Français ne se sentent pas du tout malades.
Que, bien le rebours, c’est à force de l’entendre dire par les Diafoirus de tous ordres qu’ils finissent par y croire.

Petite phrase ici : « Les gens qui ne sont rien. »
Petite phrase là : « Des Gaulois réfractaires au changement. »
Petites phrases de ministres sans jugeote et de porte-parole binationaux dévoyés.
Bien d’autres, plus loin encore dans les mandats, dans le temps et continûment dans les médias.

Les Français vivent sous le feu nourri, quasi permanent, de la critique, des remontrances, des sermons, des quolibets, des insultes de doctes carabins.
Même les généraux les plus aguerris et vertueux n’y échappent pas.
À ces carabins de garde, aucune vergogne pour les freiner.

Les Français sont malades de l’ombre portée de cet esprit, de cet esprit de caverne, qui se confit dans les salons, ne connaît presque rien du monde extérieur, se gonfle de théories et de tableurs, n’est qu’un simulacre, n’a que l’apparence de la science qu’il prétend avoir.
Tous ces laborantins, ces savants dictent des dérivatifs qui prennent un temps l’apparence d’un remède, mais sous lesquels les plaies françaises s’agrandissent et à cause desquels la constitution fondamentale du pays s’étiole et meurt.

Ils veulent des paroles élevées, on leur propose des circonvolutions charabiesques.
Ils veulent des potions personnalisées, on leur en propose de miraculeuses édictées ailleurs par des savants méconnaissant leur microbiote.
Ils veulent un horizon, mais on leur limite cet horizon en leur serinant qu’ils sont handicapés.

Les Français sont avant tout malades de leurs médecins qui condamnent, flétrissent, purgent, appareillent, réécrivent leur histoire, leurs gènes et leur généalogie.

Il y a par exemple, comme une perversion narcissique, à centrifuger d’une main un ADN culturel judéo-gréco-latino-chrétien et de l’autre titiller ce même moteur moral : amour du prochain, souffrance rédemptrice, expiation des péchés pour faire passer en intramusculaire une immigration débridée, des succédanés culturels, des régressions sociales majeures, des coupes budgétaires iniques.

Et si c’étaient eux, les Français, qui, pour une grande part de leur complexion, de leur constitution, de leur rythme cardiaque, de leur pression sanguine, de leur squelette, de leur motricité étaient parfaitement sains de corps et d’esprit.

Il faudrait alors regarder ailleurs, dans les prétoires qui ne jugent plus, chez les déséquilibrés à l’air libre et aussi sous les chemises blanches, qui sont les malades véritables, certainement extrêmement contagieux ; à placer en quarantaine à n’en pas douter.

365 Nuances de 2019 – #363 – «Un sprint (A)SVP ?»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Ligne d’arrivée Place de Marché !

Quel beau run ce matin !
Joie des retrouvailles avec Églantine sans laquelle une sortie du dimanche ne serait pas une bonne sortie.

Bon pied bon œil quelle que soit la météo, nous courrons pieds contre pieds, en vitaminant notre foulée d’une belle amitié.
Nous avons une belle dose de kilomètres à compter en commun autant pour se soutenir dans la préparation d’une course que pour inventer de nouvelles traces dans notre cher Bois de Boulogne, voire le Mont Valérien.

Précieux de pouvoir s’appuyer l’une sur l’autre.

Je lui accorderai un crédit supplémentaire, celle de montrer une grande patience dans mes facéties de coureuses à pied : prendre une photo, caresser un chien, admirer un arbre ou une fleur, faire la conversation à un voire d’autres coureurs.
Bref l’auréole n’est pas loin.

Pour en revenir à ce matin et à la Place du Marché, la bonne humeur a franchi la ligne d’arrivée en même temps que nous.
Ça, l’ASVP qui surveille la bonne tenue de cette foire dominicale l’a tout de suite repéré.

ASVP, cela veut dire « Agent de surveillance de la voie publique », en général, sauf urgence et nécessité, il passe inaperçu.  Ce matin, le soleil favorisant la bonne humeur et la convivialité, nous sommes entrés en conversation.

À Églantine et moi, il a lancé un :
– « Alors, déjà terminé ?! »

Églantine, ça, ça la laisse de marbre.  Elle !
Moi, ça m’agace un peu, cela me rend téméraire comme par exemple lancer le défi d’un mini-sprint.
– « Un sprint, SVP ? »
Malheureusement pour moi, l’ASVP a accepté.

Eh bien, en trente mètres, moi échauffée par douze kilomètres, lui à froid, rangers et gilet pare-balle pour le lester, il m’a laissé presque sur la touche.
Presque, parce que lui, il n’a pas été gêné par la barrière.

Une telle excuse, cela s’appelle se raccrocher aux branches, faire preuve de juste un peu de mauvaise foi.

Églantine, elle, a bien vu que je m’étais fait « eu », que je m’étais fait battre ; humilier pour faire court.
Mais, indulgente, elle n’a rien dit.

Pour l’auréole, Églantine ?
Ok : tu l’as gagnée !

365 Nuances de 2019 – #348 – «Courir pour des Pommes»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

« L’Embûche de Noël »
A Nieul, Limousin.

Celui de mes rendez-vous de course à pied – course nature, trail, selon les avis -, que je préfère.
2019 aura été ma quatrième édition.

Ce qui rend cette course si particulière, c’est sa simplicité.
Pas de battage médiatique, pas de t-shirt cadeau, pas de grands sponsors, pas de médaille.
Presque, à part moi en l’occurrence, que des coureurs des environs.

Une ambiance de famille.  Une ambiance amicale.
Café et soupe maison, sandwiches-rillette et quatre-quarts.
Ravitaillement de gobelets d’eau et pâtes de fruit.
Bénévoles aux petits soins.
L’électricien est pisteur.

Un kilo de pommes de la région offert avec le dossard.
Courir pour rien.
« Courir pour des Pommes »
C’est s’assurer de courir pour et avec le sourire.

« Embûche » !
Cette année, la course n’aura jamais aussi bien porté ce nom.

D’habitude, il se contente de faire assez froid.
Cette année, non seulement il avait plus en continu les jours précédents la course, mais un crachin, un brin intermittent, s’était invité sur le parcours.

Dès les premiers mètres, c’était boue, encore boue, ravinage et flaques géantes.
Cela n’a pas loupé : moi et un groupe de coureurs nous y sommes jetés de nos deux pieds, dès le troisième kilomètre.
Une fois les pieds noyés, imbibés, il n’y a plus rien d’autre à faire que d’avancer au son d’un petit «pouich-pouich» musical dans les chaussettes.

Le terrain macule les chaussures de trail, une flaque les nettoie.
Un pas par ci, un pas par là.
L’avantage d’une double boucle, c’est que la première est une découverte, la seconde un vrai plaisir.
Les pièges, les dénivelés sont connus.

On se lâche.

Se lâcher n’a pas été bien difficile.
Ce matin, le sourire, en mon for intérieur et sur mon visage, ne m’a pas quitté.
Et, de bout en bout, malgré les pieds inondés, ce sourire a irradié mon énergie et ma foulée.

C’est une modeste course, peu de participants.  Il arrive que l’on se trouve seul au cœur de la forêt.
Le parcours est tellement beau, de côtes caillouteuses, en sous-bois fournis, en berges accidentées de la Glane, que rien d’autre importe que le jeu de pieds, l’intelligence du terrain.

J’avais, d’une certaine manière, des ailes dans le dos.
Des ailes si insouciantes que j’en ai oublié la compétition, j’en ai oublié de déclencher mon GPS.
Je suis arrivée à la ligne finale comme une fleur, comme un ange puisque j’avais des ailes.

Le chrono, au final de ces vingt-deux kilomètres, s’en est trouvé plutôt bien.
Et mon sourire encore plus.

 

 

365 Nuances de 2019 – #332 – «Le Président»

Un billet, court, chaque jour.

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C’est l’histoire d’une blagounette, une petite farce qui dure depuis un bail.
Depuis 2012, je crois.

Mais commençons par le début.

Un fou de football qui trempe le pied dans la course à pied, comme ça, pour voir, et qui y a plongé, jusqu’au cou.
D’exploits en exploits au marathon, d’un côté comme de l’autre de l’Atlantique, la course le grignote.

Ballon au pied, pied à terre, terre de fou, fou, fou.
Une histoire de fous ?
De « Crazy » plus exactement.
D’amis « Crazys » qui courent ensemble, selon un circuit consacré, avec des variantes, mais enfilant invariablement cinq virages sévères qui ne pardonnent pas les dilettantes, les fatigués et les fêtards.

Éric le « Parrain », le « Boss » de tout ce petit monde de coureurs.
Celui qui y donne le rythme, le ton, la pérennité et l’esprit d’amitié.

Celui qui mélange tout ça dans des courses qu’il organise avec son super copain Sylvain : un 10 km de Crazy à Paris au printemps et un marathon encore plus Crazy à Deauville à l’automne.

Mais revenons au début du début, c’est à dire à la blagounette.

Une blagounette spéciale bleusaille qu’Éric m’a servie en pleine côte d’une des premières fois où j’ai rejoint le groupe, qu’à l’époque, débutante, je peinais un peu à suivre.

Bien élevée, je salue et je papote avec tout le monde, dont lui, là : le beau gosse.
Et je lui demande ce qu’il fait dans la vie.
Et là il me répond qu’il est le Président.
Naïve, je relance : « Président de quoi ? »
« Président des Crazys ! », qu’il m’a dit.

Alors, longtemps, j’ai cru que c’était vrai.
J’ai cru que le mec était vraiment un Président-costard-cravatte-attaché-case.
Même que j’ai dû le vouvoyer.

Alors que, tout bonnement, c’est juste un « Crazy » authentique.
Un fou gentil !
Le Président des fous gentils « Crazy ».

Un coureur à pied, quoi !

 

 

 

365 Nuances de 2019 – #325 – «Coup de Froid»

Un billet, court, chaque jour.

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2° ?
3° ?
Peut-être 4° ?
Coup de froid : sûrement.

L’air saisi le visage.  Il réveille d’un coup.
L’air entre dans les poumons comme un courant d’air agite une porte, s’engouffre dans une pièce et chamboule tout sur son passage.

Les globules s’affolent.
La fine peau des joue picote.

Il faut se désengourdir vite.
Le froid est insistant, il ne vous égarera pas en chemin.
Il faut le semer.

Se lancer sur la trace comme on se jette à l’eau.
Inutile de tergiverser ; ici, pas le temps, comme pour un bain, de tremper l’orteil pour informer le corps de ce qui va suivre.

Le corps le sait d’emblée.

Alors, on lâche les hésitations, on les laisse derrière soi.  Là, sur le pas de la porte.
S’élancer, s’y mettre, se donner de la peine et puis de l’envie.

Et aller tailler dans la brume, comme on coupe, on prend, on dévore une part de bonheur.