365 Nuances de 2019 – #300 – «Chabadabada, le marathon»

Un billet, court, chaque jour.

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Le défi initial était de repasser sous les quatre heures.
Le corps a fait son boulot, le mental un peu moins.
Ça arrive.

Pourtant, la motivation y était, pleinement même, dopée que j’étais par les petits soins de mon ange-gardien et par la joie de retrouver, dans les starting-blocks, plein d’amis passionnés comme moi par leur sport : la course à pied.
Ça adoucit les petits stress et ça réchauffe le cœur.

La course, qui s’élançait des planches de Deauville, le long des célèbres cabines de bains art-déco aux noms des plus grands mythes du cinéma, fut une fête.
C’est rare de ressentir une telle unanimité de gaieté au départ d’une course ; presque de l’insouciance.
Ça illumine.

Une belle « Marseillaise », entonnée avec dynamisme, presque ferveur, par toute la foule colorée.
Ça rassemble.

Ensuite, la belle campagne, en poésie d’automne, le pays d’Auge et ses vallons bordés de haies et d’arbres.
Ça distrait bien.

Les chevaux, quelques vaches même, se sont approchés du parcours, pour s’enquérir, placides, de quoi il s’agissait, de tous ces fous qui courent, s’agitent sans raison particulière, sinon celle de mesurer de quels exploits ils sont capables.
Ça amuse.

Quelques côtes et faux-plats casse-pattes pour pimenter l’effort et vraiment mériter sa médaille.
Ça déménage.

Le moral aurait pu souvent lâcher sans quelques ingrédients distillés spontanément le long du tracé par des Normands incroyablement chaleureux.
Ça encourage.

La petite pépite, l’adrénaline ultime, je la dois très certainement à Claude Lelouch, Francis Lai, Nicole Croisille et Pierre Barouh, à l’approche des derniers mètres, juste après l’hippodrome, au seuil des planches.
Un hymne à la fois local et universel, stimulant, s’est élevé dans ma petite tête :
– « Cha ba da ba da ».
Ça donne des ailes.

Je l’ai repris en boucle jusqu’à la ligne d’arrivée !
Et cela m’a bien aidé, non pas à faire plier les minutes, mais à finir le sourire aux lèvres.
Ça remplit de bonheur.

Huit minutes en trop, mais un marathon, un très beau marathon en plus.
Ça ne s’invente pas, ça se court jusqu’au bout, « comme une chance » à ne pas laisser derrière soi.

365 Nuances de 2019 – #294 – «Le Café du Dimanche»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Des Amis.

Églantine. Toujours.  On court ensemble.  Un peu dissidentes.  On aime avoir de l’avance.
Pas Cécile aujourd’hui. Ça manque.
Théo.
Mickaël, Jérôme.
Rémi, Marie-Christine.
Le Maire : pas là.
Les Adjoints : pas loin.  Stéphane, c’est sûr.

Le comptoir en zinc.

Pas Gilbert aujourd’hui. Ça manque encore.
Pas Catherine aujourd’hui. Ça manque toujours.

Vincent, Olivier.
Jamais en mal d’une affectueuse moquerie.
Le duo fraternel un brin canaille, facétieux.  Toujours charmant.
Ne m’appelle pas « Maman ».

Que des sourires.
Des sourires de coureurs heureux de leur sortie et de leur rythme.
Des sourires en vous servant le café.

Ça commence dès le seuil.
Tous sont contents de nous voir arriver.
Tous sont contents de se retrouver.

On s’interpelle, on se salue, on se claque la bise, on parle, on raconte, on s’informe, on se soucie des petites nouvelles des autres, on raconte un peu sa vie, on se met à jour des enfants, on se congratule, on se moque, un peu, quelques ragots, pas trop, on rit, on se vante, on explique, on détaille, on s’inscrit sur la liste des soutiens pour les municipales, on raille les opposants, on annonce ses courses à courir.

Des Amis. À plusieurs degrés.
Des Camarades. Évidemment.

On fait un peu de bruit.  Ben oui : on est heureux !

Le temps file.

Une première tournée.  Merci Rémi, quelle galanterie.
Pas assez.
Une deuxième tournée.  Ok c’est mon tour.
Pas assez.
Une troisième tournée.  Celle de ?  Encore la mienne.

Une dernière.
Encore quelques trucs à se dire.  Importants.  Non.

C’est ça qui est bien, chouette, agréable.
C’est ça le café du dimanche.

365 Nuances de 2019 – #289 – «Vendôme : Louis le Grand, Napoléon Bonaparte»

Un billet, court, chaque jour.

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Une des plus belles places de Paris.

Une seconde pour s’arrêter, contempler.

Il a fallu des génies, Gondi, Jules Hardouin-Mansart pour les penser et quelques héros, Louis XIV, Napoléon Bonaparte pour les couvrir de gloire.

Celle de Louis XIV, Louis le Grand.
Roi de l’apogée de la France qui inspirait le monde, quand l’autorité, la grandeur et l’ambition irriguait son âme et ne répondait à aucune autre puissance.
Celle de Napoléon Bonaparte.
Colonne à la mémoire du chef-d’œuvre tactique que fût la Bataille d’Austerlitz. Bataille où l’Empereur, avec ses Généraux et ses grognards, sut choisir le terrain, y amener l’ennemi et lui imposer son plan.

Se mêlent ainsi esthétique architecturale longuement pensée, souvent malmenée par les mouvements de l’Histoire et esthétique légendaire, celle des Princes, celle de leurs gloires.

Ces gloires, ces esthétiques s’offrent aux regards et triomphent dans la mémoire de ceux qui assument, sans faillir, avec ses lumières et avec ses ombres, la totalité d’une Histoire : Monarchie, Empire, Républiques.

Une place comme un socle.
Une colonne comme un cap.

365 Nuances de 2019 – #288 – «Quarante-cinq minutes»

Un billet, court, chaque jour.

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Novembre.  Quarante-cinq minutes en clair-obscur.

Les coureurs à pied entrent dans une saison ingrate.  Surtout les matinaux.

Les jours raccourcissent et il va bien leur falloir tenir jusqu’à mi-février pour revoir le jour se lever en même temps qu’eux.

Avec l’automne et l’hiver, le territoire matinal du coureur se rétrécit. Même avec une lampe frontale, il devient un champ de contraintes et de précautions ; le pas se fait craintif.
Racines, aspérités et objets de hasard deviennent des ennemis.

L’organisme est plus rétif que le mental.
Il sent bien que la lumière tarde, et lui, pas fou sommeille encore un peu. La foulée prend plus de temps à se rythmer ; le démarrage, le premier pas tergiversent par de petits gestes de réglage que l’on bâcle un peu plus aux beaux jours.

Mais il y a tout de même une récompense, partagée quelle que soit la saison, c’est l’émergence du décor vers la lumière, le moment où tout sort de l’ombre et où d’hésitant, le coureur devient maître.

L’aube recompose l’espace.  On cesse de deviner, on voit vraiment.
Enfin, alors, oublieux du geste qui retrouve naturellement ses appuis et débarrassé des adversaires sournois disséminés sur la trace, on profite, le regard voilé puis net, des cadeaux de matin.

 

365 Nuances de 2019 – #282 – «Sous la pluie»

Un billet, court, chaque jour.

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Sortie longue ce matin.

Au réveil, le jour n’a pas démenti la nuit.
Il pleut à verse. « Cats and dogs » comme disent nos Amis Anglais.

Il aurait été possible de laisser l’oreiller gagner la partie en le laissant susurrer des mots insidieux destinés à convaincre de rester au chaud et au sec.
Mais, malgré ses talents, l’oreiller n’a pas réussi son office.

Petit-déjeuner, en tenue, sac à eau rempli , GPS au taquet.
Prêt ?
À vos marques, partez.

Je m’étais équipée pour affronter le déluge, du coup l’eau ruisselante est devenue accessoire, il a simplement fallu slalomer entre les flaques.
Ça égaye la routine ; la course devient un jeu de danse.

Tout à coup, le miracle se produit ; l’eau arrête de tomber, le soleil tente sa chance et perce les nuages.
En forêt, l’automne s’illumine.

Alors, on se défrusque. Rangé le coupe-vent, au fond du sac le bonnet.
L’énergie trouve un nouveau souffle et le plaisir un nouvel élan.

Petit à petit, les jambes se couvrent de boue, les chaussures se remplissent.
Ça doit être cela le bonheur.

Quelques trente-et-un kilomètres plus tard, aucun remords pour la tentation de l’oreiller.
Par contre les runnings, elles, noyées, doivent bien regretter le prix qu’elles ont eu à payer.