Odyssée 2021 (#42) – « Couru d’avance »

Le plus étonnant, c’est de ne pas avoir été étonnée.

Malgré la soustraction prononcée de degrés, l’envie et l’énergie d’aller gambader sous le soleil étaient fortes ce matin.

Un coureur averti en vaut deux.  Les pieds étaient prévenus qu’il ne faudrait pas se poser n’importe où.
Mais voilà !  À courir en évitant les évidences, on en oublie les exceptions.  Et des exceptions, il y en eut juste une ce matin ; très petite, mais particulièrement vicieuse.
Dans la course à pied tout terrain, accidenté pour préciser, il faut préférer l’ennemi déclaré, les obstacles francs et massifs, à l’ami fallacieux.  Autrement dit, ce n’est pas le terrain le plus laid et le plus cabossé qui est forcément le plus dangereux.
C’est la petite anfractuosité, lâche comme une lettre anonyme, qui se cache au milieu de jolis brins d’herbe poudrés de gel blanc, le véritable danger.

Ainsi donc, l’exception, la petite anfractuosité, fut, ce matin, une toute petite flaque, d’une taille tout à fait idéale pour qu’un pied s’y pose.
Aussitôt posé, aussitôt rejeté, aussitôt flanqué au tapis.  Au tatami plutôt, tant la main invisible, qui a donné un coup de main à cette ornière-traîtresse, a mis de l’expertise dans son coup bas.  Après consultation des katas de référence, il semble qu’il s’agissait d’un « ippon-seoi-nage » ou peut-être d’un « uki-otoshi ».

Pour revenir au constat de départ : le plus étonnant, c’est de ne pas avoir été étonnée.
Le ciel était parfaitement bleu ce matin, et le soleil éclatant.  L’atterrissage d’urgence, impossible de sortir le train ou d’actionner la gouverne, bien achevé, il est resté tout le temps nécessaire, une fois au sol, pour admirer ces merveilles, dans un parallélisme et un immobilisme parfaits.

Après l’atterrissage, le pilote effectue toujours une check-list de contrôle.  Eh bien, assurément ce matin, la carlingue avait subi bien des dégâts.  Surtout les ailes et la pointe-arrière.

Un coup de pied rageur dans le piège retors a neutralisé définitivement son pouvoir ultérieur de nuisance.
Pour le vol plané comme pour la chute de cette historiette, vous en conviendrez, le résultat était « couru d’avance ».

Odyssée 2021 (#38) – « Pas grand monde »

Pour un coureur à pied un peu mordu, la météo est un détail.  Ou presque.

Ce matin, le détail était dans une certaine solitude sur les pistes.  Le feu nourri de pluie glaciale a fait beaucoup d’absents.  Pas grand monde sur le champ de bataille.

Tant qu’on est à l’intérieur, au chaud, la pluie froide est comme un adversaire.
Elle s’oppose à nos projets, du moins elle renforce les réticences, elle frelate l’élan initial.  Même si la chaleur de l’effort est une perspective rassurante, le doute tente de cerner la motivation et de pétrifier le mouvement.

La victoire est au prix du premier pas dehors ; il faut le poser sans balancer.  Le deuxième, les suivants font sortir le corps et le mental de la tranchée.
L’ennemi, le doute, ce poltron, n’est pas en face, il est dedans.  Il faut le confondre par l’esquive, le laisser à l’arrière, dans la déroute complète semée par une force supérieure.

Odyssée 2021 (#33) – « L’As du Palindrome »

– « Signa te, signa, temere me tangis et angis »

Quelle est la particularité de cette phrase ?
Même si vous n’avez pas étudié le latin dans votre jeunesse ou que vous vous êtes empressé de tout oublier, il ne vous sera pas difficile de trouver la réponse et il n’est pas certain que l’aide des moteurs de recherches vous soit nécessaire.

Cela a à voir avec kayak, elle, non, tôt !
Vous ne voyez pas ?

Cette phrase a la même qualité que l’un de mes amis qui, non content d’être un as de la course à pied, une flèche absolue que même l’idée de l’accompagner essouffle déjà, possède un esprit de défi bien particulier.
Comme cette phrase, il peut courir dans les deux sens.  C’est-à-dire qu’il parvient à établir des chronos qui composent des palindromes parfaits.

Distance : 10,01 km
Temps : 55 :55
Allure : 5 :35’/km
Tous se lit dans les deux sens.

Vous pouvez comme moi conclure qu’il est le maître absolu, « l’As du Palindrome »

Pour en revenir à la citation latine, elle est comme mon pote, elle se lit dans les deux sens.
Et signifie :
– « Signe-toi, signe-toi, tu m’affliges et me tourmentes sans nécessité. »
Autrement dit en langage du XXIème siècle :
– « Arrête petit !  Tu me fatigues ! »

Mais quel talent tout de même !

Odyssée 2021 (#32) – « Le temps d’un rayon »

Mornes journées qui sont les nôtres ces jours-ci, tant une météo détestable s’accroche à elles.

Nous pourrions chanter en refrain ces merveilleux vers :

« Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l’esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que de l’horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits ; »

Pour accentuer cette couleur maussade, ce gris tenace, qui tapisse nos journées.

La résilience trouve cependant toujours des ressources pour se réamorcer.  La ressource du jour fut ce rayon de soleil, fugace, fulgurant même, qui a illuminé un instant un bouquet d’arbres encore dépouillés par l’hiver de leurs plus beaux atours.
Instant si bref que je n’ai pu en saisir que le dernier sursaut, le halo furtif d’un rayon de soleil.

Le temps d’un rayon, le gris a perdu autant sa superbe que son obstination à user nos esprits.
La lumière, sans qu’on y prenne vraiment garde, reprend ses droits un peu chaque jour.  Le printemps gagne doucement ses nouveaux galons, à coup de pochades, d’incursions de plus en plus osées et de plus en plus précises.
Le vieux Maréchal Hiver compte déjà les jours qui lui restent encore à soutenir le siège.  Ses réserves s’amenuisent, ses forces déclinent.

Il se peut même qu’il se rende bientôt sans chercher à combattre.

Odyssée 2021 (#20) – « Enfin une médaille (connectée) »

Hyper-connectés, dématérialisés, les surprises dans la boîte aux lettres se font de plus en plus rares.
Mais aujourd’hui fait exception.
D’autant plus, qu’ayant oublié cette inscription virtuelle, je n’attendais pas un tel petit Noël, bientôt un mois après le grand.

La belle surprise fut une médaille, une médaille de course « connectée ».
42,195 km c’est la distance du marathon.
C’est ce que je cours habituellement chaque semaine.
Et c’est la raison pour laquelle je l’ai méritée.

C’est aussi ce que je cours dans de vraies courses.
Mais de vraies courses, comme tous les passionnés, tous les sportifs, je n’en ai couru qu’une en 2020 : le « Trail du Ventoux ».
Tout juste avant le 17 mars.  Avant les mésaventures sanitaires qui nous pénalisent tous.

La compétition est un peu la cerise sur le gâteau.  Un objectif plaisant pour tenter, modestement, de s’offrir des limites à dépasser.
Courir sans objectif de compétition vaut tout autant.
L’une et l’autre partagent un même ciment : le plaisir.

Sans oublier, et c’est sans doute cela le plus important, tous les Amis qui partagent mes kilomètres, le même enthousiasme et la même passion.
Cette médaille-là, je la partage, d’abord et avant tout, avec eux.