Odyssée 2021 (#48) – « Souhaitons-nous un bon Carême »

L’icône de Roublev est un des plus grands chefs d’œuvre de l’Art religieux chrétien.  Tout ce qui concerne la foi chrétienne, l’Eucharistie, la Trinité et le Salut est représenté dans cette seule icône.

Ainsi, regarder cette icône comme une simple image revient à se priver d’y voir un objet de piété, une invitation à la méditation la plus élevée qui soit sur Dieu et sur l’Humanité.
Et sur le contenu véritable de notre cœur.
Admirer cette icône à l’ouverture, tout au long du Carême et particulièrement le jour de Pâques, porte à réfléchir sur, à peser et à valider les fondements de notre foi, le contenu de notre cœur.

C’est sans doute là le message d’une partie de l’homélie du Pape François à l’occasion de la messe des Cendres, ce mercredi ; le Carême, quarante jours de joie pour :
– « discerner vers où est orienté notre cœur ».

Les Cendres en signe de croix sur notre front pour nous rappeler comme nous sommes fragiles.  Hommes fragiles aux cœurs versatiles.
Nous sommes invités à cheminer vers Pâques en nous concentrant sur ce qui en nous ne peut être détruit ni par la calomnie, ni par la souffrance, ni par le péché, ni par la mort.
Nous sommes invités à mettre tout le superflu en retrait sans « mettre notre cœur en Carême », c’est-à-dire sans cesser de penser à ce que nous sommes pour les autres, à ce que nous devons aux autres et à la manière dont nous les aimons ; en vérité.

C’est d’abord l’occasion de se souvenir de qui nous sommes, sur nos origines judéo-chrétiennes, sur ce que celles-ci ont apporté à notre civilisation actuelle.
C’est ensuite l’occasion de nous demander si la raison pour laquelle nos églises se vident et dépérissent, s’effritent pierre par pierre, sont vouées à la destruction comme la Chapelle Saint-Joseph de Lille, n’est pas en premier lieu parce que nous les délaissons.
C’est enfin l’occasion de penser à nos frères et sœurs chrétiens persécutés dans le monde, dont 4761 d’entre eux ont été tués entre octobre 2019 et septembre 2020.

Souhaitons-nous un bon Carême et partageons avec tous ceux qui le veulent les valeurs chrétiennes de joie, d’amour, de partage et de pardon.

Notes:
Pour écouter l’histoire de l’icône de Roublev, suivez ces liens :
– Partie 1 : « La Trinité de Roublev »
– Partie 2 : « La Trinité de Roublev 2 »

Odyssée 2021 (#21) – « 1,93 »

Il m’est arrivé, il y a bien longtemps, d’assister en la Basilique Saint-Denis, à une messe commémorative de la mort du Roi Louis XVI, un 21 janvier 1793.

L’Histoire reste très abstraite dans les livres.
Il faut aller côtoyer les lieux, même vidés de tous signes d’une vie bien lointaine, dont nous sommes incapables de même imaginer les contraintes du quotidien.  Il faut encore s’intéresser à ceux, dont la ferveur, nourrie de génération en génération, entretient la fidélité à un souvenir, à une idée, à une époque ; à un homme, un Souverain en l’occurrence.

Observer cette foule, autant d’anonymes que de grands noms, prier d’une même voix à la mémoire de Louis XVI, fut une révélation.
Je ne me doutais pas qu’un si grand nombre de personnes, deux siècles plus tard, aimeraient tant et toujours la Monarchie et sa plus tragique victime.

Ce fut pour moi une vraie surprise.
Comme quand on prend la mesure, dans sa vraie dimension sensorielle et physique, de quelque chose dont on a toujours entendu parler mais dont on se rend compte que ce n’est pas une légende, que cela existe vraiment et que cela ne ressemble en rien à ce que les ouï-dire de toutes natures, des plus savants au plus vulgaires, des plus authentiques au plus fallacieux, ont pu donner comme portrait tronqué.

Il semble que la foule, ce jour-là, Place de la Révolution, bien que galvanisée par une haine moutonnière, au moment où Louis XVI montait sur l’échafaud, saisie par la réalité et par l’effroi, se tut, une fraction de seconde.

Ce fut pour eux une tragique surprise.
Louis XVI mesurait un mètre quatre-vingt-treize.

Jamais, nourri d’un caricatural imaginaire collectif, aucun badaud n’aurait imaginé son Roi si grand, si droit, si puissant.
Que c’était un homme, comme eux, de chair et de sang.

Pour beaucoup, dans cette fraction de seconde, il aura certainement fallu aller chercher, dans toute la débauche de la logorrhée pamphlétaire, dans toute la hargne et la vindicte de la meute populaire, quelque chose chez cet homme qui ressemblait au monstre qu’on leur avait décrit et qui justifiait, à cette heure, qu’on en réclame, férocement, la tête et le sang.

Odyssée 2021 (#10) – « Guillaume n’a pas eu la fève »

– « Oui, j’aime la galette. Mais savez-vous comment ? C’est quand elle est bien faite. Et qu’gnia du beurr’ dedans. »

Elle était délicieuse.  Parfaite.
Mais Guillaume n’a pas eu la fève.

J’aurais dû tricher.
J’aurais dû faire en sorte que la fève revienne à celui dont c’est la fête en ce 10 janvier, c’est-à-dire à Guillaume.

Non seulement il aurait été Saint mais en plus il eut été Roi.

J’aurais dû faire comme on fait parfois quand on joue aux jeux avec les enfants : faciliter la victoire en organisant la chance.
Un crime avec préméditation en quelque sorte.

Mais cela aurait été trahir les deux voix et les quatre mains qui ont, cachées sous la table, consciencieusement remis au sort de leur innocence la répartition des parts de la galette pur beurre, pure frangipane à la cantonade.
– « Pour qui c’est ? »
– « C’est pour … »
Elles ont joué leur rôle avec tellement d’application.

Et finalement, c’est Olivier qui a été couronné.  Sa Reine était bien contente.
Parfait, Guillaume n’a pas fait d’histoire.
Malgré la déception aiguë qui troublait son regard, il a observé la cérémonie du couronnement avec beaucoup de dignité.
La larme qui titillait son coin d’œil a rebroussé chemin.

Il n’y a qu’un seul lieu de notre pays où il ne peut pas y avoir de fève dans la galette.
Lequel ?
Le palais de l’Élysée.

Il paraît qu’en 2019, son hôte s’en soit étonné.  Quel oublieux !

Valéry Giscard d’Estaing, notre récemment défunt Président, a instauré cette tradition dans l’antre de notre République.

Seigneur, Marie, Jésus !  Une fête chrétienne célébrée en République !
Il semble qu’elle ne figure pas (encore) dans l’agenda 2021 du Château.
Le Chrétien ne serait donc plus à la mode ?

Républicain, il ne pouvait décemment prendre le risque d’être couronné.
S’il eût, pour finir, la tête coupée, ce fut par le suffrage universel et non par la guillotine. L’Épiphanie, la fête des Rois, se célébrant à quelques jours de distance du 21 janvier, qui fut marqué par la chute de celle de Louis XVI, c’était plus prudent.

Malheureux Louis XVI !
Peuple ingrat qui aurait pu au moins lui savoir gré d’avoir montré l’exemple en se faisant vacciner contre la variole.  Et ouvrir la voie à l’éradication d’une maladie qui fauchait sans chômer un quota pléthorique de malheureux.
Mais à l’époque, il n’y avait pas de comité scientifique.

Louis XVI se fit inoculer la variole en 1774.  Un 18 juin.  Tiens, tiens !
Et Il s’en sortit très bien.
Marie-Antoinette était déjà vaccinée ; elle.  Mais c’était en Autriche.  Et déjà commençait la longue histoire des déséquilibres européens.

Il semble que Saint-Guillaume, de Bourges, soit mort de sa belle mort un 10 janvier, quoique tombé malade alors qu’il préparait une croisade contre les Hérétiques.
Et qu’après son trépas une série de miracles fut observée « par son intercession et devant son tombeau ».

Tu vois Guillaume, continue ainsi.
Longtemps sans couronne, tu gagneras, malgré tout, bientôt, ton auréole.

Parce que, ce qui est sûr, c’est que l’on ne gagne jamais à tricher.
A ce jeu, hélas, tout le monde n’est pas vacciné.

Odyssée 2021 (#8) – « Ranger Noël »

Adieu Sapin !

La fête des Rois aurait dû sonner les cloches de ton glas.  Médicalement ton pronostic vital était engagé ; avec un vain acharnement, le sursis d’une semaine t’avait été accordé.

Mais il a fallu que ce moment arrive !  Il était inéluctable.
Même si c’est, chaque année, un déchirement.

L’enterrement de la joie pure, enfantine qui a présidé à ton installation ; il y a bientôt un mois de cela.
Tu avais fait entrer une belle chaleur dans la maison.  Une joyeuse frénésie avait accompagné chaque geste de ton installation sur le piédestal de la fête de Noël.

La crèche a tenu son rang jusqu’au bout.
Les guirlandes scintillaient toujours imperturbablement, cependant que les lutins, vaillamment, tentaient, se demandant ce qui leur valait cette lente déclinaison, de maintenir une certaine dignité verticale.

Mais toi, pauvre sapin, tu piquais lamentablement, irrémédiablement du nez.

Alors, au triste constat sans appel que tu ne remplissais plus ta mission, il m’a fallu me résoudre à sceller ton sort.

Je suis allée vite.  Très vite.  Pour abréger cette double agonie.
En moins de trente minutes, tu t’es retrouvé nu, sans pouvoir désormais masquer tes lamentables épines vert-de-gris, plus rêches qu’une barbe mal rasée.
Les guirlandes sont maintenant rangées pour un an de vacances au placard.
Rien ne camoufle plus ta misère.

Désolée, tu feras, dès lundi, le trottoir.

Odyssée 2021 (#3) – Dimanche

Saint Honoré

Dimanche.
C’est une journée qui revient souvent dans mes affections.
Une journée qu’avec un peu d’art personnel, on peut transformer en fête.  Ou en miracle.

Le repos est d’abord sa première vertu.  Si ce jour la possède en tout temps, il la met particulièrement en valeur en ces temps de confinement.
Comment faire pour qu’il ne ressemble pas aux autres, alors que la palette de nos dévotions, occupations et divertissements s’est considérablement réduite et s’est vue drastiquement réglementée.

Messes aux moindres joies collectives, cinémas et musées interdits, restaurants et terrasses bannis, rassemblements proscrits.
Le franc coup de froid hivernal complique encore un peu la donne.

Il reste le repas.
Sanctuaire intouchable par les autorités de l’absurdie, nouvelle notion à la mode qui recouvre, non pas l’hexagone et la fine fleur de ses citoyens, mais bien plutôt la néo-curie qui édicte régulièrement un nouveau missel chaotique et cathodique pour nos devoirs quotidiens.

Acmé du repas dominical, au moins pour ce dimanche : le « Saint-Honoré ».
Roi des desserts.  Sommet de l’art pâtissier.
Tant les textures et les saveurs de cette merveille perdurent en même temps que j’écris ces lignes, que je suis assurée – rassurée – d’un doute en moins : je n’ai pas ce Covid dont on dit que l’un des symptômes serait l’agueusie.

C’est donc une certitude, mes papilles n’ont pas été encore bradées aux pangolins des marchés lointains.
Ce n’est encore la victoire de la sauce soja : j’économise un PCR et enrichis mon pâtissier.

C’est donc une pure œuvre d’art qu’il a fallu sabrer, entailler, pourfendre et un sublime chou tonsuré de caramel blond décapiter.
On hésite toujours à commettre ces gestes-là.
Une œuvre d’art se respecte un long moment du regard avant de passer au crime.

Mais, le pauvre Saint-Honoré, qui a donné son nom à ce délice, étant mort de mort naturelle dans son village natal, il n’y a eu aucun sacrifice mémoriel à répéter.  Pour un dimanche, jour du Seigneur, c’est une facétie que de planter une lame au cœur d’un acte de foi gourmande.

L’onctuosité de la Chantilly, mêlée au sablé parfait de la pâte, la douceur de la crème pâtissière à peine perturbée par les craquements pernicieux du caramel ont prolongé leurs effets jusqu’à ces lignes.

Un miracle qui rend honneur et grâce à ce fameux Saint amiénois dont on dit, autant tout au long de sa vie que comme après son trépas, qu’il en commit beaucoup.

C’est au moment où le caramel a craqué sous mes canines que je me suis demandée s’il n’y avait pas un Palais parisien, dans une rue baptisée du nom de ce Saint, où l’on attendait, par défaut de résultats, des miracles.

Mais c’est dimanche.  Un jour de repos.  Il ne faut pas penser trop.