365 Nuances de 2019 – 365ème & dernier billet – «Défi lancé, défi réussi !»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Chers Lecteurs,
Chers Amis,

Il y a dans la rédaction de ce billet, une fièvre, une excitation très particulière, celle d’avoir touché au but.

Le 1er janvier 2019, je me lançais le défi d’écrire 365 billets d’humeur ou chroniques tout au long de l’année.  Un billet à écrire, un titre à inventer, une illustration à créer chaque jour, sur le vif, à l’instinct.

Aujourd’hui, 31 décembre 2019, vous lisez le 365ème et tout dernier volet de ce défi, de cette série.

La ligne d’arrivée est franchie, le marathon d’écriture est bouclé et je partage avec vous, un sentiment semblable à celui de franchir la ligne d’arrivée d’une longue course à pied : la joie pure d’avoir réussi.

Écrire tous les jours a souvent relevé de la facilité, du jaillissement, de la fluidité mais parfois connu des difficultés, des blocages, du manque de temps, de la fatigue.
Mais, marathonienne chaussures aux pieds je suis, marathonienne plume à la main je reste.

Il y a tant de similitudes entre les deux efforts : courir, écrire.
Chausser ses runnings ou saisir un stylo devient si aisé, si naturel quand, à force de s’entraîner, le premier pas, le premier mot ne coûte rien, ne coûte plus rien.

Pourquoi 365 ?
Pour faire tous les jours ce que j’aime : écrire et travailler jusqu’au bout, me pousser jusqu’au bout de cette passion, progresser.  En vérifier la puissance et l’authenticité.
Comment 365 ?
En saisissant une fraction du temps, de la vitesse : l’instant.  Ces billets ont toujours été écrits sur le vif, dans l’impulsion, en moyenne en quarante-cinq minutes.
Quoi 365 ?
Une matière première toute simple : les détails de la vie, de la vie quotidienne auxquels on ne fait souvent plus attention et dont on néglige, dont on n’ose plus exprimer ouvertement les émotions, l’imagination qu’ils éveillent en nous.

Je n’aurais pas réussi, pour ce coup-ci, à l’exception d’un ou deux qui sont devenus des amis, à éveiller l’attention, la curiosité des éditeurs, des rédacteurs ou des journalistes à qui j’ai adressé une version imprimée de ce travail.
Mais une belle audience, sans publicité excessive, sans hashtags pléthoriques, s’est construite tout au long de l’année et la gentillesse, la gratitude des messages de mes abonnés ou de mes suiveurs sont venues tout récompenser

Je termine cette aventure avec autant sinon plus d’enthousiasme que lorsque je m’y suis engagée, grâce à tous ceux de mes proches et de mes amis qui m’ont offert leurs encouragements et apporté leur soutien, aussi grâce à tous ceux qui, au fil de l’accroissement de mon lectorat, sont devenus des compagnons de route et parfois même de amis.

Je vous souhaite, si vous êtes arrivé jusqu’à cette ligne, une merveilleuse, passionnante année 2020 et vous remercie, du fonds du cœur, pour votre intérêt.

Guillemette

365 Nuances de 2019 – #364 – «Ombre portée»

Un billet, court, chaque jour.

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Le livre de l’année 2019 se refermera demain soir à minuit.
C’est amusant de voir fleurir ici et là dans les journaux les bilans de l’année qui se termine et les perspectives pour celle qui s’ouvre.

Ce qui rassemble les chroniqueurs et prospectivistes, c’est le pessimisme français.  Dont il pourrait, semble-t-il, sortir de bien étonnantes réactions.

À ce pessimisme, j’ai tenté de trouver un angle différent d’explication ; elle est venue du bloc-notes d’un philosophe sur le déclin dont la chemise blanche a terni lamentablement.

« Cette maladie de l’âme, ce désabusement d’une France lasse d’elle-même comme de l’Univers, de ses gouvernants comme de ses syndicalistes, de sa langue comme de son histoire, de son prolétariat comme de sa bourgeoisie , cet épuisement d’une nation qui ne veut plus ni de son roman, ni de ses écrivains, (…) tout cela est si profond (…) c’est à une réforme intellectuelle et morale que nous sommes, en vérité, appelés (…) ».

Cette citation à elle-seule résume assez bien le sentiment de fonds des Français, à ceci près que c’est un intellectuel complètement hors-sol qui le décrète et que c’est aussi le verdict cynique d’un médecin qui est lui-même cause de la maladie.

Les Français ont bien une maladie de l’âme.
Profonde.
Mais physiquement, intellectuellement, ils vont encore, toujours, très, très bien.

L’analyse qui est faite de ce mal ressemble à la pratique de la médecine contemporaine : le moins de contacts possibles.
Consultation, diagnostic et ordonnance en 15 minutes chrono.
Plutôt que de prendre le temps d’une enquête complète, faite justement d’un vrai dialogue pour aller au fonds des choses.

Le charlatan à l’échancrure textile n’identifie qu’une partie du problème.

Le traitement concomitant souvent proposé consiste ainsi à se concentrer sur les symptômes physiques les plus visibles.
Les remèdes prescrits ressemblent souvent à la politique appliquée aux monuments historiques :
– attendre que l’édifice soit en ruine pour le raser, médicalement une ablation ou une amputation.
– entreprendre de monumentales campagnes de restauration plutôt que d’assurer une politique d’entretien courant, moins coûteuse au final.  Ce que l’on appellerait de la médecine préventive contre la médecine urgentiste.

S’ils s’attardaient sur le patient, les praticiens, les apothicaires, les sociologues, les philosophes réaliseraient que les Français ne se sentent pas du tout malades.
Que, bien le rebours, c’est à force de l’entendre dire par les Diafoirus de tous ordres qu’ils finissent par y croire.

Petite phrase ici : « Les gens qui ne sont rien. »
Petite phrase là : « Des Gaulois réfractaires au changement. »
Petites phrases de ministres sans jugeote et de porte-parole binationaux dévoyés.
Bien d’autres, plus loin encore dans les mandats, dans le temps et continûment dans les médias.

Les Français vivent sous le feu nourri, quasi permanent, de la critique, des remontrances, des sermons, des quolibets, des insultes de doctes carabins.
Même les généraux les plus aguerris et vertueux n’y échappent pas.
À ces carabins de garde, aucune vergogne pour les freiner.

Les Français sont malades de l’ombre portée de cet esprit, de cet esprit de caverne, qui se confit dans les salons, ne connaît presque rien du monde extérieur, se gonfle de théories et de tableurs, n’est qu’un simulacre, n’a que l’apparence de la science qu’il prétend avoir.
Tous ces laborantins, ces savants dictent des dérivatifs qui prennent un temps l’apparence d’un remède, mais sous lesquels les plaies françaises s’agrandissent et à cause desquels la constitution fondamentale du pays s’étiole et meurt.

Ils veulent des paroles élevées, on leur propose des circonvolutions charabiesques.
Ils veulent des potions personnalisées, on leur en propose de miraculeuses édictées ailleurs par des savants méconnaissant leur microbiote.
Ils veulent un horizon, mais on leur limite cet horizon en leur serinant qu’ils sont handicapés.

Les Français sont avant tout malades de leurs médecins qui condamnent, flétrissent, purgent, appareillent, réécrivent leur histoire, leurs gènes et leur généalogie.

Il y a par exemple, comme une perversion narcissique, à centrifuger d’une main un ADN culturel judéo-gréco-latino-chrétien et de l’autre titiller ce même moteur moral : amour du prochain, souffrance rédemptrice, expiation des péchés pour faire passer en intramusculaire une immigration débridée, des succédanés culturels, des régressions sociales majeures, des coupes budgétaires iniques.

Et si c’étaient eux, les Français, qui, pour une grande part de leur complexion, de leur constitution, de leur rythme cardiaque, de leur pression sanguine, de leur squelette, de leur motricité étaient parfaitement sains de corps et d’esprit.

Il faudrait alors regarder ailleurs, dans les prétoires qui ne jugent plus, chez les déséquilibrés à l’air libre et aussi sous les chemises blanches, qui sont les malades véritables, certainement extrêmement contagieux ; à placer en quarantaine à n’en pas douter.

365 Nuances de 2019 – #363 – «Un sprint (A)SVP ?»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

Ligne d’arrivée Place de Marché !

Quel beau run ce matin !
Joie des retrouvailles avec Églantine sans laquelle une sortie du dimanche ne serait pas une bonne sortie.

Bon pied bon œil quelle que soit la météo, nous courrons pieds contre pieds, en vitaminant notre foulée d’une belle amitié.
Nous avons une belle dose de kilomètres à compter en commun autant pour se soutenir dans la préparation d’une course que pour inventer de nouvelles traces dans notre cher Bois de Boulogne, voire le Mont Valérien.

Précieux de pouvoir s’appuyer l’une sur l’autre.

Je lui accorderai un crédit supplémentaire, celle de montrer une grande patience dans mes facéties de coureuses à pied : prendre une photo, caresser un chien, admirer un arbre ou une fleur, faire la conversation à un voire d’autres coureurs.
Bref l’auréole n’est pas loin.

Pour en revenir à ce matin et à la Place du Marché, la bonne humeur a franchi la ligne d’arrivée en même temps que nous.
Ça, l’ASVP qui surveille la bonne tenue de cette foire dominicale l’a tout de suite repéré.

ASVP, cela veut dire « Agent de surveillance de la voie publique », en général, sauf urgence et nécessité, il passe inaperçu.  Ce matin, le soleil favorisant la bonne humeur et la convivialité, nous sommes entrés en conversation.

À Églantine et moi, il a lancé un :
– « Alors, déjà terminé ?! »

Églantine, ça, ça la laisse de marbre.  Elle !
Moi, ça m’agace un peu, cela me rend téméraire comme par exemple lancer le défi d’un mini-sprint.
– « Un sprint, SVP ? »
Malheureusement pour moi, l’ASVP a accepté.

Eh bien, en trente mètres, moi échauffée par douze kilomètres, lui à froid, rangers et gilet pare-balle pour le lester, il m’a laissé presque sur la touche.
Presque, parce que lui, il n’a pas été gêné par la barrière.

Une telle excuse, cela s’appelle se raccrocher aux branches, faire preuve de juste un peu de mauvaise foi.

Églantine, elle, a bien vu que je m’étais fait « eu », que je m’étais fait battre ; humilier pour faire court.
Mais, indulgente, elle n’a rien dit.

Pour l’auréole, Églantine ?
Ok : tu l’as gagnée !

365 Nuances de 2019 – #362 – «Shabbat Shalom»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a les grandes théories, les grands discours et puis il y a les gens sans gloire, le quotidien sans gloire ; la vie samaritaine tout court.

Il n’y a pas de hasard, ni de fatalité.  Il y a bien plus certainement une mécanique invisible, de petits rouages, des bons et des moins bons, dans lesquels chacun insère ses propres petits rouages, consciemment ou inconsciemment, et qui vous amène, par crantage à un lieu L, à un point P, à un instant I.

C’est en deux phrases comme celles-là que pourrait se résumer la petite aubaine de ce matin.
Mais vous savez bien que je vais vous en conter plus.

Après ma séance de course à pied, je me récompense d’un petit café tranquille au bistrot du coin qui jouxte une syna.
Une synagogue pour les non-initiés.

Je sors de cette parenthèse pour me porter de mon pas tranquille vers la maison quand j’observe un Monsieur qui semble hésiter sur un obstacle, sous le porche d’un immeuble ; en arrêt devant un digicode.

J’ai su immédiatement ce dont il s’agissait.
Nous sommes samedi, c’est Shabbat, le Monsieur en question ne peut pas toucher à l’électricité, ne peut pas composer son code.

Alors, enjouée, je lui propose de le faire pour lui.
Là, il a été d’abord étonné puis médusé.
Mais il m’a répondu que son problème n’était pas là, mais en face, à la syna.

Il s’explique.
Le Rabbin et quelques fidèles, coincés par les mêmes rituels de Shabbat, ne peuvent pas y entrer.
Ils sont coincés dehors.

Alors, toujours enjouée, je lui propose de faire demi-tour et d’aller faire le code de la syna.
Il a répondu que ce serait bien et que cela rendrait service.
Il était toujours très étonné et toujours très médusé.

Mais ceux qui ont été encore plus étonnés, encore plus médusés, ce sont les ouailles devant la porte et surtout, surtout, le Rabbin avec une généreuse et longue barbe poivre et sel.
Lui, il a carrément eu un bug.
Une goy, en cheveux, en tenue de running moulante, qui arrive à grands pas et lance :
– « Il paraît que vous avez besoin de moi pour faire le code !? »

Ce sont les ouailles qui se sont mis sur play et l’ont rattrapé.
– « Mais oui, mais oui.  Allez-y ! »

Nécessité fait loi.
Alors, le Rabbin a fait un pas de côté, sans me regarder, sans trop s’approcher et m’a chuchoté le code que j’ai pianoté avec soin.

Je me suis esquivée aussi vite que j’ai débarqué en lançant quand même un leste et joyeux :
– « Shabbat Shalom ! »

C’est la fin de cette historiette sans grande gloire, sans tambour ni trompette, sinon celle de s’être mis à la place de l’autre, d’avoir suffisamment de culture de l’autre et ainsi de pouvoir lui apporter l’aide qui lui correspond.

Pour le hasard, j’aurais couru un kilomètre de plus ou de moins, j’aurais rêvassé cinq minutes de plus ou cinq minutes de moins au-dessus de mon espresso, je ne me serais pas intéressée depuis longtemps au contenu et aux rituels de la Foi des autres, que j’aurais manqué ce lieu L, ce point P, cet instant I.
Je serais passée à côté de ce moment, sans même imaginer qu’il puisse être cet excellent moment.

Ne serait-ce que ces petites secondes à considérer la tête étonnée et médusée du Rabbin avec une généreuse et longue barbe poivre et sel !

Il me reste maintenant à trouver un Curé qui a perdu ses clefs ou un Imam aphone !!!

– « Shabbat Shalom ! »

365 Nuances de 2019 – #361 – «Moment blague de Gad»

Un billet, court, chaque jour.

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C’est à la fin de ce vol parfait entre Beyrouth et Paris que j’ai eu un « Moment blague de Gad ».
Sacré Gad Elmaleh, il s’est tellement attaqué aux petits travers, aux petites incongruités de la vie, que son humour se glisse toujours au bon moment dans l’esprit.

Il y avait même le « Blond », sa Blonde et ses enfants blonds.  Et je n’exagère presque pas

Posé sur le tarmac d’Orly.
– « L’avion c’est pas dangereux ?  Alors pourquoi on dit qu’un aéroport est un terminal ? »

Malgré les recommandations de l’hôtesse, tout le monde se déboucle, se lève, s’habille, sort ses bagages des coffres et s’aligne dans le couloir.
Pour attendre.
Attendre quoi ?
Que la porte de l’avion soit ouverte et que l’on puisse sortir.

J’ai fait comme ça.
Pressée de sortir, impossible d’attendre.
Sauf que là, il y en a une, une jeune fille, qui a fait mieux que moi et que tous les autres passagers.
Elle s’est mise à vouloir doubler tout le monde.

Et elle m’a doublé, moi !
Alors que franchement, dans l’état statique où se trouvait l’avion, il n’y avait rien d’autre à faire que de l’être aussi, statique à attendre.

Là, tranquille, je lui ai dit :
– « Allez-y Madame !  En écrasant tout le monde, c’est tout droit ! »
– « Sinon, vous pouvez tenter le hublot !»

Finalement, elle est sortie en même temps que moi.
Mais elle a du attendre, rester plantée là, au bas de la passerelle.

Elle avait oublié son copain.