365 Nuances de 2019 – #70 – « Carte postale de Nohant »

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Photo – Avril 2019 – @Guillemette Callies

Un billet, court, chaque jour.

Les trésors, il faut aller les chercher.

Et celui-là, Nohant, en est un.

George Sand n’a pas manqué de le construire.

« … je sème, je plante, je fume mes plates-bandes, je fais des massifs, j’enfonce des pieux, je relève des murs, je fais venir de la terre légère d’une demi-lieue.  Je suis en sabots toute la journée et ne rentre que pour dîner… »

La nature est tout ce qu’on voit,
Tout ce qu’on veut, tout ce qu’on aime.
Tout ce qu’on sait, tout ce qu’on croit,
Tout ce que l’on sent en soi-même.

Elle est belle pour qui la voit,
Elle est bonne à celui qui l’aime,
Elle est juste quand on y croit
Et qu’on la respecte en soi-même.

Regarde le ciel, il te voit,
Embrasse la terre, elle t’aime.
La vérité c’est ce qu’on croit
En la nature c’est toi-même.

Victor Hugo acheva le charme de ses vers en lui rendant hommage en 1876 :

« Je pleure une morte, et je salue une immortelle. »
« Je l’ai aimée, je l’ai admirée, je l’ai vénérée ; aujourd’hui, dans l’auguste sérénité de la mort, je la contemple.

Je la félicite parce que ce qu’elle a fait est grand, et je la remercie parce que ce qu’elle a fait est bon. Je me souviens qu’un jour je lui ai écrit : « Je vous remercie d’être une si grande âme. »

Estce que nous l’avons perdue ?

Non.

Ces hautes figures disparaissent mais ne s’évanouissent pas. Loin de  ; on pourrait presque dire qu’elles se réalisent. En devenant invisibles sous une forme, elles deviennent visibles sous l’autre. Transfiguration sublime. »

 

365 Nuances de 2019 – #67 – « La Pâque des gens simples »

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@Guillemette Callies – 2019

Un billet, court, chaque jour.

Pas de grand’messe.  D’ailleurs peu d’églises sont ouvertes.

Quelques fêtes, des animations de villages.  Un manège itinérant.  Des concours – locaux – de pâtés de Pâques, pâtés Berrichon à la croûte dorée et à la farce goûteuse, onctueuse.

Marcher d’un bon pas.

Quelques sections du chemin de Compostelle.  Le long des champs, à travers les villages, les hameaux.  Dans les sous-bois, au cœur des haies qui protègent les cultures et les troupeaux.  Le long des rivières ; parfois aux falaises abruptes, souvent aux berges douces.

Croiser Michel.

Il a dû être très beau jeune.  Il est encore très beau vieux.

Il faisait les cent pas dans toute la largeur de son jardinet surplombant le fleuve ; attendant sans doute des promeneurs dont la tête lui reviendrait.

Ce fut nous.

Dans son hameau de sept ou huit maisons le long de la Creuse, il n’y avait l’air d’avoir qu’une seule autre maison occupée.

Converser comme des connaissances.

Il nous fait entrer dans sa maison.  Une pièce en haut, une pièce en bas.  Pas de méfiance.  Il a tout construit de ses mains.  Avant c’était une étable.  Des années de travail.  Tout seul.  Avec les moyens de ses moyens.  Un désordre de célibataire.  Pas de bonne femme pour le tancer.

Il est tout seul.  Vaillant mais vieillissant.  Il avait envie de parler.  Alors on a parlé.  De lui.  C’était important de rester et de lui offrir notre temps ; pas perdu du coup.

Soigner sa maison, arranger son jardin.  La semaine dernière, sa glycine a presque entièrement gelée.  Ça va donner un peu de travail.

Là, il s’est abimé le dos.  Il ne peut plus trop bricoler. Ça le désole, il y en a des choses à fignoler.

Il va à Paris.  Avec un cousin.  C’était pour un spectacle de « Michel… » ; je ne sais plus.  Le climat change.  Michel le voit bien.  Plein de preuves.

De sa fenêtre, avec ses puissantes jumelles, il voit toute la vie du fleuve.  La Brenne n’est pas loin.

Ce dimanche important, de fête !  Rien.  Enfin, rien de prévu pour lui.

Juste un dimanche de retraité méticuleux et économe.  Pas de famille.  Pas de fête de village.

Mais, alentours, les arbres ont encore beaucoup de travail.  Le printemps n’a pas encore convaincu tous les arbres.  Chaque branche porte encore des dizaines de bourgeons prometteurs.

Pâque : chasser les brumes, retrouver la lumière.

Rien d’extraordinaire ici.

Juste la Pâque des gens simples des campagnes très silencieuses.

365 Nuances de 2019 – #66 – « Une vache dans ton yaourt ! »

IMG_4134Un billet, court, chaque jour.

Citadins …  Péri-urbains…

On oublie d’où ce que l’on mange vient.  On méconnaît la fabrique des choses.

Quand on n’ignore pas tragiquement, comme la plupart des enfants d’aujourd’hui, le lien entre le contenu de son assiette et son origine.

Il y a probablement pléthore d’enfants qui ne savent seulement pas le lien entre l’œuf et la poule, le lait et la vache, une frite et une pomme de terre.

En me baladant dans la sublime campagne berrichonne parée de ses plus beaux atours printaniers, je m’interrogeais en quelques questions simplistes sur cette ingratitude, ce déni et cette acculturation.

Parce que le lien s’est coupé.

Imaginez, là, en 2019, que du jour au lendemain, tous les agriculteurs (je parle des vrais agriculteurs, pas des sorciers des milles vaches et de la malbouffe) de la planète et leurs outils disparaissaient, comment parviendrions-nous, par nous-même, seuls, chacun, à pourvoir à notre propre subsistance alimentaire ?

En quelques graines sur nos balcons ?

Qui serait encore capable, du jour au lendemain, de défricher une terre, de la labourer, de semer, de récolter.  D’élever poules, moutons, vaches ?

Qui, en quelques heures, pourrait acquérir la science des saisons, de la météo, des jachères, des semences, des croisements, de la germination, de la maturation.

Qui serait capable d’assumer l’inquiétude qui est celle, actuelle, des agriculteurs français devant une sécheresse sévère qui les pénalise dès ce mois d’avril sur toute la chaîne alimentaire du bétail : pacage presque à ras, stocks de fourrage déjà bien sollicités, récoltes des foins menacées.

Citadins…  Péri-urbains… À force de supermarchés et de plats préparés, nous perdons de vue qu’il y a un travail de tous les jours : physique, méthodique, économique, éthique, derrière ce que nous achetons.

Eh oui : il n’y a pas qu’une crème blanche dans ton pot.

Il y a une vache dans ton yaourt.

Une vache, de l’herbe, du lait.

Du travail.

Du travail et des vies d’hommes.