365 Nuances de 2019 – #194 – «Partager le bescoin»

Un billet, court, chaque jour.

Capture d’écran 2019-08-15 à 20.22.21Le Grand-Bornand, Haute-Savoie.

Après le départ de la « Grimpée du Bouquetin », une course de vélo qui aboutit au Col de la Colombière, une joyeuse fête de village prend son essor dans l’artère principale.  Tout le monde attend avec impatience le premier concurrent de la course de mini-tracteurs.

Tout est ensoleillé, bariolé, joyeux, bon enfant.  Pas un seul déséquilibré, voyou, perturbateur à l’horizon.
Une authentique journée de fête commence.

Mais, dans le même temps, au cœur de l’enthousiasme des badauds et estivants, une bulle se crée sous les voûtes et ogives de l’église Notre-Dame de l’Assomption du Grand-Bornand en Haute-Savoie.
Ce sont les fidèles eux-mêmes qui ont financé, au XIXème siècle, les soixante ans de travaux nécessaires à l’érection de cette belle église aux traits si bien savoyards.

Une messe au milieu du tohu-bohu ?
Ah, mais oui ! C’est le 15 août, une grande fête chrétienne et catholique, qui célèbre la vocation, la pureté, le dévouement maternel de la Vierge Marie, mère de Jésus-Christ.  Ici, comme à Lourdes, cité mariale, et dans des milliers d’églises de France et du monde entier.
Les églises sont pleines.  Lourdes : « La participation de tous les pèlerins repart à la hausse. » (Le Figaro, p.2, 14-VIII-2019)

Notre Dame du 15 août 2019 pour Notre Dame du 15 avril 2019.  Les racines et la foi sont encore très vivaces.  Ce sont des bois difficiles à brûler ceux-là.

Une messe, une célébration extrêmement simple, organisée par les ouailles de cette cure savoyarde sous la houlette de l’abbé en titre et d’un prêtre-célébrant burkinabé.
La chorale de paroissiens, extrêmement bien dirigée, incite à donner en communion le meilleur de sa voix, pour, par exemple, faire naître par les notes, en chacun, la délicate émotion d’un « Je vous salue Marie », entonné avec une humble ferveur.

La joie mariale ne s’enferme pas dans les murs de l’église, elle se partage et se propage grâce au « bescoin », le pain savoyard au safran et à l’anis, religieusement béni, qui se partage, tous les 15 août, pour cette fête, avec la communauté, toute la communauté, à l’issue de la messe, sur le parvis de l’église.

Quel beau geste, quelle belle tradition de générosité et de partage de joie.

Chaque 15 août, retrouver, au cœur de la prière, cette belle tradition de partage, nourrit l’optimisme.
Un optimisme de chrétienne.
Alors qu’en 2019, déjà 4 305 Chrétiens ont été tués et déjà 1 847 églises profanées, il est émouvant de voir que les racines de la foi ne sont pas mortes, voire qu’elles rejaillissent ici et là en rameaux exubérants, malgré tous les coups de boutoirs prosélytes, culturels, institutionnels et médiatiques qu’elles subissent ; souvent même, à bien des égards, de la part de ses plus hauts représentants.

Ce « bescoin », ce pain, quoi de plus chrétien ?
Quel beau geste, quelle belle tradition de générosité et de partage de joie qui, en plus, tout simplement, est savoureux et délicieux.

365 Nuances de 2019 – #67 – « La Pâque des gens simples »

IMG_4147
@Guillemette Callies – 2019

Un billet, court, chaque jour.

Pas de grand’messe.  D’ailleurs peu d’églises sont ouvertes.

Quelques fêtes, des animations de villages.  Un manège itinérant.  Des concours – locaux – de pâtés de Pâques, pâtés Berrichon à la croûte dorée et à la farce goûteuse, onctueuse.

Marcher d’un bon pas.

Quelques sections du chemin de Compostelle.  Le long des champs, à travers les villages, les hameaux.  Dans les sous-bois, au cœur des haies qui protègent les cultures et les troupeaux.  Le long des rivières ; parfois aux falaises abruptes, souvent aux berges douces.

Croiser Michel.

Il a dû être très beau jeune.  Il est encore très beau vieux.

Il faisait les cent pas dans toute la largeur de son jardinet surplombant le fleuve ; attendant sans doute des promeneurs dont la tête lui reviendrait.

Ce fut nous.

Dans son hameau de sept ou huit maisons le long de la Creuse, il n’y avait l’air d’avoir qu’une seule autre maison occupée.

Converser comme des connaissances.

Il nous fait entrer dans sa maison.  Une pièce en haut, une pièce en bas.  Pas de méfiance.  Il a tout construit de ses mains.  Avant c’était une étable.  Des années de travail.  Tout seul.  Avec les moyens de ses moyens.  Un désordre de célibataire.  Pas de bonne femme pour le tancer.

Il est tout seul.  Vaillant mais vieillissant.  Il avait envie de parler.  Alors on a parlé.  De lui.  C’était important de rester et de lui offrir notre temps ; pas perdu du coup.

Soigner sa maison, arranger son jardin.  La semaine dernière, sa glycine a presque entièrement gelée.  Ça va donner un peu de travail.

Là, il s’est abimé le dos.  Il ne peut plus trop bricoler. Ça le désole, il y en a des choses à fignoler.

Il va à Paris.  Avec un cousin.  C’était pour un spectacle de « Michel… » ; je ne sais plus.  Le climat change.  Michel le voit bien.  Plein de preuves.

De sa fenêtre, avec ses puissantes jumelles, il voit toute la vie du fleuve.  La Brenne n’est pas loin.

Ce dimanche important, de fête !  Rien.  Enfin, rien de prévu pour lui.

Juste un dimanche de retraité méticuleux et économe.  Pas de famille.  Pas de fête de village.

Mais, alentours, les arbres ont encore beaucoup de travail.  Le printemps n’a pas encore convaincu tous les arbres.  Chaque branche porte encore des dizaines de bourgeons prometteurs.

Pâque : chasser les brumes, retrouver la lumière.

Rien d’extraordinaire ici.

Juste la Pâque des gens simples des campagnes très silencieuses.