365 Nuances de 2019 – #18 – « Le Mot de Cambronne »

Un billet, court, chaque jour.

C’est délibérément que, pour titre de ce billet, j’ai choisi la version châtié, élégante, du vocable « merde ».

Il existe une version enfantine de cette interjection : « crotte ».  Elle est utilisée aussi bien par nos jeunes têtes que par des adultes qui veulent rester dans le registre de la bienséance et qui présupposent que l’on sera plus bienveillant envers « crotte » qu’envers « merde ».

Le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est quelquefois associé à la chance.

Les acteurs se lançaient le mot entre eux avant chaque première.  En effet, à l’époque où l’on se rendait au théâtre en voiture à cheval (crottin, diesel : cela a toujours produit des gilets jaunes, autrefois appelés calicots), le succès d’une pièce se mesurait au nombre d’attelages qui attendaient les spectateurs, et donc au crottin généré pendant l’attente des équidés.  En réponse à cette salve de la bonne fortune, l’intéressé devait répondre: « je prends ».

« Je prends la merde ».

Les Japonais prête également à la merde, au « Kin no unko » des vertus de bonne fortune que l’on retrouve élégamment sculptée sous forme de « caca d’or ».

Malheureusement, le « mot de Cambronne » – « merde » ou « crotte » – est aussi très souvent associé à la malchance.  Il souligne le glissement vers une défaite ou sa constatation à posteriori.

Les Armées de Napoléon, au fil de leurs belles victoires, ont semble-t-il répandu cette expression, cette notion de « merde » jusque dans l’est de l’Europe, où elle recouvrirait à présent un concept bien au-delà du vulgaire de bon aloi.  Comme quoi, il ne faudrait jamais déraper verbalement à l’étranger.  

Il semblerait néanmoins que le « mot de Cambronne » demeure une « fake news » comme il en existe des milliers dans l’Histoire.  Même le Ministère de la Défense  présente le fait comme tel.

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Il est vrai que le Général Cambronne aurait immédiatement pondéré sa sortie glorieuse : « La garde meurt et ne se rend pas ! » d’un « merde » de la défaite.  Il fut fait prisonnier et l’Armée française fut défaite à Waterloo.  

La première citation est la version châtiée militaire et glorieuse du mot « merde ».  Dans les deux versions, à terre devant l’ennemi, les possibilités de débat étaient faibles et les possibilités de recours nulles.

Il est intéressant de rappeler que, dans la langue française, le mot « merde » ne connaît qu’une seule rime : « perde ».

Rime de bien mauvais augure et qui semble assez puissante pour nous tenir définitivement à l’écart de ce raccourci de cinq lettres et, de fait, d’un risque d’accumulation de matières fécales : les emmerdements.

En avant marche ! Non.  Ni du pied droit.  Ni du pied gauche !

 

 

 

 

365 Nuances de 2019 – #17 – « Ça c’est vrai, ça ! »

Un billet, court, chaque jour.

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Jeanne Marie Le Calvé, dite La Mère Denis, née le 9 novembre 1893 à Neulliac (Morbihan) et morte le 17 janvier 1989 à Pont-l’Évêque (Calvados).

Lavandière.

17 janvier 1989 : 30 ans juste qu’elle est morte, la lavandière la plus célèbre de France

On peut se permettre un petit cauchemar éveillé en imaginant que la totalité de nos lave-linge, commerces de blanchisserie et de teinturerie disparaissent. Hop, dézingués !

Allez hop ! Savon de Marseille, battoir en main, à genou sur le carreau et de l’huile de coude. On s’imagine en Gervaise (L’Assommoir, Émile Zola – 1876).  On peut se permettre le petit luxe d’une fin heureuse en rêvant que l’on vit, après des années de labeur, l’avènement de la lessiveuse en zinc.

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Et on se réveille, on se précipite dans sa cuisine et on vérifie qu’elle est là, remplie de composants électroniques, la formidable machine à laver qui nous fait oublier cette besogne, cette corvée du linge à laver.

La dureté de la vie quotidienne, jusqu’à il n’y a pas si longtemps, et encore aujourd’hui dans de nombreuses régions du monde, s’inscrit dans les visages.  Et dans les mains.

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Comme la vie, des femmes en particulier, est devenue sacrément plus cool.  Au moins dans nos petits pays gâtés.

J’aurais pu trouver une chute plus originale à ce billet.  Mais je conclus simplement:

« On a de la chance, hein ! Ça c’est vrai, ça ! »

 

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