365 Nuances de 2019 – #213 – «Une Aquarelle contre les Barbares»

Un billet, court, chaque jour.

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Proposée avec des acteurs et des décors réels, l’histoire n’aurait pas pris la même dimension.
Il y a, dans ce film animé, un message profond, universel pour notre monde fragilisé et une mise en garde contre l’abîme totalitaire dans laquelle certains fous tentent de nous faire sombrer.

Cela se passe à Kaboul.  La scène, peuplée de tchadri bleus, pourrait cependant être transposée dans beaucoup d’autres lieux ; proches de la Seine peut-être même.

Le gardien de prison tombe amoureux de la belle condamnée.  Lui, refuse de répudier sa femme mourante, comme le lui permettrait impunément la charia.
La prisonnière, bouleversée par le basculement de son mari, qui a pris une pierre pour lapider, suivant la meute, une femme livrée au supplice, sur un geste accidentel, le tue.

L’évanescence des couleurs, la grâce du traits, le fondu du pinceau ; tout est gracieux.
Alors que l’histoire ne l’est pas.
Le dessin ne réussit pas à masquer la tragédie qui se joue depuis des décennies dans nombre de pays musulmans.  Au contraire, l’aquarelle accentue le règne de la sauvagerie, de la cruauté et de la bêtise humaines, elle peint avec justesse le saccage méthodique de la joie, elle illustre trait pour trait la dilution des libertés.

Tirée du roman de Yasmina Khadra (2002), l’histoire tisse les destins de deux couples au cœur de Kaboul et de la dictature monstrueuse des Talibans.

Le film prend quelques arrangements avec le récit mais ce qui compte, c’est la manière dont les trois personnages, à la frange entre la soumission et le combat, font jouer tous les ressorts de leur conscience, de leur amour, de leur humanité pour contrarier le dessein macabre des bourreaux ; sans toutefois s’éviter d’être assassinés.

L’aquarelle redessine en creux ce que les dérives d’un Islam barbare ont fait perdre à des milliers de pauvres gens, sous la contrainte de la terreur : toute la palette des bienfaits humains que sont l’amour, la tendresse, la joie, l’insouciance, l’appétit de vivre, la poésie, la légèreté de l’air, l’art, la musique.

Reste, la beauté du vol des hirondelles ; comme des virgules qui donnent à la conscience, un temps de pause au milieu du délire.

365 Nuances de 2019 – #212 – «Cinéma Éducatif»

Un billet, court, chaque jour.

5144678.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxAu moment où l’on s’assied dans le gros fauteuil d’une salle obscure, on s’attend à quitter un peu le fil du temps, à s’extraire un peu de son quotidien.

Il y a des films magiques qui y parviennent, tant ils sont des rubans de poésie, comme par exemple « Un dimanche à la campagne » de Bertrand Tavernier (1984).  Derrière l’image, il y a une histoire, un message à prendre, certainement des leçons de vie et des morales à extraire, mais tous se joue dans l’évocation.

Dans un autre style, « Working Girl » de Mike Nichols (1988), donne à réfléchir sur le pouvoir, la puissance, la réussite, l’ascenseur social.  Mais là encore, on quitte son fauteuil par la qualité du jeu des acteurs, on reste dans l’évocation, la libre analyse.

« Late Night » est une excellente comédie.
Emma Thomson joue son rôle dans un pur vernis British ; il n’y a pas une faute de carre.

Ce qui est gênant, dans ce film comme dans beaucoup d’autres depuis une demi-dizaine d’années, c’est qu’on a le sentiment de se faire dicter le sens à y donner.
On rit, on ricane un peu de temps à autre quand même !
Mais c’est du cinéma peu subtilement éducatif.

Le scénario plante un décor de diversité ethnique, de parité homme-femme, de frigidité managériale, de fidélité conjugale.
Toutes les nécessaires préoccupations de notre quotidien.
Malheureusement chaque séquence prend un tour pesant qui finit par vous faire réaliser que le fauteuil dans lequel on est assis n’est pas si confortable, qui vous faire rester sur le même plan avant, pendant et après le film ; vous êtes maintenu sur les basses et triviales réalités du plancher des vaches.

Quitte à recevoir une leçon, j’aurais préféré un bon débat ou une conférence animée.
Là, il y aurait eu du nerf, on aurait pu y croire.
Là, on sort juste complètement penaud de la leçon reçue.

365 Nuances de 2019 – #209 – «Brad Suffit»

Un billet, court, chaque jour.

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Il y a quand même un moment dans le film où je me suis couvert les yeux parce que cela canarde et déchiquette sec.
Là, on sait que l’on regarde un film de Quentin Tarantino.

Avant cette séquence, on se laisse balancer par une musique exceptionnelle – que j’écoute d’ailleurs alors même que j’écris, vite et en rythme pour le coup.
Ce qui est vitaminant, c’est l’atmosphère du « tout est permis » de l’ère des années 60, avant que l’on invente le principe de précaution, où l’on vivait en brûlant toutes ses cartouches, en risquant des comportements excessifs, mais en acceptant d’en payer le prix.
C’était l’ère du « risqueur – payeur ».

Brad aurait presque suffi.
C’est lui qui crève l’écran – parti pris et question de goût sans doute.
Bon sang que ce mec est beau dans son faux second rôle, qu’il mène pourtant avec une crédibilité sans faute.
Ah !  Brad Pitt !  « L’est craquant le BG ! »

Mais dans le fond, toutes ces petites perles sur les coulisses d’Hollywood, où se côtoient dans un même quartier les très grandes célébrités et les éternels second couteaux, où se déploient les grandes ambitions satisfaites et les espoirs déçus, montrent les aléas de cet univers où les carrières sont des systèmes bien fragiles.

Carrières montantes et carrières descendantes, qui se croisent rarement, glissent, cahotiquement mais subtilement, au détour d’un carnage, dans le tourbillon de la vengeance sanglante de hippies sous exta, vers de rafraîchissantes « relations de voisinage ».

Tout est bien qui finit bien.  Nous sommes – il était une fois – à Hollywood.

365 Nuances de 2019 – #188 – «Les idées en vrac»

Un billet, court, chaque jour.

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« C’est alors que la journée de Vic devient joyeusement incontrôlable.»

Cette phrase figure dans le synopsis du film « Give me Liberty » de Kirill Mikhanovsky.  On s’attend à une sorte de « Ferris Bueller’s Day Off », mais en fait il ne s’agit pas du tout de cela.

Cela y ressemble.  Cependant, l’histoire de Ferris Bueller est une véritable comédie !  Une mère y retrouverait ses petits.

Dans ce film, on se demande à quel moment la série de « drames » va s’interrompre.  Même la scène où la mère du héros, Vic, accompagnateur-chauffeur de bus pour personnes handicapées, réalise que les mille dollars que son fils lui demande pour sortir de prison le frère de son amie sont cachés dans le canapé qu’elle vient de leur faire porter à la décharge, et qu’ils se mettent à rire, on a en fait envie de pleurer.

À mesure que les minutes du film passent, on réalise une chose, qui est en fait la trame de fonds du film, sensée être perçue comme satyrique : toutes les misères familiales, sociales, humaines défilent dans ce film.
C’en est un condensé absolu.
Un condensé américain, mais assez universel paradoxalement, en ce XXIème siècle.

Le synopsis évoque une « fable réconciliatrice et optimiste sur le melting pot américain ».  Il s’agit plutôt d’une vitrine de ses échecs.

Quant à l’accroche du film : « Depuis Donald Trump, personne n’a montré autant de bonne volonté envers la Russie. »  C’est un slogan trompeur.  On ne pense pas un instant à Donald Trump.  Pour la Russie, j’espère que tous les Russes ne sont pas aussi tragi-dramatiques.

Le film n’est pas mauvais.  La manière de filmer, de cadrer les scènes s’approche du regard que l’on pourrait avoir sur elles en en étant acteur soi-même dans la vie réelle.
Et c’est sans doute de là que vient le malaise sourd : de l’hyper-réalisme du film.  Où j’ai cherché le joyeux avec pugnacité !

Dur d’en sortir sans les idées en vrac.

365 Nuances de 2019 – #182 – «Authentiquement bien joué»

Un billet, court, chaque jour.

1209130.jpg-c_215_290_x-f_jpg-q_x-xxyxxMelissa McCarthy – Lee Israel – et Richard E. Grant – Jack Hock – sont deux arnaqueurs dans « Les Faussaires de Manhattan ».
Elle, écrivain indépendant, devient faussaire par nécessité, lui, homosexuel fauché, par jeu, lui sert de revendeur ; dans les deux cas, leur rôle est authentiquement bien joué.

Richard E. Grant garde, quoi qu’il joue, comme par exemple « Jack & Sarah », le regard tendre et joueur.
Je ne connaissais pas Melissa McCarthy, mais elle remplit talentueusement le rôle de la vieille fille alcoolique que tout a abandonné, y compris elle-même.

Les moindres détails des costumes, de la lumière et du décor du film soulignent les excès des personnages, entre excentricité et mépris de soi.

Deux solitaires, que la filouterie et la méchanceté des reclus rapprochent, se lancent dans une aventure de contrefaçon de lettres et manuscrits autographes de personnes célèbres.

Il leur faudra aller, chacun, par des voies distinctes, au bout de leur drame, avant de, pour l’un, mourir et de, pour l’autre, se résoudre à écrire pour elle-même.

C’est calligraphié sur du papier, dans le roman « Can You Ever Forgive Me ? », que va se réécrire leur étonnante et improbable amitié.
Le roman ressort aussi vrai que la véritable arnaque dont il est tiré.
Le film ressort aussi vrai que le roman dont il est tiré.