365 Nuances de 2019 – #82 – « Le plein de force »

Un billet, court, chaque jour.

Une fois la séance terminée, c’est comme si un programme neuf s’était installé là-haut, dans la tour de contrôle, le cerveau !

Quand on est empêché de courir pour six semaines – la carcasse a des raisons que la raison ne peut ignorer -, il faut se résoudre à aller investir son énergie dans d’autres industries.

Pas de course donc, mais nage et cyclisme.

Le système vertueux reste cependant le même.  Quand le corps va bien, l’esprit va bien.  Quand l’esprit est en carafe, le corps, sollicité physiquement, lui redonne sa superbe.

Pour la course, pour le cyclisme, pour la natation, tout sport d’endurance en général, il y a ces quelques premières secondes, parfois minutes, d’inertie dont la « machine » a besoin pour lancer le carburateur.

La volonté et les muscles se signalent l’une aux autres, le carburant de la première active les seconds, ceux-ci envoient une belle combustion ; et tout devient fluide.

La tête veille aux gestes, à la recherche d’une forme de perfection technique, à la régularité, à l’intensité.

Cette concentration à faire bien n’exclut pas du monde.  Une fois que la mécanique est en train, que le rythme est pris, en plus des octets dédiés à l’arithmétique de l’effort, il reste encore un large espace disponible dans le cerveau pour l’observation et la réflexion.

L’eau glisse.  L’œil à fleur d’eau, dans une respiration de crawl, embrase l’image de l’homme, au bord du bassin, en train de faire des étirements.  Il est encore là une longueur après, encore cinq longueurs après.  Il est méticuleux.  Réflexion réflexive : est-ce que toi-même tu es aussi consciencieuse après l’effort ?

Le pied tendu sur la pédale, l’œil est tendu pour capter tous les détails, anticiper, calculer.  Le décor fond sur soi à vive allure et l’air vous happe sur toute la surface de la peau. L’obstacle arrive vite : des mains aux pieds, tous les gestes se braquent pour le franchir.

Le corps offre ses endorphines.  Et l’esprit s’offre tous ces détails positifs et fructueux.

L’engagement est total.  La ressource est complète.

La force fait le plein de nouvelles forces.

Il avait un avant.  Il y a un après.  Qui dure.

Sans titre

365 Nuances de 2019 – #49 – « Vision fracturée »

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Un billet, court, chaque jour.

Voilà une image saisie sur le vif.  Hier, mercredi, au sortir d’un petit-déjeuner. Un stigmate de la fureur qui a déferlé sur les Champs-Élysées samedi dernier.

Cela m’a fait l’effet d’un test de Rorschach.

A quoi cela vous fait-il penser ?

Libre interprétation : une vision fracturée.

Vision fracturée de la richesse : cette chaussure de luxe offerte sur un plateau. Taper dans cette provocation ! La richesse, c’est forcément du vol. Certainement pas du travail !

Voilà la vision qu’ont les foules des signes extérieurs de richesse. Livrée sur un plateau.  Prise sans effort. Obtenue indûment. Volée ?

Mettre toute une rage dans les signes extérieurs matériels d’une réussite considérée comme outrageante, sans doute parce qu’inatteignable, certainement parce que sa définition même est significativement erronée.

Fracasser de sa haine une réussite forcément honteuse, obligatoirement ancrée dans l’exploitation, la spoliation.

Et une question !

Comment tant de gens en veulent à la réussite, quand la plupart du temps, normalement, elle est le fruit d’années de travail, d’efforts, de prises de risque et d’épargne.

Comment inverser cette vision haineuse ?

Comment restaurer en chacun, l’idée que la réussite n’est pas que dans la richesse et ses signes dérisoires, mais dans l’atteinte d’une ambition que l’on s’est fixée, à la mesure de ses moyens, et en proportion de l’effort fourni.

Comment restaurer l’idée que la réussite est la conséquence d’un travail personnel, d’une acquisition constante de savoir-faire, du dépassement de soi quel qu’en soit le domaine, d’une assiduité à l’effort sur la durée.

Une piste serait d’enseigner l’économie, le fonctionnement de l’entreprise et l’épargne dans les écoles, autrement que par le biais marxiste, par la notion d’exploitation par le travail synonyme en France de trepalium : carcan, souffrance, aliénation.

Une piste serait peut-être aussi de cesser de contraindre, taxer le travail véritable, la transmission de patrimoines méticuleusement construits et d’encercler enfin, sans restriction, la fraude, la triche, les trafics.

Restaurer l’honneur de l’agent honnêtement gagné.  Gagné dans le travail, plutôt que dans la combine.

 

 

 

365 Nuances de 2019 – #48 – Trois temps: trail, émeutes & ski »

Un billet, court, chaque jour.

Je serais bien en peine d’expliquer scientifiquement ce qu’est la relativité du temps.  En amateur, voire en ignare, je vais donc m’approprier le concept et dire unilatéralement qu’il s’agit du temps de chacun par rapport à l’égrènement atomique des secondes, minutes, heures et jours.

Samedi 16 mars.  Trois lignes de temps par rapport au méridien de Paris.

Le temps du trail : le Trail de Paris, en version 45 km, pour lequel chaque effort, chaque dénivelé, chaque mètre se compte en seconde.  On part le matin de chez soi quand tout est calme.  On enquille 5h28 de course.  On revient dans un Paris à feu et à sang.

Tout est donné dans la saine débauche physique.  La seule violence que l’on se fait, c’est celle du sport.  On n’en veut à personne, sinon à soi, pour se pousser, tant mal que bien, vers la ligne d’arrivée.

Le temps de l’émeute : là, quelque part autour de l’Étoile, l’effort se compte en forces de l’ordre.  Et en casseurs.  Et en anarchistes.  Et en pilleurs.  Ils partent le matin de chez eux, et ils veulent que tout parte en vrille.  Ils enquillent des minutes et des heures de bagarre.  Ils mettent Paris à feu et à sang.

Tout se déglingue.  Tout est donné à la violence physique.  La seule violence à laquelle ils pensent, c’est à dézinguer le plus de choses, le plus de richesses.  Le plus d’hommes.

Le temps du ski.  Les douces pentes enneigées. L’effort pour le loisir, l’effort pour la détente, l’effort pour l’insouciance.  Loin de Paris. On repousse en jours l’obligation d’y retourner. Quelques jours gagnés sur le souci de se fritter à un Paris à feu et à sang.

Hélas!

Tout revient en pleine figure.  Malgré l’effort fourni pour s’éloigner du tumulte, le temps vous rattrape.  D’autres ont décidé de devenir maîtres de votre temps.  Dont vous n’avez ainsi plus la maîtrise.

Certains – 11 500 coureurs – choisissent de sublimer leur temps pour donner le meilleur d’eux-mêmes.

Certains – 2 000 voyous – imposent leur notion du temps qui consiste à détruire celui des autres.

Certains – quelques-uns – ont choisi le temps des responsabilités.  Mais ce temps ne leur appartient plus.  Ils auraient à faire don de beaucoup plus de leur temps.  Car le temps volé à l’action et aux responsabilités, est un temps gâché pour la paix.

Le temps de la paix que beaucoup veulent.

Encore faut-il choisir à quel temps se consacrer :  celui des honnêtes gens, celui des casseurs, celui des loisirs.

Peut-être choisir enfin un temps qui tire vers le haut : celui du dire-vrai, celui du courage, celui des choix et celui de l’ordre.

Plutôt que de se laisser envahir par le temps des extrêmes.

365 Nuances de 2019 – #39 – « L’effort. Vu du sol et vu du ciel. »

Un billet, court, chaque jour.

Est-ce que lorsque l’on court, on ne pense à rien ?  24 kilomètres la tête évidée ?  Zéro octet au kilo ?

Non. En réalité, on tisse une pensée au droit fil des kilomètres.

Courir, c’est parfois une aiguillée à plusieurs fils, mais le plus souvent un seul.  Le fil unique d’une image brute qui vous saute particulièrement aux yeux, à l’impression particulière : le point de bâti d’une réflexion.

Quand la foulée est maîtrisée, le sentiment d’effort s’efface.  Tout l’esprit est disponible.

Comme, par exemple, pour chaparder du regard quelques merveilles posées le long du chemin.  Un larcin involontaire et serein.

Pas après pas à travers les champs, les labours de printemps ont retenu mon regard.

L’effort physique a côtoyé l’effort agricole.

Vu du sol, tout cela a l’air si évident.  Normal.

Ces beaux sillons d’un brun velours, si onctueux qu’on y mettrait la main pour les caresser comme on le ferait d’un tissu neuf.

Le feston herbeux d’un vert encore un peu hésitant.  Le ruban crémeux du chemin qui ourle les champs entre eux.

Vu du sol, tout cela a l’air tellement banal.  Attendu.

Plus tard, sur l’écran où s’affiche la trace GPS du parcours, tout cela, tout cet évident, tout ce normal, tout ce banal, tout cet attendu prend un autre sens et surtout toute sa mesure.

Une broderie souple de champs aux nuances douces, d’entrelacs sophistiqués,  de camaïeux bruns et verts.  Une marqueterie complexe savamment appliquée aux courbes géologiques.

Vu du ciel, tout cela prend une mesure si extraordinaire.

La mesure que cette tapisserie de parcelles et de champs n’a rien d’évident, qu’elle est la somme de tant de travail ; un labeur pluriséculaire ; le point de chaîne de tant d’hommes et de femmes.

Qu’au fil des kilomètres, je me contente de piquer de mes petits pas laborieux et insouciants.