365 Nuances de 2019 – #89 – « Tout à coup, un inconnu… »

x1080-i2SUn billet, court, chaque jour.

Tout à coup, un inconnu vous offre un compliment.

Cela rappelle le film publicitaire pour une eau de senteur des années 70, ou 80, où un homme perd tout à coup la raison dans le sillage parfumé d’une jolie brune.  Il se précipite sur une fleuriste, ravie d’en prendre pour plus que le prix de son bouquet.  Tout aussi frénétiquement, il se précipite sur la jolie femme en question pour lui offrir ledit bouquet.

Le scénario de rêve.  Tu te parfumes et c’est gagné !

Bon, pour moi, c’était un compliment.

L’homme de cet épisode-là n’a pas eu l’œil qui a tourné.  Il n’a pas perdu la raison.  Il ne s’est pas mis à courir ; de toutes les façons, il n’y avait pas de fleuriste à proximité.

Mais bon, il m’a salué et a d’abord commencé par préciser qu’il ne me voulait rien de mal.
Oui, parce que les hommes, en 2019, commencent par annoncer des précautions d’emploi.  On ne sait jamais, il pourrait tomber sur une féministe mal embouchée…

Donc il a pris toute une série de précautions oratoires, juste pour me faire un compliment.  Sur ma robe, mon allure et tout et tout qui allait bien avec.

Et il est parti.

Voilà : je n’avais pas de fleurs entre les mains mais un grand sourire sur le visage.  Je peux vous dire que c’est agréablement magique, ou magiquement agréable !

Et la morale de ce billet ?

Gratuit.  Gentil.

Ça, c’est l’effet magique : de la pure et authentique galanterie masculine*.

*dans 99% des cas.

 

365 Nuances de 2019 – #43 – «Journée de la femme. Et de l’homme»

Un billet, court, chaque jour.

Ce 8 mars 2019 était une bonne journée de la Femme pour moi puisque l’on m’a offert une jolie rose.

Une rose aujourd’hui.  Mais aussi d’autres roses bien d’autres jours.  Juste parce que cela fait plaisir à un homme d’offrir des fleurs à une femme.  Comme une femme peut avoir plaisir à offrir un cadeau à un homme.  L’un comme l’autre à recevoir.

Avoir des idées simples.  Ou des idées simplistes ?  Sur un sujet devenu aussi sensible et polémique où tout refus d’agressivité paraît désormais conservateur, anachronique, passif et naïf.

Ou vouloir placer le débat ailleurs, résolument dans la complémentarité absolue des hommes et des femmes.  Dans le plaisir d’être ensemble pour les qualités propres à chaque sexe, au-delà des débats et des combats.

Combats bien légitimes puisque tant de femmes se trouvent dans des situations dramatiques.  Mais les hommes eux-mêmes ne se trouvent-ils pas aussi, souvent, dans des situations de domination, d’esclavage et de maltraitance ?

Refuser d’aborder les liens hommes-femmes uniquement en termes de rivalité, de domination et d’asservissement.

Imaginer plutôt de se penser mutuellement en termes d’aptitudes et de compétences, d’habiletés et de goûts.  Et œuvrer à construire ensemble, de concert, hommes et femmes, un cadre apaisé de relations où les unes ont besoin des talents des uns et inversement.

Sans pour autant renoncer aux charmes, aux forces, aux faiblesses propres à chaque sexe.  Masculinité et féminité ne s’opposent pas.  Ils s’échangent, se complètent, convergent.

Le premier pas ne serait-il pas de célébrer tous les 8 mars, cette complémentarité : dans une journée de la femme et une journée de l’homme.

En paix.

365 Nuances de 2019 – #26 – « Les Hommes Charmants »

Un billet, court, chaque jour.

Quelles sont les choses, les évènements, les valeurs, les personnes, qui enrichissent le capital bonheur ?  La sève du quotidien.  Cette sève qui vous fait aimer la vie pour la multiplicité de cadeaux fortuits qu’elle offre.  

L’ensemble de ces pépites, qui lorsque vous regardez dans le rétroviseur de la journée, de la semaine, du mois, de l’année, de vos dix dernières années, émaillent le temps qui passe et le flot de vos activités de petites étincelles joyeuses.

Dans le rétroviseur de cette semaine, de ma semaine, j’y vois des hommes charmants.  

Du quotidien aux réunions professionnelles, des rendez-vous mondains au barman qui pose mon café pile quand j’arrive sur le comptoir chaque matin avant d’aller prendre mon métro, chaque échantillon du genre masculin s’est montré sous son meilleur jour.

La bienveillance de celui qui vous écoute vous exprimer en réunion et qui vous donne le sentiment de voir juste.  Le sourire de celui qui vous tient une porte.  Votre voisin de droite, et celui de gauche à un dîner.  L’homme d’entretien qui nettoie votre immeuble. L’ami qui veut s’assurer par un sms que vous soucis se tassent.

J’en mettrai un particulièrement en lumière.  Un gentleman à la station Concorde, ligne 8.  Un octogénaire d’une grande élégance, loden vert sombre, casquette en tweed.

Un homme des années quarante.  Tellement bien élevé.  Jovial, dégingandé.  

Pas de méfiance à avoir.  Pas de réserve.  Un sourire simple, modeste, mais un sourire-sésame qui n’avait qu’une envie, celle de parler.  Et qu’on lui parle.

Et nous avons parlé.  Parlé du métro. Des drôles de gens sur le quai. Du rendez-vous où il se rendait. Bref, des riens sans conséquence. En quatre stations.

Grâce à cette semaine, et à leurs quelques représentants, excluant définitivement leurs mauvais ambassadeurs, je déclare que les hommes sont charmants.

« En Marche »

Chroniques Estivales – #10 – Humeurs & Choses Simples

(Ecriture au 1er jet)

Umberto Eco postulait « qu’un titre doit embrouiller les idées, non les embrigader ».  Vaste programme.  Mais, ici, vous pensez bien que l’auteur n’a d’autre idée que de vous faire cheminer le long de ses propres pérégrinations. Il n’y a pas l’ombre d’une gauloiserie ou même d’une arrière-pensée.

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@ Guillemette Callies

Voici simplement la dixième et dernière de mes « humeurs estivales », publiée sur le vif en ce jour de rentrée scolaire qui sonne le glas des congés d’été.

J’ai vu du pays.  En voiture : plus de 4 500 km.  Et à pied … ; cela se chiffre aussi en kilomètres mais surtout en dénivelé.  Tout cela au cours de la plus longue pause jamais faite depuis mes études.

Et que la France est belle.  

Qu’elle vaut la peine de s’y perdre ; au volant ou chaussé de Pataugasse.  Pas une once de fainéantise constatable tant on y voit la main et le travail de l’Homme dans chaque courbe du paysage.

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@ Guillemette Callies

 

Henry David Thoreau : « Qu’est-ce qui fait qu’il est parfois difficile de déterminer dans quelle direction nous allons marcher ?  Je crois qu’il y a un magnétisme subtil dans la Nature qui, si nous y cédons inconsciemment, nous indique la bonne direction.  Il n’est pas indifférent pour nous de savoir quel chemin nous empruntons.  Il y a un bon chemin, mais nous sommes très assujettis à l’insouciance et à la stupidité, et sommes enclins à emprunter le mauvais. »

Avec insouciance, mais sans stupidité, j’ai laissé mes roues et mes godasses me guider par les routes et les chemins.  Et que c’était bon de retrouver la véritable essence du chemin, le véritable sens de se mettre « en marche ».

Reconquérir l’essence et le sens de la vie.  Essence et sens brouillés par la vitesse, la fulgurance mais aussi la répétition du quotidien.  Par le mimétisme et le conformisme.

Un même chemin parcouru dix fois recèle, à chaque nouvelle occasion, des tournures différentes.  Se mettre « en marche », ce n’est pas mécaniquement poser toujours un même pas.  C’est au contraire, dans le confort d’un chemin connu, améliorer ce pas, affiner son emprise au sol, enrichir le contact avec ses aspérités mais aussi renouveler son regard, être surpris par les menues facéties de la Nature.  C’est lutter pied à pied avec l’indifférence, accepter de se redonner une chance d’être émerveillé.

C’est se mettre en situation de voir ce que l’on n’avait pas remarqué auparavant, toutes ces petits détails fragiles qui nous semblent acquis et qui, par indifférence, par paresse, par stupidité, par ignorance, voire par absence de curiosité, menacent de disparaître.

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@ Guillemette Callies

« En marche » pour sillonner cette beauté, pour sentir l’offrande des sentiers.  Pour marquer, à chacun de nos pas, notre intérêt pour tous les efforts de la Nature, surtout les plus ténus et les moins visibles, pour tout ce labeur pluriséculaire, conjoint de la Nature et de l’Homme.

Ne se met pas en marche qui veut.  Il est possible de tracer sa route en aveugle et en sourd.  Ignorer souverainement la manne généreuse de tout ce spectacle.  Mais ce ne serait alors que comédie, que mascarade.  Ce serait être là sans mériter d’y être, en intrus, en imposteur.

Marcher n’est pas tricher.  Marcher est faire corps avec ce qui est donné.  C’est rendre grâce à l’exceptionnel, c’est dénicher la richesse au coeur du banal, du soi-disant connu.  C’est s’appuyer sur le réel, sur l’enraciné.  C’est réfléchir au sens réel des dons unifiés de la Nature et de l’Homme pour éviter de jeter l’anathème sur quelques petites aspérités qui justifient l’effort sans en altérer la finalité.

En invitant à la marche le long ces quelques lignes, vain d’embrouiller ou même d’embrigader.

« En marche », ce n’est pas un ordre, ce n’est pas un slogan.  C’est une attitude.

Attitude pour comprendre qu’il n’existe pas de pas supérieur à l’autre.  Que chaque pas est différent, unique, précieux. Que chaque pas reflète une identité propre, une histoire singulière.

Attitude libre et responsable dont l’effort, petit, moyen ou grand, appelle au respect.

« Vitruve »

« L’Homme de Vitruve », merveilleux dessin que tout le monde connaît.

Un chef d’œuvre inspiré du plus éminent des traités d’architecture, celui d’un architecte Romain du Ier siècle avant Jésus Christ :  Marcus Vitruvius Pollio, dit Vitruve

De la main de Léonard de Vinci, allégorie de la perfection des proportions du corps humain, de l’Homme placé au centre de l’univers.

A propos d’architecture, un docte architecte, conservateur en chef des monuments nationaux, commentant les besoins de restauration quasi permanents de la cathédrale Notre-Dame de Paris, mettait en garde contre les possibles excès de bien-vouloir-faire : « à chaque fois que l’on remplace une pierre usée, un élément altéré par les effets du temps, on change la nature originelle du bâtiment.  Une fois que toutes les pierres auront été remplacées, le bâtiment gardera son aspect d’origine, mais ne sera plus tout à fait authentique. »

Le dessin de Léonard de Vinci représente l’Homme dans ses proportions parfaites, telles qu’elles ont été conçues par la Nature.  Il s’agit surtout d’un idéal.  La Nature donne naissance et laisse libre cours à ses parfaites imperfections.

L’hôte du Clos Lucé montre ainsi la puissance de l’Homme sur le monde.  Mais il en précise aussi les limites dans la symbolique cosmique du cercle et du carré.  Le cercle représente la perfection, l’unicité centrale ; le carré, la condition terrestre de l’homme.

L’architecte, Homme lui aussi, tente de réunir dans ses œuvres les trois clefs de voûte de l’esthétique : l’utilité, la beauté et la pérennité.

Utilité : l’Homme est utile, parfait ou non.

Beauté : elle se trouve au-delà des proportions physiques et c’est là un dialogue de sophistes.

Pérennité : au sens de longévité, pas d’immortalité.

L’Homme est utile.  L’Homme est beau.  Mais Il n’est pas immortel.

Et telles les pierres des plus beaux chefs d’œuvre architecturaux du monde, il s’altère, s’amenuise. Pour disparaître.

Chercher à le modifier, membre par membre, organe par organe, ne changera rien à sa « condition terrestre », à sa finitude.

Tout au plus gagnera-t-on, à l’avoir modifié, de pièce détachée en pièce détachée, à lui conserver son aspect d’Homme, sans que ce ne soit plus, au final, tout à fait un Homme.