365 Nuances de 2019 – #92 – « Sylvain, l’amoureux de Notre-Dame »

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7€ / Tous les bénéfices reversés à la Fondation du Patrimoine.

Un billet, court, chaque jour.

« Et les siècles par dix,
Et les peuples passés,
C’est un profond jadis,
Jadis jamais assez* »

Nous n’aurons jamais assez de « jadis ».

Dans dix ans, peut-être moins, peut-être plus, nos enfants diront : « en 2019, au printemps, il y a eu un terrible incendie à la cathédrale Notre-Dame. »

Pour que ce jadis prenne forme dans la bouche de ces enfants-là, il faut des poètes, des écrivains, des acrobates de cathédrales, des promeneurs-rêveurs comme Sylvain Tesson.

Sylvain Tesson, amoureux des flèches de cathédrales, celle de Notre-Dame : « de bois, souple, vivante » qui bougeait légèrement par grand vent.

Sylvain Tesson fait cadeau de ses propres textes au bénéfice de la restauration de Notre-Dame de Paris.

Au cœur de ses souvenirs, il ajoute des signes de sa tristesse pour cette cathédrale, « incarnation calcaire du Verbe » mais aussi d’espoir qu’elle soit, avec délicatesse, redonnée, à l’identique, à Paris, à la France, au Monde.
Et à Victor Hugo, Charles Péguy, Théophile Gautier.  Et à tous les poètes.

Avec, cependant, ce doute :
« Que signifie l’effondrement ?  Y-a-t-il le moindre enseignement à tirer d’un brasier ?  Il est peut-être temps de se calmer.  Trop d’empressement à faire table rase mène peut-être à ce genre de désastre.  Et si l’effondrement de la flèche était la suite logique de ce que nous faisons subir à l’Histoire ?  L’oubli, le ricanement, la certitude de nous-même, (…) et, un jour, les cendres.

Et un souhait.  Celui de ne pas appliquer à la réflexion sur la restauration de Notre-Dame, les défauts de notre époque ; dont, la précipitation.

 

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* Paul Valéry, « Charmes »

365 Nuances de 2019 – #75 – « Tous : Gardiens du Patrimoine »

Un billet, court, chaque jour.

1 170 Conservateurs du Patrimoine, Architectes des Bâtiments de France, Professeurs d’Histoire de l’Art français et étrangers ont publié, ce jour, une magnifique tribune dans le Figaro.

Une citation de cette tribune a retenu mon attention : « Il ne s’agit pas d’un geste d’architecture mais de millions de gestes, humbles et experts, gouvernés par la science et le savoir (…) ».

Ici, il s’agit de déontologie.  De la raison d’être de ces « Gardiens du Patrimoine ».  Le Patrimoine prestigieux.  Mais sans négliger l’autre patrimoine : le petit, le discret, le perdu ; celui disséminé sur l’ensemble du territoire français.

Le drame de « Notre-Dame » a attiré toute l’attention du pays et du monde entier.  Mais il ne faut pas oublier tous ces trésors : religieux, civils, militaires, vernaculaires, qui ornent nos villes et nos campagnes.

« Notre-Dame » est précieuse mais ne doit pas faire oublier toutes les autres merveilles.

Comme l’église Saint-Martin, à Vic (Indre), datant du XIème siècle, dont les fresques merveilleuses méritent un soin constant.  Ou encore à Gargilesse-Dampierre (Indre) dont les fresques nécessitent une prise en charge, un sauvetage urgent.

Deux exemples parmi des milliers d’autres : les croix et les calvaires qui ponctuent nos routes et chemins.  Les fermes.  Les demeures. Certaines usines. Des villes entières comme celle de Caylus où chaque pas rencontre une merveille à l’abandon.

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Il faut réaliser ce que cette richesse peut générer sur le plan économique : des milliers d’emplois non délocalisables aux savoir-faire uniques et une manne financière pour son potentiel touristique inégalable.

Quand on est un pays si riche, il faut plus que 1 170 « Gardiens du Patrimoine » pour mobiliser de l’attention, des énergies et d’immenses moyens vers ce patrimoine : le citadin comme le campagnard, le noble comme le commun, le voyant comme le discret.

Il y faut chacun d’entre nous.  Tous : « Gardiens » de notre Patrimoine.

Tout simplement, par passion, par admiration, par volonté de transmission de cet héritage et de « ces millions de gestes, humbles et experts ».

Sans titre
Avec tous mes remerciements au « Figaro » – Edition du 29 avril 2019

 

365 Nuances de 2019 – #63 – « Notre Dame ! »

183-18_cmjn_ouvertureUn billet, court, chaque jour.

J’aurais aimé que ce soit un mauvais rêve.
Mais non, c’est une tragique réalité.

Esmeralda !  L’éternité s’est arrêtée ce soir !

« (…) vaste symphonie en pierre, pour ainsi dire ; œuvre colossale d’un homme et d’un peuple, tout ensemble une et complexe comme les Iliade et les romanceros dont elle est sœur ; produit prodigieux de la cotisation de toutes les forces d’une époque, où sur chaque pierre on voit saillir en cent façons la fantaisie de l’ouvrier disciplinée par le génie de l’artiste ; sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble avoir dérobé le double caractère : variété, éternité. (Victor Hugo)

On passe devant les choses, on passe devant ce que l’on aime, on passe devant ce à quoi l’on croit, on passe devant sa Foi.

Avec une forme de banalité touchant à l’indifférence.  Une sorte de dû.

Et les flammes se chargent de vous rappeler ce qui compte : le Beau, l’Art, le Divin et le Travail de tant d’Hommes à élever des cathédrales.

Qui élève des cathédrales aujourd’hui !

Qui relèvera Notre-Dame ?

Nous tous, et de tous nos moyens.  C’est mon vœu le plus cher !

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