365 Nuances de 2019 – #39 – « L’effort. Vu du sol et vu du ciel. »

Un billet, court, chaque jour.

Est-ce que lorsque l’on court, on ne pense à rien ?  24 kilomètres la tête évidée ?  Zéro octet au kilo ?

Non. En réalité, on tisse une pensée au droit fil des kilomètres.

Courir, c’est parfois une aiguillée à plusieurs fils, mais le plus souvent un seul.  Le fil unique d’une image brute qui vous saute particulièrement aux yeux, à l’impression particulière : le point de bâti d’une réflexion.

Quand la foulée est maîtrisée, le sentiment d’effort s’efface.  Tout l’esprit est disponible.

Comme, par exemple, pour chaparder du regard quelques merveilles posées le long du chemin.  Un larcin involontaire et serein.

Pas après pas à travers les champs, les labours de printemps ont retenu mon regard.

L’effort physique a côtoyé l’effort agricole.

Vu du sol, tout cela a l’air si évident.  Normal.

Ces beaux sillons d’un brun velours, si onctueux qu’on y mettrait la main pour les caresser comme on le ferait d’un tissu neuf.

Le feston herbeux d’un vert encore un peu hésitant.  Le ruban crémeux du chemin qui ourle les champs entre eux.

Vu du sol, tout cela a l’air tellement banal.  Attendu.

Plus tard, sur l’écran où s’affiche la trace GPS du parcours, tout cela, tout cet évident, tout ce normal, tout ce banal, tout cet attendu prend un autre sens et surtout toute sa mesure.

Une broderie souple de champs aux nuances douces, d’entrelacs sophistiqués,  de camaïeux bruns et verts.  Une marqueterie complexe savamment appliquée aux courbes géologiques.

Vu du ciel, tout cela prend une mesure si extraordinaire.

La mesure que cette tapisserie de parcelles et de champs n’a rien d’évident, qu’elle est la somme de tant de travail ; un labeur pluriséculaire ; le point de chaîne de tant d’hommes et de femmes.

Qu’au fil des kilomètres, je me contente de piquer de mes petits pas laborieux et insouciants.

365 Nuances de 2019 – #23 – « Miam ! De bonnes pilules à croquer ! »

Un billet, court, chaque jour.

Imaginez !

7:30: votre sacro-saint petit-déjeuner.

Vous vous êtes préparé de quoi démarrer du bon pied: orange pressée, peut-être une demi-banane, yaourt, et… : des tartines. Beurre ?  Confiture ?  Miel ?

Ah ! Les belles tartines à croquer.  Pain complet ? Baguette fraîche ? 

Eh ben non ! Arrêtez de rêver.  

Je recommence: orange pressée (du Brésil = déforestation massive & empreinte carbone), demi-banane (pas française, y’en a plus & empreinte carbone), yaourt (= émanations de méthane, élevages intensifs, ferme des milles vaches), et les tartines ?

Croyez-vous qu’elles y échappent ?  Même pas !

Depuis vendredi à la radio, ils ont annoncé que le pain, même le pain, ne valait plus rien.  

Substances toxiques, pesticides, additifs, trop de sel et effets secondaires.

Moi je vous dit, l’avenir de nous tous, pauvres Rabelaisiens, est dans la pilule.  Le soleil bleu, jaune, orange et peut-être vert un de ces quatre.

Peut-être même, qu’à ce rythme-là, elles tenteront le goût du pain frais.  

Quant aux effluves entêtantes qui attrapent le bout de votre nez et vous conduisent, envoûté, consentant, chez le boulanger, vous pouvez arrêter de rêver.

Des pilules !  Mais quel cauchemar !  

Vite du pain, du gros pain.  Rempli de sel, couvert de beurre gras, dégoulinant de confiture très sucrée.

Et vite ! Haro sur les recommandations de l’OMS, du Ministère de la Santé, de 60 Millions de machins …

Pour votre santé, mangez très gras, très salé, très sucré ! 

Parce que finalement, comme on meurt rarement en bonne santé, autant brûler la chandelle : la vie, la bouffe, le bon vin, par les deux bouts.

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