365 Nuances de 2019 – #221 – «Je vous l’emballe ?»

Un billet, court, chaque jour.

Sans titre

En 1985, Christo Javacheff disait de l’emballage du Pont-Neuf : « J’ai voulu le transformer, faire d’un objet architectural, d’un objet d’inspiration pour les artistes, un objet d’art tout court. Qu’il devienne pour la première fois une sculpture, mais éphémère comme mon rêve ».

À l’époque, l’opération avait coûté dix-neuf millions de francs. À la charge entière de l’artiste, semble-t-il.
Il semblerait que cette opération sera également intégralement autofinancée par l’Artiste en 2020.

Prévu initialement pour le printemps 2020, le nouveau projet, d’empaquetage de l’Arc de Triomphe de la Place de l’Étoile, a été reporté à l’automne de la même année.

« Pour raison écologique ».
En effet, au printemps, il faut garantir la sauvegarde des faucons crécerelles qui nichent dans l’Arc de Triomphe.

« Pour raison artistique ».
Il faudra sans doute prévenir Napoléon et le Soldat Inconnu d’aller nicher ailleurs le temps de l’exposition. Heureusement, le monument sera rendu intact pour le 11 novembre 2020.

« Pas moins de 25 000 mètres carrés de tissus recyclables couleur argent bleuté et 7 000 mètres de corde rouge seront nécessaires pour recouvrir entièrement le monument situé place de l’Étoile. »

Un mix de la tenue rouge garance et bleu horizon de nos Poilus ?
Cela restera une sépulture sans doute.

365 Nuances de 2019 – #187 – «Touriste chez soi»

Un billet, court, chaque jour.

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Les contrastes aoûtiens sont saisissants à Paris.

Le matin, à potron minet, la course prend une nouvelle tonalité ; un peu flippante.  Pas un chat, ou presque ; il n’y a guère qu’un matou des bords de Seine qui erre le long des péniches désertées.  La pitance sera maigre car pas âme qui vive.

Les rues de voisinage sont vides ; nous sommes dans du résidentiel.

C’est tentant, du coup, d’aller jouer la touriste, dans la ville vidée de ses habitants habituels et qui résonne moins fort du bruit des voitures.  Moins fort, moins de bruit, pas partout.  Avec la quantité de travaux et les berges transformées en plage, le temps des automobilistes semble s’égrener comme un chapelet de patience.
Coincés, ils sont !

Il faut bien commencer par deux ou trois gestes typiquement touristiques.  Acheter trois timbres pour des cartes ; le buraliste a été surpris que je parle français.  S’offrir une glace et, du coup, se mêler à une file d’attente internationale.  Là aussi, la vendeuse a démarré en anglais.

Prendre beaucoup de photos est également un must.  Malheureusement, il m’est impossible de me résoudre à user d’une perche à autoportraits (à selfies en franglais) ; là, c’est au-dessus de mes forces.  Remarquez que cet effort n’en est en réalité pas un puisque j’ai l’habitude de sortir mon téléphotographe (smartphone en langage courant).  Je dégaine facilement chaque fois qu’un sujet m’interpelle. Comme une famille sud-américaine, habillée toute de même, histoire de se repérer entre eux dans la foule.

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Déambuler le nez en l’air, comme si tout était nouveau, si tout interrogeait.  Passés les lieux de tumulte, comme la Place Saint-Michel, les rues sont absolument désertes, on ne se sent, alors, originale que pour soi-même.

Du coup, on apprend des choses nouvelles, comme l’autre jour, au sujet de Jeanne d’Arc et de la Porte Saint-Honoré.
Ainsi, j’apprends où est né Joris-Karl Huysmans, Rue Suger.  Et du coup, je suis amenée à faire un effort de mémoire pour me souvenir du titre d’un de ses ouvrages : chou blanc.
Quelques pas plus loin, je vois qu’en 1937, Pablo Picasso a peint Guernica dans la Rue des Grands Augustins.

Mais dans cette Rue des Grands Augustins, c’est plutôt l’échoppe d’un marchand de jouets  qui me détourne de mes déambulations.  Un homme âgé absolument charmant que j’ai ménagé en devançant son doute : « Je suis une simple parisienne curieuse en goguette !

Quelle caverne aux trésors !
Tout pour les enfants des années avant les smartphones et les consoles.  Des vitrines entières d’animaux de ferme – et des corps de ferme miniature, des poupées de toutes les natures et de quoi reconstituer des batailles depuis la Grèce Antique jusqu’à la moitié du XXème siècle.  Et une collection de voitures miniatures ; la panoplie complète des Dinky Toys.

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Il y avait une femme très élégante aux côtés du marchand.  Nous avons échangé quelques amabilités sur le temps, le quartier, le mois d’août et les jouets.
« Merci, Monsieur, pour ces belles choses vues ! Au revoir et bonne soirée ! »

S’épargner les bouquinistes eut été sacrilège.
Scène cocasse en prenant une photo d’un nuancier de Tours Eiffel miniature-porte-clés pendues à un fil. Par courtoisie, je demande la permission au bouquiniste, et m’approchant, il a cru que, dans mon mouvement, je voulais lui faire une bise.

Il a regretté la méprise et aurait bien accepté la bise.
Du coup nous avons échangé quelques mots.  Mais les étalages de livres étant des menaces pour mon porte-monnaie, je ne me suis pas attardée.

Redescendre dans le métro m’a rhabillé de mes habits de parisienne.  Fini de piétiner sans but de jouer la « touriste chez soi ».

Jusqu’à la prochaine fois.

365 Nuances de 2019 – #184 – « Lever le Nez »

Un billet, court, chaque jour.

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Oeuvre de Maxime Real del Sarte (1888 – 1954)

Combien de fois êtes-vous sorti du métro Louvre-Rivoli, avez déboulé de l’Avenue de l’Opéra, êtes sorti de l’Hôtel du Louvre et avez-vous longé la Rue Saint-Honoré sans même, par habitude, lever le nez ?

Je l’ai découverte aujourd’hui : une plaque commémorative en hommage à Jeanne d’Arc.
Entre les numéros 161 et 163 de la Rue.

En 1429, la ville est aux mains des Anglais.
En lieu et place des actuels embouteillages, il y avait là, devant la « Porte Saint-Honoré », un fossé en eau.

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Le 8 septembre, Jeanne d’Arc, avec le duc d’Alençon, les maréchaux Gilles de Rais et Jean de Brosse de Boussac, partit du village de la Chapelle pour installer des couleuvrines (canons) sur la butte Saint-Roch et soutenir ainsi l’attaque contre la porte Saint-Honoré.
En tentant de franchir le fossé, Jeanne fut blessée d’un carreau d’arbalète (flèche d’acier à quatre pans) à la cuisse.
Le lieu plus précis est le 15 de la Rue Richelieu.

Elle voulut reprendre le combat, mais le roi, Charles VII, lui donna ordre de se replier sur l’abbaye de Saint-Denis.

365 Nuances de 2019 – #110 – « Infirmier du bitume »

Un billet, court, chaque jour.

Mon ange-gardien a tendu son bras à la fraction de seconde opportune pour que je n’aille pas, en mille morceaux, rejoindre la mosaïque du trottoir.
Mes pieds n’ont pas suivi mon œil, ils se sont défilés.

Sinon : j’eusse pu choir.

J’en vois ça-et-là, de ces pansements de faïence posés sur les trottoirs.  Quelqu’un doit avoir pitié de son état de santé.
À moins que ce quelqu’un, échaudé d’avoir lui-même chu ou risqué de choir en cette béance de la chaussée, n’ait pensé à son prochain pour éviter qu’à son tour il ne choit.

« Infirmier du bitume !  Sois-en remercié ! »

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365 Nuances de 2019 – #109 – « Bulle de printemps »

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Photographie – Mai 2019 – Guillemette Callies

Un billet, court, chaque jour.

Paris, en toute saison, offre quelques bulles.  Des bulles d’été, des bulles d’automne, des bulles d’hiver.

Et des bulles de printemps.

Ces bulles, ces îlots éphémères, naissent en quelques lieu de la ville et capturent, au pinacle de chaque saison, toutes les nuances de la poésie.
Toute poésie s’impose aux cœurs sensibles.

Comme Aladin, il faut frotter son imagination pour libérer le génie du lieu et s’isoler de la foule : une bulle à soi créée au cœur d’une autre bulle.
Le mouvement de l’esprit enfin opéré et réussi, le charme éclate.
Pour peu qu’un ciel joueur se mêle de la lumière, les minutes fondent, le charme lévite autour de soi.

L’essentiel du lieu s’impose sur toute la sphère de la bulle ; vous êtes une transparence, vous êtes le lieu.
C’est un mirage à habiter.
C’est laisser, une fraction de temps, « quelque chose d’heureux chanter dans l’infini*. »

 

 

 

* Victor Hugo / « Printemps »