365 Nuances de 2019 – #200 – «La Magie d’une goutte d’eau»

Un billet, court, chaque jour.

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L’eau.
H20.  Cieux ingrats.
Est-ce que cela suffit ?

Il y manque un peu de poésie.
Un peu de cette poésie qu’apporte la rêverie.

La pluie a ceci de commun avec le feu qui crépite dans l’âtre, de faire le vide dans l’esprit, d’attirer toute l’attention, de vous livrer sans combat aux songes.
Dans ce cas, il n’y a pas un récit, pas un roman, pas une conversation qui ne soit assez puissant pour inverser le courant.

La pluie, goutte après goutte, de sa petite musique aux rythmes capricieux, de sa délicieuse, diluvienne chorégraphie, captive, capture et emporte.

La vallée du Chinaillon était toute prise hier d’une humeur météorologique têtue, obstinée à imposer des brumes diaphanes, des nuages bas vaporeux et baladeurs, une pluie drue de l’aube aux confins de la nuit.
Tout résonnait des gouttes devenues filets, devenus rigoles, devenues flots, devenus cascades, devenues rivières et torrents.

Entre ces millions de gouttes s’est immiscée une évasion à leur propos.  Une évasion gaie, provoquée par l’énergie de leurs éclaboussements hypnotisants, de leurs trajectoires anarchiques.
Une danse libre et exubérante.

Avec mon appareil, sortant quelques secondes de mes songes, j’en ai capturé un, éclaboussement, une, goutte ; son jaillissement, son impact.
Son esthétique de liberté.

J’ai suivi le chemin de cette goutte, avec la malice et la tendresse d’un Jean Macé racontant à une chère petite fille « L’Histoire d’une bouchée de pain» (1885).
Qu’est-ce qu’il se passe après, que fait-elle, que devient-elle, cette bouchée de pain, cette goutte d’eau ?

Et cette rêvasserie, ce chemin, m’ont conduit, jusqu’à ce matin, où, les arpentant d’une foulée enthousiaste, les flancs herbeux des montagnes, tout encore éclaboussés, ébouriffés du traitement de toutes les gouttes de la veille, livraient le secret, la magie de la goutte d’eau, de ces gouttes d’eau.

Une symphonie gaie, tintinnabulante, déferlante.  Le chant des ruisseaux en liesse qui retentit, une chorale de roulements amplifiée d’échos charmants.
Une aquarelle irisée, scintillante, lumineuse.  Le soleil se mire dans chaque diamant humide déposé par le ciel ; qui sur une herbe, qui sur les œuvres de quelque Arachné industrieuse, qui sur une pierre qui luit comme un cristal tout juste poli.

L’eau du ciel et ses gouttes cristallines, étanchent nos sourdes soifs de poésie, sustentent nos faims de temps, d’horizon onirique de toute la grâce de leur art, dénouent nos amarres terrestres et philistines.

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365 Nuances de 2019 – #38 – « Quand les secondes se mêlent »

Un billet, court, chaque jour.

Quand des secondes se mêlent, elles ouvrent un autre espace-temps.

Les secondes à se perdre sur une petite route.

Les secondes à méditer au bord du paysage.

Les secondes d’un ciel dans toute sa grâce à s’en aller.

Et, s’insinuant dans l’épaisseur de ce temps suspendu, les secondes de la musique, celles, par exemple, du pénétrant largo du second mouvement de la Symphonie du Nouveau Monde.

Quand des secondes disparates se mêlent, elles n’en forment plus qu’une.  Une seconde unique, merveilleuse, magique.

Une seconde si puissante de poésie qu’elle arrête le temps.

365 Nuances de 2019 – #9 – « Brioche & poésie »

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Un billet, court, chaque jour.

Ce soir, je vais lâcher l’actualité.  Elle bouffe tout.  

Par exemple, j’allais croquer ce matin dans une brioche parisienne, autrement appelée brioche à tête.  

« À tête » : ouh ! Là, là !

Au moment de croquer la tête, je me suis rappelée le sort de la pauvre Reine Marie-Antoinette et la « fake-new » d’une phrase malheureuse qu’elle n’a en fait historiquement jamais même pu prononcer.

Créée en Normandie au XVIème siècle, la brioche de la « fake-new » servit dès lors, cent ans plus tard, sans que le mitron qui la pétrissait eût pu même l’imaginer, de ferment à une folie révolutionnaire qui conduisit une jeune reine, déjà condamnée par un cancer, sur l’échafaud.

C’est pourtant une merveille, un délice.  Une mie charnelle faite de pur beurre.  Une tentation coupable à laquelle je cède au moins une fois par semaine.  

Bref, l’hésitation passée, cette « madeleine de Proust » m’a quand même permis de prendre le dessus et de retourner à la poésie.  

La poésie des mots, de certains livres ; de contes en l’occurrence.

Et de vous partager ces jolies lignes : 

« Ce qui importe, c’est qu’avec le monde on fasse des pays et des langues, avec le chaos du sens, avec les prés des champs de batailles, avec nos actes des légendes et cette forme sophistiquée de la légende qu’est l’histoire, avec les noms communs du nom propre.

Que les choses de l’été, l’amour, la foi et l’ardeur, gèlent pour finir dans l’hiver impeccable des livres. Et que pourtant dans cette glace un peu de vie reste prise, fraîche, garante de notre existence et de notre liberté.

Ce peu de vérité mortelle qui brûle dans le cœur froid de l’écrit, la beauté chétive de l’une et la splendeur impassible de l’autre, voilà ce que je me suis efforcé de dire ici. »

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