
Bistrot du fin fond de Paris. Sous-sol en voûte de pierres apparentes. Carrelage moucheté, pas une toile d’araignée. On se serait attendu à trouver cela nettement plus au sud, dans un estaminet de village.
Avec une vague odeur de cuisine en suspension. Avec un peu de foutoir, des journaux épars. Peut-être y aurait-il un nuage de fumée bleuâtre en lévitation. Attendraient quelques œufs durs sur trépied et un saucisson en train de sécher. Il y aurait des banquettes de similicuir rouge sombre aux galons noirs, éventrées aux encoignures, par de longues parties de belottes. Traîneraient des cendriers jaunes floqués du sigle bleu si célèbre, marque du cousin à plus faibles degrés, d’alcool, de l’absinthe criminelle. Feraient le piquet, des pichets en terre cuite, siglés eux aussi, perlés de gouttelettes d’eau échappées des glaçons. Pour l’anisette, il faut toujours que ce soit bien, bien froid, pour que la langue claque et que le soupir soit extatique. Zoneraient quelques jeunes, blousons de cuir, mèche rebelle et Gauloise à la lèvre. Ou des dos larges affublés de tricots fins côtelés, gris, beige ou noir. Avec une Gitane maïs moulée entre un index et un majeur tannés par des années de combustion passive. Il y aurait des casquettes, des godillots. Les cous seraient un peu rouges, bronze même, d’une teinte offerte à ceux qui normalement sarclent les mauvaises herbes au soleil à longueur d’année.
Et pourtant, c’est là, en plein Paris qu’il, le babyfoot, s’est retrouvé. Un peu perdu dans ce gourbi trop propre, trop lisse, trop vide. Avec juste, un haut-comme-trois-pommes, un garçonnet, qui, seul devant ce machin, ne savait pas trop quoi faire de ces régiments en rouge et en bleu. Et personne pour lui montrer. Encore un savoir en jachère. La transmission se perd.