
Le pet humain qui a duré le plus longtemps est celui de Bernard Clemmens : 2 minutes et 42 secondes. Les flatuosités d’une vache en pleine forme, avant, pendant ou après sa longue rumination d’herbe tendre – je parle là des chers bovins de nos merveilleux éleveurs français – battent-elles ce record ? Rien n’est plus sûr ; il faut assumer la taille de son système digestif tout de même ! En 2018, les chiffres estiment que, chaque jour, naissent 244 000 nouveaux terriens, soit 2,7 potentiels bouffeurs de barbaque par seconde. Ainsi, pendant le gaz de Bernard Clemmens, sont nés environ 7,2 humains. Nous pouvons arithmétiquement extrapoler le nombre de naissances pendant la durée d’un prout de vache. Il faut par ailleurs préciser – c’est médicalement prouvé – que les femmes, donc les vaches, pètent plus que les hommes, donc les bœufs ; c’est dire l’importance de s’éveiller à cette sorte de calculs.
C’est le genre de réflexions auxquelles peut se livrer votre chroniqueuse pendant ses randonnées dans des paysages qui lui sont chers et dont elle constate chaque année le grignotage par l’extension des villes. Après un tel calcul, en arrivant sur une crête qui domine la ville artificielle de Pontoise, Cergy-Pontoise, Cergy-le-Haut, Cergy-Préfecture, … il faut se demander si le cheptel bovin français dans sa totalité arriverait par ses seuls pets à faire autant de dégâts que les pelleteuses qui défoncent leurs prés, artificialisent à grand renfort de béton, ZAC, bretelles autoroutières et autres cages à lapin construites à la hâte pour loger tous ces gens que la natalité française produit localement ou qui sont importés à grand renfort de bateaux gonflables du très lucratif trafic méditerranéen.
Pendant que les vaches pètent, on construit des LGV pour gagner quelques précieuses heures de temps tout en privant les territoires de leurs petites lignes qui, encore juste après-guerre (39-45), permettaient aux produits agricoles français d’arriver plus vite aux Halles ou à Bercy que les avocats d’Afrique du Sud ou l’agneau de Nouvelle-Zélande. Pendant que les vaches pètent, on se glorifie de nos véhicules à batteries électriques dont la composition en métaux rares, dont le cobalt, défonce et contamine des territoires naturels entiers où, probablement, paissaient quelques bovins de races locales, assurant une autonomie vivrière à des autochtones qui désormais bouffent de la merde importée ou des denrées locales empoisonnées. Pendant que les vaches pètent, la majorité de ceux qui lisent ces lignes, autant que ceux qui ne le font pas, ne renoncent en rien à leurs déplacements multimodaux pour partir en week-end ou en congés ; peut-être pour aller admirer ces fameuses vaches qui pètent d’ailleurs.
Il est raisonnablement possible de penser que jamais, jamais, une vache, même atteinte du plus sévère des syndromes de flatulence, ne fera autant de mal à notre Terre, à nos paysages, qu’un conducteur de SUV, qu’un installateur d’éoliennes ou même qu’un raveur dans les prés.