« Flâneries 2023 » – # 153 – « Féminité et féminisme degré zéro »


Il semblerait qu’il y ait eu un déchaînement sur les réseaux sociaux à propos de la photo d’une athlète en plein effort de course, mais dont une trace couleur grenat sur le maillot révélait le calendrier hormonal ; elle avait ses règles. À la vue du cliché, illuminé de soleil, le regard se porte pourtant en premier sur le visage marqué par l’intensité de l’effort. C’est ce qui touche immédiatement. Ensuite, il faut être vraiment dans le détail pour non seulement remarquer la tache mais également faire la relation.

Le bruit autour de ce point saignant doit porter la réflexion plus loin. La question centrale est de décider si c’est un bien ou un mal d’afficher ainsi ses menstrues et surtout de revendiquer cet inévitable physiologique, et pour asseoir sa féminité, et pour se montrer féministe. Dans ce débat, les deux notions y perdent ; c’est de la féminité et du féminisme degré zéro. Tout le monde connaît les contraintes hormonales féminines et leurs effets. Les règles ce n’est pas sale, ce n’est pas honteux ; c’est une constante tellement constante qu’elle ne peut qu’être, qu’elle doit être, maîtrisée. Peut-être que chez les premiers hominidés, et encore longtemps dans l’histoire de l’évolution humaine, les femmes n’ont pas pu faire autrement que de vivre ce moment du mois à la vue et au su de tout le monde, mais aujourd’hui, 2023, alors qu’existent tellement de moyens de faire comme si de rien n’était, est-il raisonnable, souhaitable, d’exhiber ainsi ses fonds de culotte.

Le charme du gynécée, de la société des femmes, ce sont ses secrets. Plutôt que d’associer la pudeur au sens de gêne, il est préférable de la rapprocher de décence, de bienséance, de délicatesse. Les règles, le système reproductif féminin, autant que le masculin, appartiennent au plus intime de chacun, ce dont on ne souhaite pas faire état malgré le fait que cela soit parfaitement connu. Toutes les femmes préfèrent passer ce rendez-vous mensuel sous silence, vivre avec comme si cela ne comptait pas ; exception faite de celles qui développent des pathologies concomitantes. Il ne s’agit pas de le cacher ou de se cacher, de se priver de vivre, il s’agit de conserver une aura digne, un certain sens de l’honneur, un niveau d’esthétisme avantageux. Impossible, inimaginable de se sentir belle et enviable le rouge aux fesses. Dans une compétition sportive, autant que dans toutes les autres circonstances de la vie, une femme doit conserver un certain mystère. Sans donner raison aucune à la vindicte violente qui s’est levée autour de la photo de l’athlète Emma Pallant-Browne, il faut quand même s’opposer à ce laisser-aller, à ce manque de décence, à cette forme de provocation qui, par ailleurs, fait le jeu des pires mouvements, en France et dans le monde, particulièrement dans les pays à dominante musulmane, cherchant à faire reculer la liberté de mouvement des femmes. S’en foutre ne rend pas service à la cause.

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