« Flâneries 2023 » – # 158 – « Trop »


L’humanité est dans le « trop ». Gare de Lyon, gare du Nord, gare de Montparnasse ; nœud multimodal de Châtelet, de Charles-de-Gaulle-Étoile, de la Défense : effervescence continue, lignes de déambulations fourmilières. Peut-on s’immuniser contre le sentiment de masse ? À l’heure où l’on nous parle à longueur de médias de péril écologique, de menace climatique, de nécessaire frugalité, peut-on continuer à vivre avec un modèle qui consomme autant l’énergie du mouvement, de la mobilité, des transhumances pluriquotidiennes ? Cela vaut pour les gares, pour les aéroports, pour les lieux touristiques et même pour beaucoup d’espaces « naturels » comme les plages, les rives des fleuves, les forêts, les sentiers de montagne. Cela vaut pour les pays occidentaux, mais plus certainement encore pour les pays en développement comme le Bengladesh avec Dacca, le Sénégal avec l’axe Dakar – Kaolack ou encore le Congo avec la Nationale 1 de Kinshasa. Cela induit toutes les productions industrielles nécessaires pour permettre ces déplacements. Il n’y a plus de jours, plus de nuits, plus de dimanches ; plus de sanctuaires temporels où la « branloire » des hommes, comme Montaigne qualifie leur agitation permanente, ne s’immobilise. 7 979 261 010 d’hommes s’agitent sous tous les fuseaux horaires. En considérant leurs seuls besoins en nourriture, en ne mesurant même qu’une seule minute de leurs besoins en déplacement, il est difficile, voire impossible d’imaginer une décélération efficace. C’est bien ce qui est arrivé au paquebot « Titanic » ; à l’allure où le navire se mouvait dans les eaux parsemées d’obstacles, il ne put manœuvrer assez vite pour les éviter. Il semblerait que, ce qu’en matière démographique on appelle la période post-transitionnelle soit en cours, que la population mondiale décline et vieillisse. Mais à quel niveau de population faudrait-il tomber ou revenir pour préserver des espaces vitaux de qualité ? Passer au solaire et à l’éolien pourrait-il suffire à ralentir ou même atténuer les effets de toutes ces énergies en mouvement ? Rien n’est moins sûr ! Comme dit la chanson : « On avance, on avance, on avance. C’est une évidence : on n’a pas assez d’essence pour faire la route dans l’autre sens. On avance. »

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