« Flâneries 2023 » – # 159 – « J’ai fait un caprice »


Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri. « J’ai fait un caprice » en fut la proposition.

J’ai fait un caprice. Tu as, il a, nous, vous, ils ont fait un caprice. Pourquoi « je » ? Alors que nous sommes tous candidats, champions même, à faire des caprices. Aussi, pourquoi « un » ? Alors que c’est bien mieux d’en faire plusieurs, si, possible en même temps, en rafale. Soyons fous, voyons large ! Le caprice est un art de vivre une vie aux contours variés, changeants, imprévisibles.

Par exemple, prendre la route par habitude ou par obéissance au GPS, suivre paresseusement ce que l’on connaît depuis toujours ou docilement des indications algorithmiques alors que laisser libre champ à sa fantaisie, un synonyme de caprice, procure un sentiment de liberté inégalable. C’est un peu ce qu’un reportage télévisé est au voyage véritable : une morne perspective. Imaginez ! Vous êtes sut l’A20 après Limoges. Le moteur ronronne, votre cœur ronronne, les kilomètres défilent au compteur ; ceux que vous laissez derrière vous rapprochent du but au prix d’un ennui mortel. Toutes les mélodies sortant de la radio deviennent des scies insupportables. Arles est encore loin ; quitte à rouler, roulez heureux, non ? Tout à coup, vous secouez cette monotonie, vous vous dites que c’est devenu vraiment désolant et vous prenez la première sortie qui se présente.

Là, ô jubilation, le GPS s’affole ! « Recalcul d’itinéraire ; faites demi-tour ; dans 500 mètres, tournez à droite ! Non ! Tenir bon, tenir tête ! Les collines ont l’air pimpant à l’horizon ; allez-y ! Oh, un château du XIIème siècle ; arrêtez-vous un peu pour voir ! Et l’image, la carte tourne et se retourne ; le nord en bas ; un coup à l’est, l’autre à l’ouest. Si vous prenez ce chemin de terre, vicinal, est-ce que cela prendra vraiment plus de temps ou est-ce que vous prendrez mieux le temps ? Avez-vous un petit panier pour cueillir des fleurs ou ramasser des mûres ? C’est ainsi que surgissent : une abbaye cistercienne perdue dans une valleuse ; que s’allonge un velours de bruyères en fleurs sur les flancs des collines ; qu’un champ de blés blonds dévoile les joyaux rouges de ses coquelicots ; qu’apparaît un cheval aux naseaux soyeux ; que se présente un bistroquet aux tables rouillées mais aux bières fraîches.

Caprice, réponse à l’envie, saute d’humeur, joyeuse foucade : folle liberté prise à pleines brassées.

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