« Flâneries 2023 » – # 161 – « Le merveilleux des cartes »


Les atlas et les cartes me fascinent. C’est un voyage avec les yeux avant de permettre celui du corps. L’achat de ces représentations extrêmement précises d’un lieu est un caprice auquel je cède à chaque nouveau périple. La perspective de prochaines randonnées a permis d’enrichir un collection déjà importante. Il a été impossible de résister, dès l’installation dans le métro du retour, d’en déployer une pour y repérer l’itinéraire. C’est ainsi qu’un jeune couple a engagé la conversation avec moi. Le jeune homme s’est lancé : « Vous utilisez encore des cartes papier ? » Et de répondre sans hésitation : « Mais c’est merveilleux une carte ! »

Oui, c’est vraiment un moment jubilatoire que celui de déplier toute une géographie devant soi et de comprendre comment s’organise ce que les yeux empêchent saisir dans une totalité. Avant même d’y poser un premier pied, on explore déjà la route, on suit millimètre par millimètre à travers quoi elle conduira. Un mouvement se crée entre un lieu éprouvé physiquement au présent – le métro – et un autre envisagé rêveusement au futur. C’est une sorte de téléportation. De minuscules lignes, de serrées à espacées, annoncent les malices topographiques du parcours : montées, descentes. Un délice est offert en bonus par tous les noms de villes, villages, hameaux, lieux-dits, champs, marais, collines. C’est de l’histoire, de la toute petite ; celle des hommes qui ont vécu là des centaines d’années avant nous, qui, amoureux et jaloux de leurs terres, les ont baptisées : les Trois Poiriers, la Cassaudry, Bistelle, Butte au Charron. Il y a dans ces appellations, jusqu’à la plus reculée des campagnes, une somme considérable d’observations continues, de connaissances intimes de leurs caractéristiques distinctives, de jeux de mots, d’évènements locaux, de légendes uniques et séculaires.

À l’heure où chacun s’accroche à son smartphone, où chaque application offre en une seconde quantité de solutions sans presque faire appel à la moindre cogitation personnelle, la carte, le papier sollicite toutes les facultés : curiosité, analyse, anticipation, déduction et surtout imagination. Cela rappelle tout ce dont nous sommes capables, de façon autonome, sans recours à des aides artificielles. Lorsque l’on admire la précision, la finesse du repérage sur ces cartes d’état-major au 1/25000ème, il faut se sentir humble et se rappeler les sommaires plans anciens pour l’établissement desquels, nos ancêtres aventuriers ont parcouru le monde avec des moyens de locomotion et des outils de mesure très sommaires. Construire sa route est à la fois une science de longue haleine et un plaisir que seul le merveilleux des cartes, l’art de leur lecture, procure. Procéder de la sorte inscrit le corps dans l’espace. Par ailleurs, et ce n’est pas dommage, la carte papier, elle, ne manque jamais de batterie.

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