
Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri. « Par où recommencer ? » en fut la proposition.
Georges !
Georges a les fesses en équilibre sur le bord du canapé, les genoux à l’équerre avec le sol, les coudes plantés sur les cuisses, les bras en candélabres, les deux mains en calice pour soutenir sa tête pensive. Très pensive. Loin, égarée même. C’est que le temps presse et il ne les trouve pas.
Avec un peu d’application ou de recherche, il aurait pu faire un penseur de Rodin. Mais, l’esprit vraiment à autre chose qu’à l’esthétique, Georges survole du regard le capharnaüm qui l’entoure. Tout est sens dessus dessous. Pas un centimètre carré n’est indemne. Posé comme il l’est, il est la seule chose en ordre. Mais où ? Bon sang !
Le lit. Sur les flanc d’une montagne d’oreillers, de draps, de duvet, s’étale toute sa garde-robe. Les pantalons écrasent les chemises, des chaussettes et des cravates tentent de s’échapper. Du monticule de souliers de tout style, on aurait dit un peloton de bidasses cuvant les alcools de leur permission. Quand les avait-il vues la dernière fois ?
Quant au coin cuisine-salle-de-bain-laverie, une tornade semble y avoir tracé une route, propulsant les casseroles, les conserves à droite, la râpe à fromage, les pinces à linge à gauche. Zone de guerre entre le pucier et la cambuse : papiers, livres, sacoche, factures, plans de métro, ballon, bobine de fil, brosse à cirer. Planté au milieu de cette tourbe, ravissant, un bouquet de petites roses roses, en branches fournies, presque sauvages, pimpantes comme tirées d’un jardin, endimanchées dans du papier de soie. Elles attendent leur heure. Mais laquelle ?
Celle d’accompagner la bague enfermée dans son écrin de velours poudré qui fait une petite bosse à la poche droite du veston de Georges. Georges qui avait les fesses en équilibre sur le bord du canapé et qui cogitait, cogitait, se demandait : par où recommencer ? À chercher. La pendule est sévère, il serait temps de trouver.
Ding ! Une fois : rien !
Toc, toc ! Deux fois : rien !
Boum, boum, boum ! Trois fois : ça respire à fond. Un sourcil trésaille. Nouvelle inspiration. Soupir de découragement. Regard vers la porte. Se redresser ? Ouh ! Équilibre ! Trouver un chemin sur ce parquet miné. Tourner la poignée.
– « Bonsoir Georges ! Y’a tes clefs sur la porte ! »
Tout à l’heure, Georges aura bien une fiancée.