« Flâneries 2023 » – # 169 – « Ceci n’est pas »


Ceci n’est pas un sac-à-dos. D’ailleurs pourquoi faudrait-il parler ou raconter une histoire de sac-à-dos ? Des types qui se promènent avec un sac-à-dos, il y en a des centaines. Mais des types courageux qui se promènent avec un sac-à-dos, il y en a peu, même, récemment, il n’y en a eu qu’un seul.
Ceci n’est pas un colonel. D’ailleurs pourquoi faudrait-il parler ou raconter une histoire de colonel ? Des colonels, il y en a un certain nombre. Mais des colonels qui acceptent de remplacer des otages et de prendre quatre balles dans le corps, il y en a peu, même, récemment, il n’y en a eu qu’un seul.
Ceci n’est pas un préfet. D’ailleurs pourquoi faudrait-il parler ou raconter une histoire de préfet ? Des préfets, il y en a eu et il y en a des centaines. Mais des préfets courageux qui se tranchent la gorge un 17 juin 1940 pour ne pas céder à l’ennemi, il n’y en n’a pas eu beaucoup.
Ceci n’est pas un discours d’appel à la résistance. D’ailleurs pourquoi faudrait-il parler ou raconter une histoire de discours d’appel à la résistance ? Des discours, il y en a eu des milliers depuis que l’homme sait parler et manier la rhétorique. Mais des discours qui invitent à lutter pour sauver la France, un 18 juin 1940, il n’y en a eu qu’un, prononcé par un Général condamné par ses pairs par contumace.

Qu’ont de commun un sac-à-dos, un colonel, un préfet et un discours d’appel à la résistance ? Ils ont en commun le syndrome de Jeanne d’Arc, la Sainte catholique française qui a entendu l’appel de Dieu et qui, surtout, lui a répondu. Ils ont en commun d’être des mouvements solitaires, individuels, uniques, au milieu d’un moment d’aveuglement, d’abattement, de sidération, collectif. Ils interviennent à des heures charnières, qui ne sont pas encore des points de bascule, mais des moments propices à la décoïncidence. Des moments où il est crucial de faire surgir la possibilité de choix différents ; ce sont des moments de réveil, de prise de conscience, qui, quoique confidentiels dans l’instant, font œuvre progressive d’exemplarité. Ils ont des vertus d’entraînement.

Sac-à-dos, colonel, préfet, discours d’appel à la résistance ont en commun de désigner, non seulement le danger, mais aussi l’ennemi. Que le danger soit personnifié ou non. Le porteur de sac-à-dos, celui qui reçoit les balles, celui qui retourne contre lui un tesson de verre, celui qui prend la parole, sont des agrégateurs de courage. D’abord le courage avéré de ceux qui ne se résolvent pas à une situation quand bien même celle-ci serait normalisée par le plus grand nombre, puis le courage plus diffus de ceux qui sont tentés, sous la pression sentimentale de ceux qui les dirigent, de courber l’échine et de renoncer à l’honneur.

Réveil, prise de conscience, exemplarité, vertus d’entraînement, courage, honneur : ce sont bien des mots du présent, des indices que les temps changent, que les consciences se désengourdissent et qu’à la résignation, nul n’est tenu.

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