« Flâneries 2023 » – # 173 – « L’enfer du Louvre »


La revue trimestrielle du musée du Louvre porte le titre de Grande Galerie, appellation qui vaut aussi pour le plus long espace d’exposition du palais. C’est par là que débute l’évènement muséal Naples à Paris, où sont déployées des œuvres inédites issues des collections – Farnèse – du musée napolitain Capodimonte, dont de remarquables cartons de Michel-Ange et de Raphaël. Leur « brouillons » sont déjà des œuvres en elles-mêmes. Dans l’éditorial du plus récent numéro de cette publication, des articles entiers, alléchants, vantent ces merveilles. Les voir sur site et en nature répond à cette harangue, pas de doute, ce sont de véritables chefs d’œuvre.

Ce qui pèche, et le vocable est choisi pour rester poli, c’est le choix scénographique de l’exposition des œuvres. Elles sont déployées sur trois espaces, le premier dans la dite Grande Galerie de l’aile Denon, les deuxième et troisième aux deuxième et troisième étages de l’aile Sully. Ces deux derniers ont été isolés des déambulations ordinaires dans des salles aménagées expressément pour l’accrochage. Il est donc loisible d’apprécier ces somptueux échantillons de l’art italien des XVème et XVIème siècles dans le calme, sans foule et de faire, refaire, le parcours pour s’imprégner de la beauté des tableaux et des différentes pièces d’art prêtés par le Capodimonte. À ce stade, avoir à crapahuter d’un étage à un autre, à traverser d’autres atmosphères artistiques, est peu gênant, sauf à devoir affronter la foule. Distance, au Louvre ce n’est pas un vain mot ; foule, au Louvre, c’est un enfer.

Passer de l’aile Denon à l’aile Sully et retour est une aventure ; là encore, le terme est choisi pour rester poli. Le trajet peut décourager, inciter à couper court. Il n’est pas certain qu’un hall de gare un jour de grand départ en congés soit moins assailli. Ce n’est pas un musée, c’est une foire d’empoigne, une cour des miracles. Tout le monde se marche dessus. Pour ce qui est de l’attention aux œuvres, à la compréhension du fil artistique et même, du tant vanté dialogue entre les œuvres empruntées et celles de la collection permanente du Louvre, elle s’évapore en chemin. Car ce n’est pas rien de slalomer entre les poussettes et les hordes scolaires, d’entendre, comme dans une Babel, tous les sabirs du monde, de dénicher les perles de l’exposition et de les enfiler pour s’en faire une suite logique.

Dans ce tumulte, il faut une solide réserve d’amour de l’Art, pour savourer, tout en trébuchant sur les touristes gloutissant leur manger devant la Victoire de Samothrace, tout en heurtant des gamines en pleins selfies, la finesses des touches à l’huile de la Vue de Naples depuis Capodimonte d’Alexandre Hyacinthe Dunouy, – ses feuillages sont incomparables -, la tendresse du regard, de tout le visage, d’une Tête de femme sous la pierre noire de Perino del Vaga. Le Louvre est un enfer auquel les Anges des Arts donnent des preuves du Paradis.

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