« Flâneries 2023 » – # 175 – « Esquisse »


Une esquisse, réalisée de mémoire, ne retient que l’essentiel : les lignes forces, la lumière, l’atmosphère. À l’issue du travail au crayon, besogneux lorsque l’on n’a pas de maîtrise académique, naît un grand étonnement à contempler ce que la mémoire, autant visuelle qu’émotionnelle, a retenu d’un bref moment d’observation. Le long des bords de Seine, entre Bois-le-Roi et Fontainebleau, c’est une impression de grande quiétude qui a accompagné le pas et qui s’est retrouvée dans le trait, comme si le temps pouvait être suspendu. Les vers d’Alphonse de Lamartine (Le Lac, Méditations poétiques – 1820) surgissent alors, une première fois en marchant, une seconde en dessinant :
« Ô temps ! suspends ton vol, et vous, heures propices !
Suspendez votre cours :
Laissez-nous savourer les rapides délices
Des plus beaux de nos jours ! »
Les mots, le dessin, aident à conjuguer nos souvenirs pour les garder toujours présents. Quoique nous l’oubliions souvent, nous sommes, nos vies durant, maîtres, cultivateurs et gardiens de l’expérience que nous faisons du temps. Ce don que nous négligeons, inquiets que nous sommes d’être jugés par elle, se nomme poésie.

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