
Après une vie morne, la retraite d’Harold Fry aux côtés de sa femme Maureen s’écoule dans un ennui mortifère. Le couple s’enlise dans le souvenir du suicide dramatique de leur fils unique. Un matin semblable à tous les autres, Harold Fry reçoit une lettre et il se met en marche. C’est sa vieille amie Queenie, mourante dans une unité de soins palliatifs tenue par des Religieuses, qui lui écrit ses adieux. Pour un immense service qu’elle lui a rendu au moment de la disparition de son fils, il se sent le devoir d’aller jusqu’à elle. Il ralliera à pied la petite ville de Berwick-upon-Tweed depuis le sud de l’Angleterre ; plus qu’une marche, c’est un voyage initiatique dans lequel il se lance. Son message à son amie : « Je vais marcher, et tu vivras. » Au fil du chemin, il se débarrasse de tout le superflu matériel, social, pour progressivement ne se concentrer que sur l’être : ce qu’il est vraiment ; pour évacuer toute la souffrance cachée depuis la mort de son fils, toute la souffrance accumulée sous les reproches virulents de sa femme ; pour se libérer de n’avoir jamais ouvertement remercié l’amie qui l’a sauvé. Chaque pas le mène vers la rédemption, la résurrection. Chaque pas fortifie son courage de vieil homme et c’est à l’aune de celui-ci que sa femme Maureen retrouvera, après des années de silence et de rancune silencieuse, de vrais mots d’amour.
Au travers de ce périple, c’est l’Angleterre contemporaine, bigarrée que l’on traverse ; un pays aux contrastes, aux contradictions, aux drames économiques et sociaux poignants. Dans le rôle d’Harold Fry, l’acteur Jim Broadbent, 74 ans, plante un personnage aux allures et accents parfaitement, typiquement, britanniques ; le flegme et l’humour irriguent ses moindres veines. On se prend à laisser couler ses larmes tant son initiale quête de sens laisse progressivement place à une authentique foi en la bonté humaine. Ce film est un hymne à tout ce qui nous manque, un chant du cygne qui déplore ce que, avec tous nos artefacts, nous avons perdu en humanité.