
Le 7 mai 1770, à quatorze ans, Marie-Antoinette d’Autriche est remise comme épouse au Dauphin Louis-Auguste sur l’île aux Épis, au milieu du Rhin. Elle renonce alors à tout ce qu’elle possède d’autrichien, jusqu’à sa vêture, pour mieux embrasser sa nouvelle patrie, la France. Parcourir ses petits appartements, fraîchement rénovés, à Versailles permet de comprendre, et la vie fastueuse de Souveraine dont elle a bénéficié et la vie plus intime qu’elle a réussie à se construire. Un regard par la porte secrète entrebâillée sur sa chambre officielle, sur la Chambre de la Reine, depuis les petits appartements, donne à mesurer le contraste entre les deux univers. Entre la première, scène d’exposition au voyeurisme d’une Cour avide de médisance, et les seconds, de la taille d’une maison de poupée, s’étirent les contradictions d’une époque coincée entre les Traditions héritées de l’Ancien Régime et les mutations sociales d’un XVIIIème siècle où le principe de pouvoir absolu, avec toutes les contraintes de l’apparat royal, se heurte à des aspirations plus simples, intimistes et familiales. Dans ce cadre soigné, mis aux goûts, aux caprices de la jeune femme et adapté aux innovations techniques et domestiques de l’époque, s’illustrent tout le talent, tout l’Art, des meilleurs artisans français. En particulier, dans le salon dit « de billard », le décor tout en tentures de soie, réalisées de neuf, d’après un échantillon sauvé des affres de la Révolution, dans les ateliers lyonnais, émerveille. Il est presque impossible de déceler le fil tant le tissage est fin. Les rehauts de velours se conjuguent aux surbroderies des motifs floraux. Pourtant le chatoiement est discret, raffiné. Il faut imaginer Marie-Antoinette, entrée encore adolescente dans cette jungle aristocratique, devenue femme, reine, mère pour la première fois après sept ans de mariage, cible d’incessantes et féroces coteries, se réfugiant, loin de toute ces misères, dans ce cocon à l’abri des regards fouineurs. Ce décor n’était pas un luxe inutile, au contraire, il était nécessaire, salvateur. Par petites touches : une pendule en bronze doré montée par les mains-mêmes de son beau-père Louis XV, des portraits de ses enfants, des cadeaux de son mari, quelques vêtements et accessoires, on découvre les secrets d’une Reine, d’une personnalité bien éloignée des clichés calamiteux pré et post-révolutionnaires, encline aux amitiés véritables, à la lecture, au calme et à la douceur d’une vie conjugale et familiale effacée.