
Il est impossible d’attester la véracité de cette anecdote de l’Histoire, elle est cependant trop belle pour ne pas être racontée. Elle illustre l’une des Pensées du stoïcien Marc Aurèle : « Et qu’est-ce donc qui t’irrite ? La méchanceté des hommes ? Reporte-toi à ce jugement, que les êtres raisonnables sont faits les uns pour les autres ; … » (Livre IV ; § 3)
« Les êtres raisonnables sont faits les uns pour les autres », c’est probablement ce qu’il s’est produit lors de la très brève rencontre à Pérouse entre le frère franciscain Gilles et le roi français Saint-Louis (Louis IX). L’entrevue est rapportée dans Les Fioretti de Saint François, un recueil composé par le frère franciscain Ugolino da Brunforte vers la fin du XIVème siècle, soit un siècle après la mort en 1226 et la canonisation en 1228 du Poverello.
Ce récit illustre la simplicité, l’humilité, qualités premières d’un maître intérieur selon Marc Aurèle, que peut, et doit, adopter tout homme, à fortiori lorsqu’il est dépositaire du pouvoir.
« Saint Louis, allant en pèlerinage de par le monde visiter les sanctuaires, et entendant la réputation de sainteté de frère Gilles, un des premiers compagnons de saint François, décida à le visiter en personne. Pour cela, il vint à Pérouse et arrivant à la porte du couvent des frères comme un pauvre pèlerin inconnu, il demande frère Gilles avec grande instance, sans dire au portier qui le demandait. Le portier va dire à frère Gilles qu’il y a à la porte un pèlerin qui le demande et il lui fut en esprit révélé par Dieu que c’était le roi de France. Aussi avec grande ferveur, il sort aussitôt de sa cellule et court à la porte ; sans rien demander, sans que jamais ils se fussent vus, avec une très grande dévotion, ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre en s’agenouillant, se baisant avec beaucoup de familiarité, comme s’ils avaient entretenu ensemble depuis longtemps une très grande amitié. Mais pendant tout cela, ils ne parlaient ni l’un ni l’autre, mais se tenaient ainsi embrassés, en silence, donnant tous ces signes de charité et d’amour. Étant ainsi restés un long espace de temps en cette étreinte, ils se quittèrent, sans se dire une parole. Et saint Louis continua son voyage et frère Gilles retourna à sa cellule. » (Chapitre 35)
Le récit indique que Saint-Louis reparti consolé de cette effusion. L’enseignement de cette historiette est que c’est autant pour ses qualités propres que pour la qualités des relations qu’il a nouées avec ses semblables que le souvenir d’un homme est retenu par l’Histoire. Aussi haut que le destin l’ait placé, un homme ne vaut que pour la justice, la bonté et la raison de ses actes.