« Flâneries 2023 » – # 191 – « Au hasard de Marcel Proust »


Marcel Proust est né un 10 juillet, en 1871 alors que la France, Paris, pansait encore les plaies des deux mois de soulèvement de la Commune de Paris. Il est né chétif, maladif, mais son œuvre irrigue encore l’histoire littéraire française, francophile ; mondiale. En effeuillant le pavé de deux mille quatre cents pages en papier bible d’À la recherche du temps perdu, au hasard, une phrase dans le premier du Côté de Guermantes s’est imposée au regard : « Un artiste, si modeste qu’il soit, accepte toujours d’être préféré à ses rivaux et tâche seulement de leur rendre justice1. » Rendre justice, c’est ce que fit Madame de Villeparisis, en train de peindre sous le regard de ses admirateurs : « Ce qui vous fait cet effet-là, c’est qu’ils peignaient des fleurs de ce temps-là que nous ne connaissons plus, mais ils avaient une bien grande science1. » Peu importe, l’avant ou l’après, le contexte de cette déclaration. Ce qu’il faut retenir, c’est son honnêteté qui peut servir de leçon. Et en ce jour de 2023, le hasard qui a permis de tomber sur ce trait sert bien l’esprit qui habite la France depuis la terrible semaine d’émeutes qu’ils ont eue à vivre, à supporter et à encaisser. Les Français, comme Madame de Villeparisis, tentent sans cesse de faire de leur pays une œuvre d’art, cependant, leur inspiration est en berne parce que ce qu’il leur est contemporain est d’une laideur affligeante. Alors, nostalgiques, inquiets voire angoissés de tout ce à quoi une minorité voudrait leur faire renoncer, ils se raccrochent au passé, aux anciens Maîtres. Les Français connaissent encore tous les noms de ces artistes qui ont porté la réputation de leur pays au zénith. Ils connaissent toute la science de chacun d’entre eux dans son domaine et ils ne veulent pas que l’incurie des petites frappes qui ont mis le pays à feu et à sang, repeigne en noir la belle image qu’ils ont d’eux-mêmes et qu’ils veulent laisser à leur postérité et au monde. Ce que les Français aujourd’hui humiliés veulent, dans leur grande simplicité, c’est qu’on leur rende justice en leur reconnaissant tout cette science, tout ce génie, ces fleurs que ni l’élite politique, ni la lie des quartiers perdus ne connaissent plus ; s’ils ne l’ont jamais connue ou même voulu la connaître.

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