« Flâneries 2023 » – # 194 – « Qu’est-ce que vous voulez ? J’allais partir. »


Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri.
« Qu’est-ce que vous voulez ? J’allais partir » en fut la proposition.

  • « Qu’est-ce que vous voulez ? Ah, le titre ! C’est J’allais partir, un poème de Théophile Gautier. »
  • « Le sujet ? »
  • « L’amour. »
  • « Encore ! C’est assez courant en poésie. C’est un thème qui plaît bien et qui rapporte. C’est quelle époque ? »
  • « Le XIXème. »
  • « Et que se passe-t-il dans cette poésie ? »
  • « Oh, je crois que c’est une femme qui voudrait retenir un homme qui lui dit : « j’allais partir ». Elle noue un fil d’or au bouton de sa veste. »
  • « Ça prend combien de vers pour expliquer tout cela ? »
  • « Une petite quinzaine. »
  • « Il y a de jolis passages ? »
  • « Oui. Tout est bien dit en peu de mots. »
  • « Vous avez un échantillon ? »
  • « Si vous partez mon cœur s’arrache. »
  • « C’est pas mal dit. Cela fait son effet. Il n’y a pas de doute, certains ont l’art. Cela rend mieux que : « je serai triste ». Là, ce n’est pas assez convaincant. Cela encouragerait à ce qu’il s’en aille le gars. »
  • « Oui ! La dame exprime bien sa douleur avec « s’arrache ». J’espère quand même que cela vaut la peine qu’elle mette son cœur à si forte enchère, parce que, si le gars sort juste pour aller gagner sa croûte ou pour une petite virée, c’est exagérément dramatique. Ce ne serait plus un fil doré, ce serait une laisse. Mais bon, on est dans le romantisme du XIXème ! »
  • « À mon avis, cela sent quand même un peu le roussi. Remarquez, avec « j’allais partir », il essaye le ménagement, il est diplomate. Il laisse au moins au cœur une demi-seconde avant de s’arracher ! »
  • « Oui. On peut voir ça comme cela. De toutes les façons, les amours qui finissent causent des dégâts. »
  • « Il y en a qui préfèrent les méthodes radicales. Peut-être qu’ils pensent que cela fera moins mal, comme pour une blessures dont on enlève le pansement d’un coup sec. Les portes qui se ferment avec détermination ou qui claquent, c’est net et sans éclaboussures. Cela évite les pleurs et les discussions sans fin. Moi, je ne saurais pas y faire avec des mots, mais c’est vrai que je ne suis pas poète. »
  • « Oui, mais dans le poème, là, à la fin, le gars dit qu’il reste. Sûr que, elle, elle doit être poète ! »

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