
Louis XVI devint Roi de France le 10 mai 1774 et fut couronné le 11 juin 1775 en la cathédrale de Reims. Pas ici donc ; pas à Saint-Denis. Quatorze années plus tard, le 4 juin 1789, il perdait l’aîné de ses deux fils, alors âgé de seulement sept ans : le dauphin Louis-Joseph. C’est la raison pour laquelle, effondré, il n’assista pas aux séances des États généraux ouverts le 6 mai ; personne ne lui fit charité de ce deuil. L’agitation populaire conduira à la journée du 14 juillet où tomba la forteresse de la Bastille, symbole d’un certain arbitraire royal. Toute le système monarchique s’effondra, jusqu’à l’assassinat du souverain en Place de Grève, le 21 janvier 1793. Il n’avait que trente-huit ans.
Si le 14 juillet est devenue une journée de fête nationale pour la République, c’est un jour à mépriser pour les Royalistes et les nostalgiques de l’Ancien Régime. Il y a donc une certaine ironie à se rendre dans la crypte des Rois de France précisément ce jour-là, plus particulièrement encore à quelques jours de temps des émeutes de fin juin dernier qui ont ravagé la France ; comme une autre, une énième, révolution dont les Français ont le secret. Au pied de la basilique de Saint-Denis, au nord de Paris, tout témoigne de ce qu’est devenue la France et ce qu’elle fait de son Histoire. La basilique, multiséculaire, qui a tant à raconter, est défigurée, balafrée par des échafaudages, perdue au milieu de travaux de voirie, de bâtiments publics et d’immeubles de logements sociaux inesthétiques et décrépits. Elle fait face, livrée à l’indifférence d’une foule bigarrée, à la rue qui fut certainement le débouché de la Voie Royale qui menait des portes de Paris jusqu’à son seuil. Il faut une certaine détermination pour venir jusque-là, pour supporter la cohue compacte de la ligne 13 surchauffée du métro. De mauvais visages louches s’offrent au regard dès la sortie de la station et les foulards sur les têtes ne rappellent en rien les parures des belles du Moyen-Âge français. C’est par ce drôle de décor qu’il faut se frayer un chemin pour accéder à la nécropole royale.
L’alignement des gisants n’attirent plus que les plus français des Français et bien sûr ceux des étrangers qui sont férus des lieux emblématiques de notre Histoire nationale. À tout autre, le lieu n’inspire aucun respect particulier. L’hôtel de ville, mitoyen, célèbre des mariages en boubous et tamtams ; le vaste parvis se prête particulièrement aux déhanchés. Au loin, l’enseigne d’un kebab clignote avec arrogance. Autour, les parlures étrangères dominent. Le mieux alors est de se saouler des notes du requiem de Neukomm à la mémoire de Louis XVI.