« Flâneries 2023 » – # 197 – « De jour comme de nuit »


Jacques Prévert écrivait :

« La Seine a de la chance
Elle n’a pas de soucis
Elle se la coule douce
Le jour comme la nuit1 »

Le dimanche au bord et au gré de l’eau, même avec le tumulte de la ville en fond sonore, il est facile de reprendre à son compte ces quelques vers :

« J’ai de la chance
Je n’ai pas de soucis
Je me la coule douce »

Refrain auto-suggestif dérisoire puisque qu’il faut à cette prose soustraire le jour comme la nuit, comme nous, les Hommes, ne disposons ni de la même liberté ni de la même insouciance, et qu’il nous en faut un peu plus pour se la couler douce ; cela ne nous va pas de soi. Rien ne nous dépasse comme un rêve, au milieu des mystères. C’est un art que nous devons toujours travailler, nous qui ne cessons de nourrir et de batailler à de vains projets. À ce jeu, la Seine, les fleuves, toutes les rivières, nous battent ; ils nous inspirent ce qu’inspirent les mirages : la possibilité d’une soif étanchée. Possibilité toujours repoussée tant la nôtre est inextinguible. Si leur débit, faute de pluies, se réduit, c’est peut-être moins pour nous punir que pour nous montrer l’exemple, pour nous prévenir des dangers qui nous guettent : les éléments qui semblent inépuisables se tarissent un jour où l’autre. L’eau, elle sans qui aucune vie n’est possible, nous avertit que la sécheresse menace, qu’elle est la seule à pouvoir éteindre les feux qui dévorent la planète. Si l’eau, la Seine, les fleuves et les rivières, coulent toujours dans un sens, le même, sans jamais pouvoir en inverser le cours, nous, nous le pouvons ; nous avons la chance de pouvoir changer la donne. Pour y parvenir, il faudrait justement apprendre de l’eau, redonner du lest et de la douceur aux choses, de jour comme de nuit.

1 – « Chanson de la Seine » ; Jacques Prévert, « Spectacle », 1972

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