
Pendant quatre heures, on vit au rythme de Scarlett O’Hara. Autant en emporte le vent, vu et revu dix, vingt fois, ne vaut jamais autant que sur grand écran. Dans l’air du temps, où les grands esprits de ce monde pensent que le commun, la plèbe, n’est pas assez cultivé, éclairé et mature pour comprendre les avers de l’Histoire et pour replacer les évènements racontés dans le contexte de leur époque, avant toute image, est imposée une leçon de morale : « Autant en emporte le vent est un film de son temps et dépeint des préjugés raciaux et ethniques malheureusement largement répandus dans la société américaine à l’époque. Ces représentation étaient inacceptables à l’époque et le restent aujourd’hui. Pour bâtit un futur plus juste, équitable et inclusif, nous devons commencer par reconnaître et comprendre l’Histoire. »
Il ne semble pourtant pas que ce soit pas pour cet aspect du film que les cinéphiles s’étaient déplacés. Il n’y avait pas plus de voyeurisme complaisant que de dessein militant. Tous riaient de bon cœur, sans arrières pensées racistes, aux traits simples des personnages, noirs ou blancs, et tout particulièrement aux saillies de Scarlett O’Hara et Rhett Butler. Il y a tant de féminité capricieuse chez elle et tant de virilité raisonnée chez lui, que c’est surtout aux péripéties de leur idylle que l’on s’attache. Certes, l’insouciance de la société esclavagiste des États sudistes, prise sur la peine et la contrainte d’une poignée d’hommes et de femmes noirs, met mal à l’aise tous les esprits de 2023. Mais c’est moins cela, qu’une certaine élégance, qu’une certaine tenue qui importe. On ne peut que s’emballer devant les crinolines et les dentelles de l’héroïne. C’est aussi le jeu entre l’indépendance, la force de caractère de Scarlett mis face à l’impuissance de Rhett à la convaincre de son amour qui tient en haleine.
Le film, en pointillé, rappelle, simplement, que rien en ce monde ne résiste à l’injustice et à l’aveuglement. Toutes les sociétés qui se sont entêtées à brimer leurs semblables et qui ont refusé de s’amender ont été défaites. Cela, les hommes, comme les spectateurs, le savent sans qu’il soit besoin que de leur rappeler.