« Flâneries 2023 » – # 199 – « Absorber la masse »


34 148 millions1 de voyageurs au kilomètre dans les transports collectifs urbains d’Île-de-France en 2019. C’est un constat froid, un chiffre plaqué sur la page du site du Ministère de la Transition écologique ; rien qui ne leur rende vécu ou ne leur donne chair. C’est individuellement, à son corps défendant, que l’on sait que l’on est dans le trop, dans l’excès et que cela n’est pas normal. Voyager sur la ligne 13, dont l’heure de pointe dure quasiment toute la journée, illustre cet excès et cette anormalité qu’amplifie la chaleur estivale. S’il ne s’agissait que de la cohue qui s’engouffre et s’entasse dans les rames, il serait possible de se dire que c’est un mauvais moment à passer. Mais, des pannes diverses et multiples doublent la peine. Reliant les extrêmes nord et sud de la capitale, deux pôles de grandes activités économiques, en passant par les Champs Élysées et la gare Montparnasse, la ligne est une artère incontournable. Les autres lignes de métro, le RER sont affectés des même maux : la saturation de voyageurs. Le trafic, les moyens, ne parviennent pas à absorber la masse ; ils la subissent. Dans les rames entre Saint-Denis et Champs Élysées-Clémenceau, c’est le grand silence ; un grand silence pesant de troupeau. La touffeur, les odeurs, sont insupportables. Lorsque que le convoi s’immobilise en plein tunnel dans un freinage sec, tout se fige en une seconde, puis les visages se lèvent les uns après les autres dans l’attente d’une annonce, d’une explication : coupure de courant, panne d’alimentation. Punition : dix minutes dans ce sarcophage à peine éclairé de lumignons. Un supplice. Ce scenario constitue le quotidien, sur cette ligne et les autres, de millions de voyageurs chaque jours. Ils n’ont pas d’autre choix. Et de penser que Paris, les grandes villes, sont devenues des étouffoirs, des broyeuses, trop peuplées et que des milliards investis pour allonger, prolonger, dévier, interconnecter le réseau de transports collectifs urbains ne résultera qu’une amplification de ces flux. C’est la source, le monde, la masse, dont il faut s’occuper d’abord, dont il faut maîtriser la croissance.

1 – Sources : Ministère de la Transition écologique ; « Chiffres clés du transport – Édition 2021 »

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