
« Amazing ! » Combien de fois cette adjectif est-il utilisé dans le film Barbie ? Indénombrable. Pourtant il ne s’agit, au départ et à l’affichage, « que » de l’histoire de la poupée Barbie. Mais ce serait trop simple, n’est-ce pas, venant d’une production américaine, pour le coup sûre d’elle-même à un point d’arrogance inégalé ! La vraie surprise est venue de la considérable affluence pour cette première journée de sortie du film. Surprise amplifiée par la nature : toutes les générations représentées, et l’enthousiasme, pré-acquis, du public. J’aurais dû m’habiller en rose poupée ; j’aurais été parfaitement dans l’ambiance ! Il y avait même une arcade de ballons rose pétard à la porte de la salle.
Pour ce qui est de la réalisation du film : effets spéciaux, maquillage, décors, chorégraphies, souci du détail, il n’y a rien à redire. Tout est époustouflant. Ryan Gosling, même en Ken blond peroxydé, est diablement sexy, convaincant sans pour autant porter à trahir ma nette préférence pour les beaux bruns. Bon, j’avoue qu’il danse incroyablement bien ; je ne garderais que cette séquence pour réchauffer mes soirées d’hiver. Quant à Barbie, Margot Robbie, elle compose à la perfection tout ce que l’on connaît de la poupée, jusqu’aux mensurations, à certainement quelques retouches d’images près quand même. Tout ceci est tellement bien fait que l’on pourrait se croire dans une pub pour une lessive et en oublier les autres degrés de lecture du film ; seuls des pré-ados déculturés pourraient s’y laisser prendre.
Mais, avec un peu de recul, avec l’avantage de mon âge canonique, la cinquantaine, et le plus large spectre culturel que cela induit, ce film est ouvertement militant ; totalement biaisé, même. En filigrane, la finalité de la création de la poupée Barbie est portée par l’apparition dans le récit du film par sa créatrice elle-même, Ruth Handler : grâce à elle, des millions de petites filles ont pu s’imaginer médecin, juge, plombier, sénatrice ; bref, se projeter dans tous les secteurs et activités qui étaient, jusqu’à une certaine époque, les pré-carrés du patriarcat. Rien moins que ça !
« Patriarcat » ! Le mot est jeté ! Et le rideau se lève sur l’intention réelle du film. Une caricature à humour forcé de la relation homme-femme. Parfois, on rit et juste après on comprend et on regrette. Tous les clichés, tous les poncifs, sur les misères des femmes, sur la domination masculine, sont égrainés à un rythme effréné, sans être inclus dans la moindre suite réflexive ; ils semblent sortis de nulle part. Ce film est une apologie d’un féminisme basique et criard de combat, sans qu’il soit fait la moindre part au féminisme de réalisation, celui des Marie Curie, des Simone Weil (la philosophe) ou ne serait-ce même d’Audrey Hepburn.
B pour du grand bullshit bien emballé ; c’était quand même sympa de voir autant de rose sur grand écran. Mais, bon, cela ne me fera pas devenir ou rejouer à la poupée !