« Flâneries 2023 » – # 202 – « Ce soir, une nouvelle personne arrive … »


Travail réalisé en atelier d’écriture avec des compagnons de la nuit, ceux qui n’ont pas forcément d’abri.
1ère partie : « Ce soir, une nouvelle personne arrive. Qui est-ce ? »
2nde partie : « … et soudain, nous plongeons dans l’obscurité. Que se passe-t-il ? »

Ce soir, une nouvelle personne arrive. C’est toujours un peu comme cela, c’est naturel, de regarder celui ou celle qui descend le petit escalier en colimaçon comme si c’était une première fois. On écoute le pas, le souffle, l’intonation de la voix ; il y a quelques instants de suspens et puis on reconnaît. Cela ressemble aux matins, lorsque l’on ouvre les fenêtres et ensuite les volets pour découvrir le ciel, sa couleur ; pour apprécier le temps qu’il fait. On ouvre chaque matin les yeux, soit environ 29 000 fois dans une vie. Cela peut devenir une morne mécanique ou être l’occasion d’une fête, d’une modeste fête quotidienne. Même les jours gris, même les jours brisés, même les lendemains de pas-de-fête. Oui, chaque soir un nouveau Roger, un nouveau Serge, une nouvelle Tascha, fait son entrée. C’est amusant d’essayer de deviner d’où il arrive, ce qu’il a fait, ce qu’il a dans la tête. Cette fraîcheur, cet étonnement, ne dure pas longtemps. Dès que l’on se claque la bise, dès que l’on se serre les pognes, toute l’amitié jaillit.

***

Roger est en pleine forme, il blague à tout-va; Serge est monté en griller une, c’est son habitude; Tascha écrit consciencieusement, elle s’applique toujours. Comme chaque soir d’atelier d’écriture, tout est calme, concentré, studieux. Soudain, la lumière se coupe et nous plongeons dans l’obscurité. Après la seconde de surprise, la demi-minute de compréhension et la minute d’acclimatation, nous éclatons de rire tout en fouillant nos poches à la recherche de nos téléphones. Un, puis deux, puis trois : les lampions s’allument et un théâtre d’ombres s’anime. Un court instant, on s’en amuse. Comme la coupure dure un peu, qu’il n’y a rien à y faire et rien à faire d’autre que d’admirer nos feuilles, regarder nos plumes, sagement, docilement, nous reprenons nos mots et les couchons un par un sur le papier. Chacun ses rêves, chacun sa prose : ce soir de nouvelles œuvres s’écriront ici. On se les lira autour d’un cercle noir. Elles nous feront peur, elles nous feront rire, mais il ne manquera pas Roger pour clamer : « elle est pas belle, la vie ! »

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