« Flâneries 2023 » – # 204 – « Le chant de l’eau »


Autour, la foule des visiteurs est dense, un peu plus loin, plus ou moins selon un espace concentrique, on entend le vrombissement des voitures. Avec un peu d’effort de concentration, un certain détachement s’obtient, la magie de l’eau opère. Sa voix, comme celle d’une sirène, charme, fascine, emprisonne sans rencontrer de résistance. C’est Le Chant de leau d’Émile Verhaeren (Les blés mouvants, 1912) qui poétise cette extraction du monde :

« L’entendez-vous, l’entendez-vous
Le menu flot sur les cailloux ?
Il passe et court et glisse
Et doucement dédie aux branches,
Qui sur son cours se penchent,
Sa chanson lisse. »

Le prosateur fait l’éloge de la sensualité de l’eau en mouvement pour tous les sens : la vue, l’ouïe, l’odorat, le goût et bien sûr, le toucher.

« Oh ! les belles épousailles
De l’eau lucide et de la chair,
Dans le vent et dans l’air, »

Les sens cèdent à la fascination, la main se tend pour la ressentir vraiment ; elle trésaille de plaisir, comme la conclusion d’un jeu de séduction amoureuse. Une seule, mais complice, sentence ose être formulée :

« Et tout là-haut le ciel divin
Qui rit à la santé lumineuse des choses ! »

Fugace caresse de l’eau, un jouir sans entrave qui ne gêne en rien ni la contenance personnelle ni la placidité alentour, mais qui simplement libère une espièglerie instinctive.

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