« Flâneries 2023 » – # 205 – « Incohérences de la Génération Greta »


Bois de Boulogne depuis des semaines, bois de Boulogne ce dimanche matin. Jour après jour, footing matinal après footing matinal, s’est déroulé le feuilleton en plein d’épisodes de la grande foire qui s’est installée sur l’hippodrome de Longchamp. Cela n’aura pas lassé d’étonner qui suit, même d’un œil ou d’une oreille distraite, l’actualité de la Génération Greta, ces filles et ces garçons également étiquetés sous le vocable Génération Z et Alpha, nés après 1997. Le label Génération Greta est créé ici pour les particulariser encore plus précisément en ce que, récemment, ils se sont sentis appelés par les cris de Cassandre de la jeune militante écologiste sous influence Greta Thunberg à battre le pavé, à manifester leur colère, leur indignation et leurs angoisses contre le traitement réservé à la planète, pointant particulièrement la responsabilité de leurs aînés dans sa dégradation.

À lever un doigt accusateur, cette naïve jeunesse oublie de se regarder elle-même dans ses criantes contradictions et d’évaluer ses propres responsabilités. Pour ce festival Lollapalooza (mot sans origine définie ni signification établie), la première contradiction qui saute aux yeux ce sont les déchets, dont l’épicentre de concentration se trouve dans les centaines de poubelles débordantes ceinturant le site et dont la dispersion sauvage dans tous les taillis et sentiers remplace les inoffensifs cailloux de Petit Poucet par des centaines de cannettes de bière et de soda. C’est à y perdre les règles élémentaires d’un comportement écologique à défaut d’un civisme bien éduqué. La deuxième contradiction vient de la mobilisation pléthorique de matériels de spectacle, des tentes géantes aux barrières de sécurité en passant par les systèmes de billetterie et de contrôle informatiques. Première et deuxième contradictions qui justifient la troisième : tout cela ne s’est pas transporté tout seul, ni les matériels, ni les jeunes raveurs eux-mêmes. Il suffit de regarder les plaques d’immatriculation des camions, des autocars et des centaines de voitures stationnés dans un large périmètre : l’Allemagne, l’Europe et tous les départements français sont représentés. Sans compter les gigawatts nécessaires à sonoriser tout cela.

Pour qui parcourt régulièrement les allées et sentiers de ce fragile poumon vert de l’ouest parisien, déjà sournoisement grignoté et dégradé par les innombrables chantiers d’Anne et ses amis, le silence unanime des oiseaux résonne comme une condamnation de cette privatisation des lieux. Pour ceux qui appartiennent aux générations Y et antérieures, qui ont passé leurs deux mois de vacances scolaires sagement chez leurs grands-parents, à faire du picot, à rouler à vélo ou à collectionner les coquillages, ce saccage organisé par leurs accusateurs en culottes courtes, qui noient leurs angoisses ici à Paris dans la bière, qui éparpillent leur désespoir là-bas dans le monde à coup de billets pas chers et en tonnes de CO2, il y a comme une envie de réponse du berger à la bergère, de moquerie et pourquoi pas de retour de baffes. Toutes ces manifestations de l’incohérences de la Génération Greta font doucement rigoler, juste avant d’en pleurer. Le principe de frugalité, pierre angulaire de tout raisonnement écologique, a dû se dissoudre dans les méandres de leurs neurones pixélisés, applelisés, twitterisés, instagrammisés. Il y a in fine une jouissive ironie à mesurer l’abysse entre l’encensement politique international dont a bénéficié la muse suédoise sous emprise idéologique et la faiblesse d’appropriation matérielle et concrète de ses discours et adjurations par ses groupies. Si c’est là leur réponse à Woodstock, aux COP et à Davos, il leur reste encore un peu de chemin à parcourir ; le sauvetage de la Terre les attendra sûrement.

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