
« Venez admirez mes estampes ! » Cela pourrait être une invitation libertine et c’est parfois le cas au fil de l’exploration d’une partie inédite de l’œuvre d’Edgard Degas : ses différents travaux de gravure et photographie, exposée à la Bibliothèque nationale de France – Richelieu. Degas était un habitué des maisons de plaisirs. On se croit amateur d’Art éclairé, on s’anticipe blasé, mais, toujours, l’on est surpris par le foisonnement créatif des artistes. Qu’ils soient prioritairement affichés peintres, sculpteurs, photographes, il existe toujours en coulisse un ou plusieurs autres modes d’expression, qui nourrissent le principal. Le pinceau, oui ; mais avant l’application des couleurs, il y a le dessin. Traits tracés et sans cesse retouchés, toujours en recherche d’une technique qui réponde mieux, différemment, à une curiosité naturelle, à une créativité insatiable ; qui stimule la quête de perfection esthétique. Edgard Degas, dans cette dynamique, a exploré tous les procédés de gravure sur métal, mais, chez lui, on décèle le perpétuel travail préalable du dessin, la couleur y vient, plus tard, par touches discrètes, rares. En incipit de l’exposition figure une citation apocryphe de cet avant-gardiste : « Si j’avais à refaire ma vie, je ne ferais que du noir et blanc. » La raison pourrait en être, même pour un profane, que la qualité du trait laisse à l’observateur, la liberté d’interpréter la couleur, de l’imaginer, de l’ajouter lui-même, ou de se contenter des teintes offertes à son regard. Dans les différents techniques expérimentées par Degas, parfois en les associant, se ressent une grande insatiabilité de vérité artistique unique et personnelle. Cette insatiabilité se manifeste dans la multiplication des versions, des tirages : des états. Chaque modification fait passer une estampe d’un état à un autre : 1er, 2ème, … Et à chaque fois, se déploient une nouvelle image, un autre univers ; une nuance subtile de cette image, une déclinaison de cet univers. C’est ainsi que l’on réalise que le noir et le blanc sont multiples ; qu’ils composent à eux-seuls une palette infinie, presque pure, proche du vrai. Le noir et le blanc sont juste suffisants à capter le temps qui passe si rapidement. Les variantes à l’estampe sont une tentative, bien vaine, de sa capture à sa plus fine échelle, sa rétention peut-être, mais qui marquent avant tout sa volatilité.