
Tous les Français ont découvert ces derniers jours la signification d’un élément de jargon policier, le code 562. Celui-ci équivaut à « position d’attente », plus précisément un recentrage des forces de l’ordre sur leurs seules activités dites « essentielles », soit les appels au 17 : Police Secours. Dans l’impossibilité statutaire de faire grève, ce mouvement de retrait, initié par les Policiers marseillais, fait florès. Il faut saluer les appuis qu’ils ont reçu de leur hiérarchie : Frédéric Veaux, Laurent Nuñez et de leur Ministre, Gérald Darmanin.
La tentation immédiate d’une chroniqueuse aurait pu être de traiter ce mouvement par l’humour, dans le style Fernand Raynaud et son « 22 à Asnières ». Cela aurait pu donner :
- « Monsieur, s’il vous plaît ? Je voudrais le 11 à Paris. Ououh ! Monsieur ? Hep ! S’il vous plaît ? Monsieur ?
- Vous voyez pas que je suis en train de faire mes totaux, non ? Et je peux vous assurez, y’en a des totaux à faire ces derniers jours ! Vous allez me faire manquer des carcasses calcinées.
- Pardon, excusez-moi ! C’est à votre guichet qu’il faut s’adresser pour parler à quelqu’un ? Mais pourquoi vous ne répondez… ! Monsieur ?
- Ohhhh ! Mais pas encore, vous êtes pas tout seul ici, non ! Y’en a du monde qui languit ! Qu’est que vous voulez ?
- Je voudrais téléphoner.
- Je sais bien, c’est écrit téléphone au-dessus de mon guichet. Qu’est que vous voulez ?
- Je voudrais le 11 à Paris.
- Allô ! Aïoli mon Fredo ! Je t’ai reconnu à la voix ! Comment vas-tu ? Ici c’est Marius à Marseille. Ça va ? Oh mon Dieu, ça gansaille ! Ben où c’est que t’as été ces derniers jours ? Aux émeutes ? Encore ! Oh ben sûr que moi aussi j’y étais ! C’était la grosse panade, mais j’ai pas eu le choix ! Et tes collègues ? Y sont malades ! Oh, ben c’est que ça marronne grave alors ! »
Mais l’humour, s’il allège, dédramatise, ne résout pas tout et souvent il escamote les enjeux. Pour les simples civils, soit la quasi-totalité des Français, qui ne voient que la partie biaisée-médiatisée de l’iceberg qu’est l’insécurité dans leur pays, des villes aux banlieues et aux campagnes profondes, qui ont tant de difficulté à comprendre les ressorts de l’action de ceux qui les gouvernent, bien qu’ils en subissent toutes les conséquences à commencer par celles des émeutes du début du mois de juillet, il semble y avoir une large, mais muette, approbation de la mise en retrait d’une grande partie des Forces de l’ordre. C’est vrai qu’entre la minute de silence pour le délinquant Nahel à l’Assemblée nationale et l’indifférence pour les Enzo, Anissa et le suicide récent du Policier à Anglet, les Français ont de plus en plus de difficultés à admettre ces déplacements indécents du curseur du Droit et de la Justice, à tolérer cette compassion à racialisme à sens unique.
Une petite rengaine revient souvent dans les discours : la peur doit changer de camp. C’est le moins que les citoyens français puissent exiger, tant la sécurité est la condition première de la liberté. Mais il n’y a pas que la peur qui doit changer de camp, et c’est en cela que la mise en position d’attente des Forces de l’ordre inspire les Français. C’est plus largement la grille de lecture qui doit changer de logique. Les Forces de l’ordre demandent qu’on leur accorde prioritairement le bénéfice du bon usage de ce qu’on appelle la violence légale dans leurs missions. C’est-à-dire que l’on considère que dans la quasi-totalité des cas, ils agissent avec la bonne mesure, qu’ils apportent une réponse proportionnée aux infractions et délits. Ils souhaitent qu’on les considère, qu’on les traite avec un crédit toujours supérieur à celui des délinquants.
Pour les Français, c’est pareil. Ils aimeraient, ils appellent de leurs vœux, que ceux qui les gouvernent se réfèrent d’abord à la majorité d’entre eux qui vivent et agissent dans le strict respect des lois, qui ne récriminent pas, qui ne geignent pas. Les Français en ont assez que les politiques, LFI-Nupes en tête et, juste après, toute la clique médiatico-artistique financée grâce aux impôts et à l’intermittence, s’agenouillent devant les récriminations, les exigences, les plaintes incessantes de nombreuses minorités, ces grands diviseurs du Pacte commun. Tous ceux qui se soumettent au cadre général comprennent combien la multiplication des assouplissements, des dérogations et des laisser-faire le font imploser et exploser. Ce cadre général, c’est le Pacte républicain, référence qui implique que chacun mette de côté ses particularités et exigences individuelles pour servir le Bien commun.
Ces Adama, ces Sy, ces Sandrine, ces Jean-Luc, ces Rébecca Chaillon et Nick Conrad qui incitent à embrocher des bébés blancs, les Français demandent au Pouvoir de les dénoncer, à la média-culturo-sphère de les dénoncer. Ils veulent aussi entendre que le pays est extrêmement accueillant et généreux avec tous ceux qui viennent y vivre, sans toujours en avoir demandé l’autorisation et subséquemment, ils veulent que soient condamnés sans faillir ceux qui, au nom de Nahel, pillent et saccagent, détruisent les fruits directs de leur travail et indirects de leurs impôts. Les Français, comme les Forces de l’ordre, sont aujourd’hui en Code 562 et c’est là, non seulement une position d’attente, mais bien plus une attitude de défi pour un nouvel « en même temps » : gouverner en fonction et à la faveur de ceux qui marchent dans les clous et en opposition et au discrédit de ceux qui en sortent.