« Flâneries 2023 » – # 212 – « Indices météo »


En 1780, Philippe-François-Nazaire Fabre, plus communément appelé Fabre d’Églantine, crée le livret de l’opéra-comique titré Laure et Pétrarque. Ce sont deux indices météo bien estivaux, ironie incluse bien sûr, un escargot et une limace, émoustillés par une suite ininterrompue de jours de pluie, qui ont amené à l’esprit le refrain emprunté à cette œuvre : « Il pleut, il pleut bergère, Rentre tes blancs moutons. » Sous la pluie, l’humeur n’était pas du tout à la grivoiserie explicite de cet air. Dire qu’il est devenu une comptine que l’on fait seriner aux enfants dès leur plus jeune âge ! Il s’agit en réalité d’un chant révolutionnaire à la chute grivoise. Notez qu’avant d’avancer et clore ce propos sans queue ni tête, j’ai placé dans un ordre précis les deux gastéropodes : le royal escargot et la noble limace. En effet, digression météo oblige, biais révolutionnaire introduit, il n’est pas possible de traiter ces limaçons sur le même plan. Surtout lorsque l’on chantonne un air subversif. Bref, en quelques mesures, Fabre d’Églantine avisait non seulement la Reine : Marie-Antoinette en son hameau, les moutons représentant les perruques poudrées en vogue, mais aussi la noblesse, que le temps se gâtait. Qu’il allait y avoir du grabuge, qu’ils allaient tous avoir chaud aux fesses. Mais les messages se diluent bien trop quand les mélodies sont trop bien faites : c’est ce qui explique certainement que, dix-huit ans avant la Révolution, la mise en garde n’ait pas été entendue et que deux cent quarante-trois ans plus tard on tente toujours d’endormir et d’égayer les marmots avec cette scie alors qu’en principe elle devrait les dresser contre l’ordre établi. Reste le constat navrant d’une météo pourrie qui chagrine les esprits et malmène nos désirs d’été, de peau au soleil et de rosé-piscine. Être poète et devin ne porte vraisemblablement pas chance, pas plus à Cassandre qu’à Fabre d’Églantine ; elle, restera inaudible, lui, sera guillotiné. D’ailleurs, Danton, qui ne manquait ni d’esprit, ni d’à-propos, consola l’insolent en chemin vers l’échafaud, qui désespérait plus de ne plus pouvoir versifier que d’avoir la tête tranchée : « Ne t’inquiète donc pas, dans une semaine, des vers, tu en auras fais des milliers… ». Et, pour nous, pour consoler notre présent, sans l’humour de Danton il nous reste la gaillardise du révolutionnaire : « En corset qu’elle est belle, (…) Eh bien voilà ta couche, Dors-y bien jusqu’au jour, Laisse-moi sur ta bouche, Prendre un baiser d’amour, Ne rougis pas bergère, (…). » Au XVIIIème comme maintenant, la pluie ne réussit pas aux méninges ; l’avantage avec elle, c’est que, de bientôt noyer et votre humeur et vos plaisirs, elle vous l’annonce crûment.

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