
La stèle, supportant une croix chrétienne, ponctue le lacet d’une route perdue dans les collines héraultaises. Comme les calvaires et les niches, saintes ou mariales, que l’on trouve par centaines en France, le long des routes, à la croisée des chemins, sur les petits comme sur les hauts sommets, ce petit reposoir, il y a encore quelques années, était à l’abandon, envahi par les broussailles. Seules d’épaisses et tentaculaires ronces lui rendaient hommage. L’intuition que cet aménagement avait, du moins avait eu, un sens précis pour quelques natifs désormais, soit disparus, soit dans l’incapacité de venir l’entretenir, a motivé l’envie de prendre le relai, de revenir souvent armé d’une cisaille, d’une bêche, pour contrecarrer cette décrépitude, cet enfouissement dans l’oubli. Il ne s’agissait pas de remettre à neuf, mais simplement de reprendre quelques droits à la nature. Ce travail, réalisé à la vue et au su de tous, et surtout des rares automobilistes qui sillonnent cette artère vicinale, a certainement dû rappeler ce lieu à leur bon souvenir et susciter un bon élan. Quelle surprise ce matin de voir tout cela remis à neuf : bloc de marbre lisse et brillant, croix repeinte, sans aucune mauvaise herbe autour. Peut-être que les quelques gestes répétés d’attention, rendant la stèle au regard, ont réveillé des souvenirs, la raison de cet humble site de pèlerinage ? Aucun nom, aucun ex-voto ne singularise cette invitation au recueillement juchée en haut de quelques marches et flanquée de part et d’autre de petites haies de buis au feuillage tout à fait ragaillardi, maintenant lisse et doux. La croix domine la perspective. Sa branche horizontale dessine la limite entre le domaine terrestre marqué par la frondaison des châtaigniers et le seuil des cieux. Sa branche verticale, pointée vers le couchant, guide le regard vers l’horizon, très bleu aujourd’hui ; elle invite à voir plus loin, à envisager l’infini. Toute foi, toute aspiration spirituelle, même sans être inscrites dans les pas du Christ, ne semblent pas ainsi s’être perdues.