
On pourrait y célébrer la messe, les chants s’élèveraient pour retomber en trombes de notes, après avoir rebondi sur l’arrête des croisées, après avoir glissé le long des puissantes ogives. C’est cependant la mélodie des grains versés, des bottes de paille jetées qui des années durant a résonné sous la voûte majestueuse de cette simple grange enchâssée le long des carreaux de blés et à même le sol schisteux. Ici, la pierre est hostile, rétive à la taille, rebelle aux fondations profondes. On l’utilise presque sans retravail. C’est le torchis épais, le ciment sableux des rivières qui la font tenir. À l’extérieur, les murs reposent sur des contreforts massifs, donnant à ce corps de ferme des allures défensives. Les tuiles de terre cuite épaisse s’alignent sagement du faîtage jusqu’au long ruban de lauzes grises. Leur rouge s’est patiné avec le temps ; sous les ardeurs du soleil, au ruissellement des neiges et des pluies, il décline des nuances d’ocres et de bruns. Quelques mousses et herbes folles y élisent domicile. Un mulot, peut-être un campagnol, furète à la recherche de grains depuis longtemps disparus ; seul ses piétinements résonnent. Quel honneur fait au travail des champs que ces ogives rurales où le soleil ne rentre pas sans y être dûment invité. C’est fête quand, le fenestron entrouvert, la puissante lumière entaille la douce pénombre et révèle le charme pieux de cette chapelle aux foins et aux grains.