
En ancien français, « garrigue » signifiait terre inculte. Ce n’est pourtant pas ce qui vient à l’esprit lorsque l’on prononce ce mot. Immédiatement à l’entendre, des parfums surgissent, des images s’imposent, des contes et des histoires sur papier voient leur décor s’animer. Cela sent la pierre chaude, le buis, le romarin et le thym. La mule du Pape prend son temps, les petits lapins de Daudet détalent soudain, Marcel appelle son frère Paul pour venir jouer aux Indiens, Manon pousse ses chèvres à travers les buissons. La pluie manque, tout crisse, tout pique, les olives sont minuscules et sèches. Un figuier résiste et offre généreusement ses fruits bien mûris. Bientôt, le soleil va tomber, on pressent les premiers rougeoiements. Le chant des cigales se fait plus doux avant de bientôt s’éteindre. Au loin, les tours de l’abbaye de Montmajour imposent leur majesté. Pour un peu, on dirait que rien n’a jamais changé, que le paysage est aujourd’hui tel qu’il a toujours été, avec un peu de l’homme, juste ce qu’il faut pour beaucoup d’harmonie.