
Béziers ! Le parvis et les abords de la gare sont affreux. C’est ici un exemple banal d’un lot commun à – presque – toutes les villes de France, que celles-ci soient de grands pôles ou de petits centres. Le fonctionnel prime sur toute réflexion esthétique, autant pour le détail que pour l’ensemble. Rare est le parti qui ménage en même temps et avantageusement les caractéristiques de la gare et de la cité. Souvent, aux bâtiments anciens en pierre de taille et à la toiture cossue, les municipalités ou la SNCF ont cru nécessaire d’ajouter des extensions, des surtouts, des excroissances, modernes, masquant de fait leur charme, ruinant par-là leur valeur patrimoniale, négligeant souvent de les restaurer comme ils le mériteraient. Il règne presque toujours une grande anarchie de parkings, d’arrêts de bus, de dessertes encombrées, de bistrots mal tenus et de salles d’attente vétustes. Les herbes folles se disputent les voies, les rails, les quais, les sols, avec les mégots et les papiers gras. Toute une foule hybride mêle les trimards tatoués, barbus, piercés, hirsutes, leurs chiens sans race aux étrangers perdus et aux dadames apeurées. Il y a presque toujours des relents douteux d’un kébab dans les parages.
Béziers ! Nous sommes bien dans une ville méditerranéenne, occitane. Si les platanes portent encore beau sur le parvis, la première impression sème le doute sur la suite de la promenade en ville. Pourtant, immédiatement, les soupçons sont balayés. La ville est parfaitement tenue. Pas un papier ne traîne ; on pourrait presque manger par terre. Les flonflons de la grande feria se baladent dans les allées serpentines du grand parc des Poètes. Chacun, vêtu de blanc, arbore un foulard rouge savamment noué autour du cou. Tout chante gaiement. Le fumet safrané des encornets à la biterroise et les arômes de thym et de laurier d’une gardiane de taureau mettent en appétit.
Béziers ! La chaleur est pesante, les lacets tortueux des ruelles offrent un peu d’ombre. Les yeux que ce clair-obscur reposent tout juste sont pris de front par l’éclat du soleil se reflétant dans la masse calcaire de la cathédrale et de son parvis. Quelle fraîcheur sublime sous la nef gothique de Saint-Nazaire-et-Saint-Celse pour prier quelques instants avant de ressortir dans la fournaise. Clin d’œil rapide à l’Orb avant de balayer du regard la plaine languedocienne, des Pyrénées lointaines et brumeuses aux collines du Somail, du Minervois et de la Montagne noire.
Béziers ! Avant d’en partir, ne pas oublier, toujours dans les allées fleuries du grand jardin qui redescend vers la gare, de saluer Jean Moulin, la stèle élevée à la mémoire de cet enfant du pays mort en martyr pour la France.