
La meilleure façon de se délivrer d’une tentation, c’est d’y céder. Un premier soir, dans les chemins pierreux et broussailleux, griffant, de la garrigue, il n’y avait personne à qui demander la permission. Elles s’offraient, là, seules, risquant tout juste, avant les inévitables pourrissement et dessèchement, de ne contenter que des oiseaux, avant bêtement, de tomber et d’être livrées aux mandibules d’industrieuses fourmis ou aux groins fouineurs. Mais les oiseaux, les fourmis, les cochons, sont déjà bien gâtés ; des figuiers abandonnés, il y en a à chaque détour. Le deuxième soir, le long d’une ruelle déserte qui mène à Fontvieille, sa ramure croulait par-dessus le mur sous le poids, autant de son feuillage épais que de ses abondants fruits charnus. Là encore, aucun hôte sourcilleux, rien qu’un arbre généreux. Il n’y avait qu’à tendre un peu le bras pour contenter la main. Ici, ce furent à nouveau des figues, hier, il y eut des cerises, des abricots, demain, ce seront des noisettes, des amandes ; et toujours, encore plus offertes le long des chemins que personne n’arpente, les mûres, les framboises et les fraises sauvages et, plus exigeants, les champignons qui, comme ces baies, appartiennent de tout temps à tout le monde. Glanages, chapardages, évidemment cueillettes, sont les petites joies du promeneur. Des tentations de passage, des riens sans conséquences, des réminiscences de chasseurs-cueilleurs qui savaient, d’instinct, que l’aubaine d’aujourd’hui ne se retrouvera sans doute pas demain. Plutôt qu’à la tentation, nous ne cédons qu’à notre race.